Le pape demande aux jeunes de dire non à la mort, à la haine, à la guerre

Il y a soixante ans, la vocation du pape: je n'ai jamais regretté!

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1581 clics

« Avancer large, sortir de soi-même, sortir de son petit monde et s’ouvrir à Dieu, pour s’ouvrir toujours plus aux frères » : c’est le programme que le pape François confie aux jeunes de Sardaigne, qu’il a rencontré au terme de sa visite à Cagliari, au sanctuaire de Notre Dame de Bonaria, ce dimanche 22 septembre 2013.

Faisant tout d'abord allusion à la drogue - aux "marchands de mort" - puis à l’attentat meurtrier du Pakistan, il leur demande de dire non à la mort, à la haine, à la guerre. Et de faire toujours confiance à Jésus, le "compagnon fidèle" qui ne "déçoit jamais". Il a témoigné de l'anniversaire de la vocation, le jour de la Saint-Matthieu, il y a 60 ans. Disant qu'il n'a jamais regretté d'avoir répondu à l'appel du Christ.

Le pape François a en effet réservé son dernier rendez-vous aux jeunes, rassemblés place « Carlo Felice ». Le long des rues et devant le grand podium dressé pour l’occasion, des milliers de jeunes ont accueilli le pape par des chants festifs, manifestant leur joie et leur enthousiasme malgré la longue attente: le pape a en effet rejoint le lieu de rendez-vous à 17h30, avec 30 minutes de retard sur le programme.

En papamobile ouverte, le pape a parcouru l’avenue sous les ovations, s’arrêtant pour bénir et embrasser des enfants, jusqu’au podium sur lequel la chorale, arborant des tee-shirts blancs imprimés avec l’image de Notre Dame de Bonaria et celle du pape, ne cachait pas son allégresse.

Plusieurs jeunes se sont succédé au micro, posant au pape des questions pour leur vie de foi et leur vie dans le monde, auxquelles le pape François a donné des éléments de réponse dans un discours très spontané.

Puis il a assisté à des chants et danses sardes, par des jeunes en habits traditionnels. Après la bénédiction finale, le pape s’est prêté au jeu des photos de groupe, restant au milieu des jeunes avec le sourire.

Après avoir béni des personnes malades et handicapées, le pape a rejoint l’aéroport de Cagliari-Elmas pour rentrer au Vatican.

Discours du pape aux jeunes

Chers jeunes de Sardaigne,

On dirait qu’il y a quelques jeunes, non ? Quelques-uns ou beaucoup ? (réponse des jeunes) Ah, beaucoup !

Merci d’être venus si nombreux à cette rencontre ! Et merci à vos “porte-parole”. Vous voir me fait penser à la Journée mondiale de la jeunesse de Rio de Janeiro: peut-être certains d’entre vous y étaient, mais beaucoup l’ont sûrement suivi par la télévision et internet. Cela a été une expérience très belle, une fête de la foi et de la fraternité, qui remplit de joie. La même joie que nous éprouvons aujourd’hui. Remercions le Seigneur et la Vierge Marie, Notre Dame de Bonaria : c’est elle qui nous a fait nous rencontrer ici. Priez-la souvent, c’est une bonne maman ! Je vous l’assure !

Quelques-unes de vos pregunte (pour « preguntas, « questions »en espagnol, que le pape écorche avant de rectifier en italien : domande)! – moi aussi je parle en dialecte ici ! – Certaines de vos questions vont dans la même direction. Je pense à l’Evangile qui se déroule sur la rive du lac de Galilée, où vivent et travaillent Simon et son frère André, avec Jacques et Jean, eux aussi frères, tous pêcheurs. Jésus est entouré par la foule qui veut écouter sa parole; il voit ces pêcheurs à côté des barques en train de nettoyer les filets.

