"Le ministère pétrinien s'enracine dans l'Eglise de Rome"

Par Mgr Luca Brandolini

Rome, (Zenit.org) Salvatore Cernuzio | 868 clics

L’installation du pape comme évêque de Rome, à Saint-Jean-du-Latran « met en lumière la racine tout à fait ecclésiologique, plantée par la providence de Dieu dans l’Eglise de Rome, d’où part justement le ministère pétrinien », explique Mgr Luca Brandolini, vicaire capitulaire de la cathédrale.  

Dimanche 7 avril, « dimanche de la miséricorde », dans l’octave de Pâques, le pape François présidera la célébration de l’Eucharistie à l’occasion de son installation sur la chaire romaine. Le rite se déroulera à 17h30, dans la « mère de toutes les Églises », la basilique Saint-Jean-du-Latran, et l’accès sera libre pour tous les fidèles qui désirent y participer (cf. Zenit du 27 mars 2013).

L’installation est prévue par la Constitution apostolique de Jean-Paul II Universi Dominici gregis, sur l’élection du pape, et a des racines historiques très anciennes.

Zenit a rencontré Mgr Luca Brandolini, vicaire capitulaire de Saint-Jean-du-Latran, qui a exprimé, en tant que liturgiste, son impression sur les « premiers pas » du nouveau Successeur de Pierre.

Zenit – Excellence, quelle est la signification de cette célébration ?

Mgr Brandolini – La célébration de dimanche est le rite ancien de l’ « installation sur la chaire romaine » et non de la « prise de possession », parce qu’on ne prend possession de rien. Alors que les rites de la remise du pallium et de l’anneau du Pêcheur mettaient en évidence la dimension universelle du ministère du pape élu, celui de dimanche met en lumière la racine tout à fait ecclésiologique, plantée par la providence de Dieu dans l’Eglise de Rome, d’où part justement le ministère pétrinien. Il se déroule dans la basilique du Saint-Sauveur (plus connu comme Saint-Jean-du-Latran) parce que l’usage ancien en a fait l’Eglise « mère et tête » de toutes les Eglises de Rome et du monde entier, comme c’est inscrit sur les montants des colonnes de la façade. C’est aussi une cathédrale, comme toutes les autres, en référence à la « cathèdre », le siège épiscopal d’où l’évêque exerce son service doctrinal et liturgique, « symbole de son autorité d’enseignement, qui n’est pas un pouvoir mais un service et une obéissance à la parole de Dieu et qui est la partie essentielle du mandat de “lier et délier” conféré par le Seigneur à Pierre », comme l’a dit Benoît XVI lors de son installation le 7 mai 2005. La célébration a donc une dimension clairement pneumatologique parce qu’elle exalte l’Esprit comme étant l’origine du charisme et du ministère de Pierre qui commence et qui accomplit toute chose.

Quel est le déroulement de la cérémonie de dimanche ?

Le pape François sera accueilli à la porte principale de la basilique par le cardinal archiprêtre, le cardinal vicaire Agostino Vallini, par le cardinal Camillo Ruini, vicaire émérite, par le Conseil épiscopal du diocèse et par le Conseil presbytéral. Puis il embrassera le crucifix, fera l’aspersion et ira en procession, accompagné de ceux-ci, au Palais du vicariat où il prendra les parements liturgiques. La célébration commencera alors par la salutation du cardinal archiprêtre, selon une tradition liturgique patristique très ancienne, puis le pape François montera sur la chaire pour être acclamé comme évêque de Rome. Dans un second temps, douze personnes accompliront le rite de l’obéissance : le cardinal vicaire et l’archevêque auxiliaire ; deux prêtres, un curé et un vicaire ; un diacre permanent et un diacre qui se prépare au ministère sacerdotal ; deux religieux au service du diocèse de Rome, deux adultes, en général un homme et une femme et deux jeunes qui ont reçu le sacrement de la Confirmation. Ensuite, on célèbrera l’Eucharistie.

Selon la Légende majeure de saint François, le pape Innocent III aurait fait un rêve dans lequel le « pauvre d’Assise » soutenait sur ses épaules la basilique du Latran, symbole de l’Église universelle. Quelle signification peut prendre le retour à Saint-Jean-du-Latran d’un nouveau François, un pape portant ce nom pour la première fois ?

