Le pape annonce la publication de l'intervention du card. Kasper

Il rend hommage au "génie prophétique" du pape Paul VI

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 1114 clics

Les coulisses du consistoire, les secondes noces, les unions civiles, Humanae Vitae, la fin de vie, les valeurs "non négociables": autant de thèmes abordés par le pape François dans l’entretien publié ce 5 mars par le Corriere della Sera. Il y annonce la publication de l'intervention du cardinal Kasper.

Le cardinal Walter Kasper a introduit les travaux du consistoire sur la famille, le 20 février, à la demande du pape François qui a apprécié son livre sur la « Miséricorde ».

Ce qu’a vraiment dit le cardinal allemand, président émérite du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, était destiné aux cardinaux et n’a pas été rendu public, mais cela a fait couler beaucoup d’encre.

Le pape lui-même a apporté son soutien à ce qu’il qualifiait de « théologie sereine » lors du second jour des travaux des cardinaux. 

Un débat animé au consistoire

Le pape confie qu’il encourage des discussions libres et fraternelles entre les cardinaux : « Le cardinal Kasper a fait une très belle et très profonde présentation qui sera bientôt publiée en allemand, et qui a abordé cinq points, le cinquième était celui des secondes noces. J'aurais été préoccupé si, dans le consistoire, il n’y avait pas eu une discussion intense : il n’aurait servi à rien. Les cardinaux savaient qu’ils pouvaient dire ce qu’ils voulaient et ils ont présenté de nombreux points de vue qui s’enrichissent. Les discussions fraternelles et ouvertes font grandir la pensée théologique et pastorale. Je n’en ai pas peur et même je le recherche ».

Pour ce qui est du thème de la famille, le pape – qui a convoqué un double synode en 2014 et 2015 - envisage un « long chemin » pour l’Eglise, et il y voit un « processus voulu par le Seigneur ».

Il raconte que des thèmes éventuels lui ont été soumis pour le synode, trois mois après son élection, et que finalement le choix s’est porté sur la famille « qui traverse une crise très sérieuse ».

Eviter la superficialité

Et d’expliquer : « Il est difficile de la former. Les jeunes se marient peu. Il y a beaucoup de familles séparées où le projet de vie commune a échoué. Les enfants en souffrent beaucoup. Nous devons donner une réponse. Mais pour cela il faut réfléchir beaucoup et en profondeur. C’est ce que le consistoire et le synode sont en train de faire. Il faut éviter de rester à la superficie. La tentation de résoudre toutes les questions par la casuistique est une erreur, une simplification de choses profondes, comme le faisaient les pharisiens, une théologie très superficielle. C’est à la lumière de cette réflexion profonde que l’on pourra aborder sérieusement les situations particulières, y compris celle des divorcés, avec une profondeur pastorale. »

Les unions civiles

Pour ce qui est des « unions civiles », le pape rappelle : « Le mariage est entre un homme et une femme. Les Etats laïcs veulent justifier les unions civiles pour régler différentes situations de cohabitation, poussés par l’exigence de régler les aspects économiques entre les personnes, comme par exemple d’assurer l’assistance médicale. Il s’agit de pactes de cohabitation de différentes natures, et je ne saurais faire la liste de leurs formes. Il faut considérer les différents cas et les évaluer leur variété. »

Le génie prophétique de Paul VI

Le pape évoque aussi « l’interprétation » de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI : « Paul VI lui-même, à la fin, recommandait aux confesseurs une grande miséricorde, une attention aux situations concrètes. Mais son génie a été prophétique, il a eu le courage de se positionner contre la majorité, de défendre la discipline morale, d’exercer un frein culturel, de s’opposer au néo-malthusianisme présent et à venir. La question n’est pas de changer la doctrine, mais d’aller en profondeur et de faire en sorte que la pastorale tienne compte des situations et de ce qui est possible pour les personnes. On parlera de cela aussi sur le chemin synodal ».

Les soins palliatifs et valeurs non négociables

Interrogé sur la fin de vie, les états végétatifs et le « testament biologique » débattu en Italie, le pape se défend d’être un « spécialiste en bioéthique » et dit craindre que ses paroles puissent être instrumentalisées, mais il ajoute à propos de l’acharnement thérapeutique : « La doctrine traditionnelle de l’Eglise dit que personne n’est tenu d’user de moyens extraordinaires quand on sait qu’il s’agit d’une phase terminale. Dans ma pastorale, dans ces cas-là, j’ai toujours conseillé les soins palliatifs. Dans des cas plus spécifiques, c’est bien d’avoir recours, si c’est nécessaire, au conseil des spécialistes. »

Quant aux « valeurs non négociables », le pape répond sans détour: « Je n’ai jamais compris l’expression « valeurs non négociables ». Les valeurs sont des valeurs un point c’est tout. Je ne peux pas dire que parmi les doigts de la main il y en a un de moins utile que l’autre. Alors je ne comprends pas comment il peut y avoir des valeurs négociables. Ce que j’avais à dire sur le thème de la vie, je l’ai dit dans Evangelii Gaudium. »