Il monte sur la barque de Simon et lui demande de s’éloigner un peu de la rive, et ainsi, s’étant assis dans la barque, il parle à la foule. Sur la barque, Jésus parle à la foule. Quand il a terminé, il dit à Simon d’avancer au large et de jeter les filets. Cette demande est une épreuve pour Simon – écoutez bien ce mot, une épreuve – car lui et les autres venaient de rentrer d’une nuit de pêche qui s’était mal terminée. Simon est un homme pratique et sincère, et il dit tout de suite à Jésus : « Maître, nous avons peiné toute la nuit et nous n’avons rien pris ».

C’est le premier point : l’expérience de l’échec… dans vos questions, il y avait cette expérience. Le sacrement de la confirmation – comment s’appelle-t-il ce sacrement? La confirmation… non, ça a changé de nom : sacrement de l’adieu ! Il font cela et ils partent de l’Eglise, c’est vrai ou pas ? C’est une expérience de l’échec. Une expérience de l’échec. Les jeunes qui ne sont plus dans la paroisse… vous avez parlé de cela. Quelque chose va de travers, une déception…

Dans la jeunesse, on se projette vers l’avant mais parfois il arrive de vivre un échec ou une frustration: c’est une épreuve, et c’est important ! Je voudrais maintenant vous poser une question, mais n’y répondez pas à haute voix, répondez chacun dans votre cœur en silence : pensez aux expériences d’échec dont vous avez fait l’expérience, pensez-y. Nous en avons tous... Dans l’Eglise, nous faisons si souvent cette expérience : les prêtres, les catéchistes, les animateurs se fatiguent beaucoup, dépensent beaucoup d’énergie, ils font tout leur possible, et à la fin ils ne voient pas toujours de résultats correspondant à leur efforts. Vos “porte-parole” l’ont dit aussi, dans les deux premières questions. Ils ont fait référence aux communautés où la foi apparaît un peu fanée, où peu de fidèles participent activement à la vie de l’Eglise, où l’on voit des chrétiens parfois fatigués et tristes, et beaucoup de jeunes, après avoir reçu la Confirmation, s’en vont, c’est le sacrement du congé, de l’adieu, comme je l’ai dit. C’est une expérience d’échec, qui laisse vide, qui nous décourage, c’est vrai n’est-ce pas ? C’est vrai ou pas ?

2. Face à cette réalité, vous vous demandez justement : que pouvons-nous faire ? Certainement la chose à ne pas faire c’est de se laisser vaincre par le pessimisme et par le découragement... Des chrétiens pessimistes, c’est moche. Vous les jeunes, vous ne pouvez pas et ne devez pas être sans espérance, l’espérance fait partie de votre être. Un jeune sans espérance n’est pas jeune, il a vieilli trop tôt !... L’espérance fait partie de votre jeunesse. Si vous n’avez pas d’espérance, pensez-y sérieusement, pensez-y sérieusement !  Un jeune sans joie et sans espérance, c’est préoccupant ! Ce n’est pas un jeune ! Et quand un jeune n’a pas de joie, quand un jeune ressent le manque de confiance dans la vie, quand il perd l’espérance, où va-t-il trouver un peu de tranquillité, de paix ? Sans confiance, sans espérance, sans joie.  Vous savez, ces marchands de mort, ceux qui vendent la mort, qui offrent une route pour quand vous êtes triste, sans espérance, sans confiance, sans courage… S’il vous plaît ! Ne vends pas ta jeunesse à ceux qui vendent la mort… Vous comprenez de quoi je suis en train de parler, vous tous le comprenez : ne vendez pas?

Revenons à la scène de l’Evangile : Pierre, en ce moment critique, se met en jeu. Qu’est-ce qu’il aurait pu faire ? Il aurait pu céder à la fatigue et au manque de confiance, en pensant que c’est inutile et qu’il est mieux de se retirer et de rentrer chez soi. Au contraire, que fait-il ? Avec courage, il sort de lui-même et choisit de faire confiance à Jésus. Il dit : « Eh bien, sur ta parole je jetterai les filets ». Attention ! Il ne dit pas : « sur mes forces, sur mes calculs, sur mon expérience d’expert pêcheur », mais « sur ta parole », sur la parole de Jésus ! Et le résultat est une pêche incroyable, les filets se remplissent, au point qu’ils se rompaient presque.

