Le message du Liban : de la coexistence à la convivialité

Pour comprendre le voyage de Benoît XVI au Liban

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Anita Bourdin

ROME, mercredi 4 juillet 2012 (ZENIT.org) – Le Liban est vraiment un « pays-message » comme le pape Jean-Paul II l’a dit, un message qui invite à passer de la « coexistence » à la « convivialité », explique Mgr Khairallah.

Au Liban, le pape Benoît XVI rencontrera, par exemple, toute la jeunesse du pays le 15 septembre : les jeunes chrétiens indépendamment de leur confession - il y a 6 rites catholiques au Liban, 5 Eglises orthodoxes, et de nombreuses branches du Protestantisme -, mais aussi les jeunes qui ne sont pas chrétiens et qui voudront participer à la rencontre (cf. Zenit du 27 juin 2012 et Zenit du 3 juillet 2012).

C’est ce qu’a indiqué le P. Abdo Abou Kassm, directeur du Centre catholique d’information du Liban, lors d’une rencontre avec la presse à Paris, mardi 26 juin, au siège de la Conférence épiscopale français, sous l’égide de l’Oeuvre d’Orient, pour présenter le prochain voyage du pape (14-16 septembre 2012).

La rencontre a été introduite par Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la CEF, et par Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient.

Y ont également participé Mgr Mounir Khairallah, évêque de Batroun, le P. Samir Khalil Samir, s.j., et M. Joseph Bahout, consultant permanent au ministère français des Affaires étrangères et européennes.

Pour sa part, l’évêque de Batroun, a raconté un événement qui illustre ce passage de la coexistence à la convivialité.

Un pays qui est un « message »

Liban est un « pays message » pour le monde entier (par sa convivialité, sa démocratie) : c’est ce qu’a souligné Jean-Paul II en 1989, rappelle Mgr Khairallah, « Abbouna Mounir » pour les siens.

Il rappelle que le synode de 1994 a invité au « renouveau foi », à la « collaboration », au « témoignage commun plus efficace », et à la « reconstruction société » comme l’a dit le pape Jean-Paul II en 1995, à Rome.

Et dans son exhortation apostolique de 1997, il précise que le Liban est « un pays vers lequel les regards se tournent souvent », « berceau d’une culture antique », « phare de la méditerranée », « élément essentiel de la culture de la région ».

L’évêque précise que le pays est fait de communautés différentes qui sont sa « richesse », son « originalité », mais aussi de « difficulté » : il s’agit donc de « faire vivre le Liban » et c’est une « tâche commune ».

Mgr Khairallah rappelle que le Liban est habité par dix-huit communautés confessionnelles : 12 dénominations chrétiennes, 5 communautés musulmanes et la communauté juive. Ensemble, elles veulent vivre dans la « liberté » et la « diversité » à la fois religieuse, culturelle et politique.

L’évêque de Batroun souligne que « Jean-Paul II a invité les catholiques et les Libanais à reconstruire ‘l’unité dans la diversité’, terme adopté par Eglise universelle dans les textes officiels et thème majeur du synode de 1995, dans le respect de l’identité de chaque groupe et de chaque personne, ceci grâce au « dialogue de la charité ».

Il s’agit de chercher ensemble la convivialité « pour un avenir meilleur », dans la justice sociale, la défense vie et de la famille, come le demandait Jean-Paul II.

Dans le sillage du synode, l’évêque souligne que l’Eglise du Liban se sent « encore plus concernée » par sa vocation d’être « le sel de la terre, levain, lumière du monde, bonne nouvelle du salut dans la charité, engagée dans renouveau ecclésial, culturel, social, politique », de façon à « passer de la coexistence à la convivialité ».

Convivialité vécue

Il raconte ce témoignage de « convivialité » vécue. Lors de la guerre de juillet-août 2006, le diocèse de Batroun a accueilli la population du Sud : un million de réfugiés, Chiites, 15 000 à Batroun, accueillis « au nom de la charité chrétienne », pendant 33 jours. Ils ont vécu avec leurs frères libanais : ils ont découvert les valeurs chrétiennes, et ont dit : « Nous vivions ensemble, nous ne vous connaissions pas, nous pouvons retourner vivre ensemble et construire ensemble notre Liban ».

L’évêque souligne les « trois valeurs pour vivre dans la dignité » : terre, famille, culture.

Cinq jours après le retour des réfugiés chez eux, « Abbouna Mounir » s’est rendu chez eux, à l’invitation d’un notable, avec une cinquantaine de jeunes qui avaient été chargés de l’accueil des réfugiés, 24 h sur 24.

L’évêque évoque la réaction de son hôte: « Il a tenu à ce que je bénisse toutes les familles une à une, parce que nous étions devenus des amis, puis sa maison, à moitié détruite, et j’ai béni sa famille ». Avec sa femme et ses 6 enfants, il a pourtant accueilli les 50 jeunes.

Puis, il a fait voir à l’évêque une armoire, contenant le « trésor » de sa famille depuis des siècles, contenant par exemple des vases romains. Il a remis le plus ancien à l’évêque, le convainquant de l’accepter  et de l’exposer à Batroun, en précisant : « en signe de reconnaissance pour ce que nous avons vécu avec vous : charité, amour, service, amour de la terre et respect des autres, ce qui veut dire renoncer à la haine ».

Puis il a fait cette confidence à l’évêque, dont les parents ont été assassinés le 13 septembre 1958, et qui a dit avoir pardonné : « En 1973, a confié son hôte, lors d’une première incursion Israélienne, j’ai perdu mon père et huit personnes de ma famille : un char a écrasé leur voiture. J’ai éprouvé de la haine contre ce peuple. Mais en revenant de Batroun, j’ai enlevé cette haine de mon cœur, j’ai promis à Dieu d’aimer aussi les Israéliens ».

Pour Mgr Khairallah, « le témoignage de la charité qui ne connaît pas de limite ». Il en appelle à« défendre Liban, pays-message, exemple de convivialité, de liberté, de démocratie : le Liban est une nécessité pour l’avenir des peuples, il faut le préserver, aide-nous à le faire ».

Il ajoute que pour l’Eglise maronite, la première répercussion du synode a été son renouveau relayé par le synode patriarcal maronite, et avec l’arrivée d’un nouveau patriarche, avec notamment un engagement  dans « le dialogue avec les autres pays arabes ».

Il s’agit de ne pas « fuir » les « situations difficiles », de ne pas se « mettre écart » de ne pas se « dissoudre », mais « revenir aux racines de notre foi ». L’évêque affirme : « Notre présence n’est pas pour nous mêmes, et l’Eglise confessante est porteuse de la mission à laquelle notre Sauveur nous a appelés : aimer toute le monde ».