Je crois que l’Église a besoin d’être rajeunie parce qu’elle est « semper reformanda », comme l’a répété à plusieurs reprises le concile Vatican II. Le pape François fera ensuite son propre discernement sur une réforme de l’Église adaptée à notre époque, avec la sensibilité qu’il a développée par son expérience d’évêque. Nous avons vu le style du nouveau pape, très simple, humble, avec une attention prioritaire à tout le monde de la pauvreté. Je crois qu’il poursuivra dans cette voie sur laquelle il s’est déjà engagé.

Personnellement, que pensez-vous de ce pape ?

Je pense qu’il est ce que tout évêque doit être, c’est-à-dire, pour reprendre les mots de saint Augustin, Pastor bonus in popolo, le bon pasteur au milieu de son peuple. Pour moi, c’est le premier devoir qu’un évêque ait à accomplir, sans rien enlever à la dimension théologique, doctrinale, qui font également partie de son ministère. Le pape a déjà montré qu’il était un « bon pasteur » en ce sens, avec une grande simplicité, mais aussi avec beaucoup de profondeur et une grande richesse de contenus. J’ai été très frappé, en particulier, par son discours lors de la messe chrismale du Jeudi saint, sur la figure du prêtre : les images de l’huile qui descend sur la chasuble et qui se répand sur tous, et celle du « pasteur avec l’odeur des brebis » sont des expressions vraiment pleines de sens.

Le Saint-Père s’est défini davantage, jusqu’à maintenant, comme l’évêque de Rome, et non comme pape…

Et j’espère qu’il jouera son rôle d’évêque de Rome ! Jean-Paul II, par exemple, avait visité presque toutes les paroisses de la capitale ainsi que de nombreux hôpitaux. Quand j’étais évêque auxiliaire pour la santé à Rome, le bienheureux Jean-Paul II visitait chaque année, pendant le carême et l’avent, les hôpitaux, les écoles, les réalités ecclésiales etc. J’espère que le pape François fera la même chose, tout en tenant compte de ses forces physiques. Wojtyla avait été élu à 58 ans et Bergoglio à presque 77 ans.

Qu’attendez-vous du premier discours que l’évêque de Rome fera dans sa cathédrale ?

Qu’il parle de la ville de Rome. Plus précisément, il me vient à l’esprit ce que le cardinal Vallini souligne toujours dans ses homélies : Rome est une ville très riche en ressources qu’il faut valoriser non seulement d’un point de vue humain, mais aussi chrétien. C’est une ville multiculturelle, multiethnique mais qui a besoin d’annoncer l’évangile de manière nouvelle et plus forte et de communiquer ouvertement avec toutes les réalités qui sont au service de la promotion de l’homme, de la vie sociale, de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux.

Dans les premières célébrations du pape François, nous avons assisté à une « simplification » des rites. En tant que liturgiste, qu’en pensez-vous ?

Nous sommes tout à fait dans la ligne de ce que dit la Constitution conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum conciliuum, c’est-à-dire une « noble simplicité ». Peut-être que, dans les derniers temps, on s’était un peu appesanti sur certains aspects du point de vue extérieur. Je suis donc convaincu que, à travers cette « simplification », le mystère célébré se dévoile et se rend présent de manière plus directe. L’aspect extérieur, en effet, risque d’attirer l’attention davantage sur la dimension esthétique que sur la dimension du mystère, qui nécessite au contraire du silence, un climat de prière et d’écoute essentiels dans l’expérience liturgique.

Que pensez-vous du choix du pape de « réduire » les lectures de la messe de Pâques ?

Tout est prévu dans le missel. Je crois que le Saint-Père s’est appuyé sur une indication qui prévoit le choix des lectures et leur diminution, en fonction des circonstances comme par exemple la personne qui préside ou l’assemblée qui participe. Il y a des passages qui ne doivent jamais être sautés, comme la Genèse, l’Exode et la Lettre de saint Paul aux Romains. Les lectures des prophètes, par exemple, peuvent passer de quatre à une. Je ne pense pas que le pape ait voulu en réduire le nombre pour minimiser le sens d’une célébration qui offre un cadre général de l’histoire du salut, dans la liturgie de la Parole. Au contraire, il me semble que tout a été conservé dans la vigile pascale à Saint-Pierre, en particulier les sacrements de l’initiation chrétienne qui sont caractéristiques de cette célébration.

Traduction d’Hélène Ginabat