C’est le deuxième point : faire confiance à Jésus. Faire confiance à Jésus. Quand je dis cela, je veux être sincère, et vous dire : je ne viens pas ici vous vendre une illusion…  Je viens ici vous dire : il y a une personne qui peut te faire avancer : fais confiance à Jésus ! Fais confiance à Jésus. Et Jésus n’est pas une illusion. Faire confiance à Jésus. Le Seigneur est toujours avec nous. Il vient sur la rive de la mer de notre vie, il se fait proche de nos échecs, de notre fragilité, de nos péchés, pour les transformer. N’arrêtez jamais de vous remettre en jeu, comme de bons sportifs – certains parmi vous savent bien cela d’expérience – qui savent affronter la fatigue de l’entraînement pour atteindre des résultats ! Les difficultés ne doivent pas vous effrayer, mais vous pousser à aller plus loin. Ecoutez les paroles de Jésus qui vous sont adressées : Avancez large et jetez les filets, jeunes de Sardaigne ! Avancez au large ! Soyez toujours plus dociles à la Parole du Seigneur : c’est Lui, c’est sa Parole, et le suivre qui rend fructueux votre engagement de témoignage. Lorsque les efforts pour réveiller la foi chez vos amis semblent inutiles, comme l’effort nocturne des pêcheurs, rappelez-vous qu’avec Jésus tout change. La Parole du Seigneur a rempli les filets, et la Parole du Seigneur rend efficace le travail missionnaire des disciples. Suivre Jésus est exigeant, cela veut dire ne pas se contenter de petits objectifs, de petits cabotages, mais viser haut avec courage !

Ce n’est pas bon, ce n’est pas bon, de s’arrêter au « nous n’avons rien pris », mais aller au-delà, aller au « avance au large et jette les filets » à nouveau, sans se lasser ! Jésus le répète à chacun de vous. Et c’est Lui qui donnera la force ! Il y a la menace de la lamentation, de la résignation. Celles-là, nous les laissons à ceux qui suivent la « déesse lamentation »! Hein ? Et vous, est-ce que vous suivez la déesse lamentation ? Vous vous lamentez continuellement, comme dans une veillée funèbre ? Non, un jeune ne peut pas faire cela ! La déesse lamentation est une tromperie : elle te fait prendre la mauvaise route. Quand tout semble immobile et stagnant, quand les problèmes personnels nous inquiètent, quand les malaises sociaux ne trouvent pas les réponses dues, ce n’est pas bon de se donner pour vaincus. Le chemin est Jésus : le faire monter dans notre « barque » et avancer au large avec Lui ! Il est Seigneur! Il change la perspective de la vie. La foi en Jésus conduit à une espérance qui va au-delà, à une certitude fondée non seulement sur nos qualités et nos dons, mais sur la Parole de Dieu, sur l’invitation qui vient de Lui. Sans faire trop de calculs humains ni trop se préoccuper de vérifier si la réalité qui vous entoure coïncide avec vos sécurités. Avancez au large, sortez de vous-mêmes : sortir de notre petit monde et nous ouvrir à Dieu, pour nous ouvrir toujours plus aussi aux frères. Nous ouvrir à Dieu nous ouvre aux autres ! Nous ouvrir à Dieu et nous ouvrir aux autres. Faire quelques pas au-delà de nous-mêmes, des petits pas, mais faites-les, des petits pas, en sortant de vous-mêmes vers Dieu et vers les autres, en ouvrant votre cœur à la fraternité, à l’amitié, à la solidarité.

3. Troisièmement. Je finis. C’est un peu long. « Jetez vos filets pour la pêche » (v. 4). Chers jeunes Sardes, la troisième chose que je veux vous dire, et ainsi je réponds aux deux autres questions, est que vous aussi vous êtes appelés à devenir des « pêcheurs d’hommes ». N’hésitez pas à dépenser votre vie pour témoigner avec joie de l’Evangile, spécialement auprès de ceux de votre âge. Je veux vous raconter une expérience personnelle : hier j’ai fêté le 60eanniversaire du jour où j’ai entendu la voix de Jésus dans mon cœur (applaudissements). Ceci, je ne le dis pas pour que vous fassiez un gâteau, ici, non, je ne le dis pas pour cela ! Mais 60 ans après ce jour, je ne l’oublie jamais. Le Seigneur m’a fait sentir fortement que je devais aller par cette route. J’avais 17 ans. Des années se sont passées avant que ma décision, que cette invitation ne soit concrète et définitive. Tant d’années ont ensuite passées, avec quelques succès et de la joie, mais tant d’années d’échec, de fragilité, de péché : 60 ans sur la route du Seigneur, derrière lui, à côté de lui, toujours avec lui. Je vous dis seulement cela : je n’ai jamais regretté ! Je n’ai jamais regretté ! Mais pourquoi ? Parce que je me sens Tarzan et fort pour aller de l’avant ? Non, non, je n’ai pas regretté, parce que toujours, même dans les périodes les plus sombres, dans les moments de péché, dans les moments de fragilité, dans les moments d’échec, j’ai regardé Jésus et je lui ai fait confiance et il n’a m’a jamais laissé seul. Ayez confiance en Jésus ! Lui, il va toujours de l’avant. Il vient avec nous. Mais écoutez ! Lui, il ne déçoit jamais, il est fidèle ! C’est un compagnon fidèle. Pensez-y – voilà mon témoignage - : je suis heureux de ces 60 années avec le Seigneur. Mais une chose encore. Allez de l’avant ! J’ai été trop long (les jeunes protestent, le pape rit !).

Restons unis dans la prière et avancez dans la vie avec Jésus. Les saint sont ainsi: ils ne naissent pas déjà parfait, déjà saints ! Ils le deviennent parce que, comme Simon Pierre, ils font confiance à la parole du Seigneur et ils « avancent au large ». Votre terre a donné tant de témognages, encore récemment : les bienheureux Antonia Mesina, Gabriella Sagheddu, Giuseppina Nicoli ; les serviteurs de Dieu Edvige Carboni, Simonetta Tronci et Don Antonio Loi. Ce sont des personnes ordinaires qui au lieu de se lamenter ont « jeté les filets pour la pêche ». Imitez leur exemple, confiez-vous à leur intercession, et soyez toujours des hommes et femmes d’espérance !

Pas de lamentation, pas de découragement, pas de pessimisme, ne pas aller acheter de consolation de mort, rien, avancer avec Jésus, lui n’échoue jamais, lui ne déçoit pas, il est loyal. Priez pour moi et que la Vierge vous accompagne.

(Après les chants d’une chorale sarde et des danses en costumes  folkloriques)

Chers jeunes, avant de vous donner la bénédiction, je voulais vous dire une autre chose : quand je disais d’avancer avec Jésus, c’est pour construire, faire des choses bonnes, faire avancer la vie, aider les autres, pour construire un monde meilleur et de paix. Mais il y a des choix erronés, des choix erronés, parce que ce sont des choix de destruction.

Aujourd’hui, au Pakistan, pour un choix erroné de haine, de guerre, il y a eu un attentat où sont mortes 70 personnes. Cette route ne va pas, ne sert pas. C’est seulement la route de la paix, qui construit un monde meilleur. Mais si vous ne le faites pas, vous, si vous ne le faites pas, vous, personne d’autre ne le fera : c’est cela le problème ! Et c’est la question que je vous laisse : est-ce que je suis disposé(e) à prendre une route pour construire un monde meilleur ? C’est seulement cela. Et prions un Notre Père pour toutes ces personnes qui sont mortes dans cet attentat au Pakistan.

Notre Père…

Que la Vierge nous aide toujours à travailler pour un monde meilleur, à prendre  la route de la construction, la route de la paix, et jamais la route de la destruction et la route de la guerre.

Que Dieu tout puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

S’il vous plait, priez pour moi. Au revoir.

Traduction de Zenit, Anne Kurian, avec Anita Bourdin