Le pape François en Terre Sainte fin mai 2014

Message de Noël du patriarche latin de Jérusalem (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Patriarche Fouad Twal | 1097 clics

Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, annonce la visite du pape François en Terre Sainte pour le mois de mai.

S.B. Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, a rencontré la presse à l'occasion de la préparation à Noël, le 19 décembre 2013, au siège du patriarcat de Jérusalem.

Le pape mettra ses pas non seulement dans ceux de ses prédécesseurs, mais aussi dans ceux de saint François d'Assise et de saint Ignace de Loyola.

Dans sa rencontre avec la presse, le patriarche a redit aussi son inquiétude, cet hiver, pour « les habitants et les réfugiés de Syrie comme tous ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur cœur ».

Il a exprimé son espérance d'une issue positive des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.

A.B.

Message de Noël de S.B. Fouad Twal

Chers amis et fidèles de la Terre Sainte, la fête de Noël guide les regards du monde vers Bethléem. C'est au cœur des conflits et de la violence qui déchirent notre Moyen-Orient, que surgit la douceur du mystère de Noël. En cette période, nous ne pouvons pas oublier dans nos cœurs les habitants et les réfugiés de Syrie comme tous ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur cœur. Je pense notamment aux migrants philippins qui habitent notre diocèse en Jordanie et en Israël, et qui ont été touchés de très près par le typhon meurtrier aux Philippines.

Amis journalistes, avec reconnaissance, nous mesurons votre disponibilité pour couvrir les actualités de la Terre Sainte afin qu’on ne l’oublie pas. Même si l’attention mondiale n’est plus sur la Terre Sainte, mais s’est déplacée vers le drame de la Syrie, il faut affirmer que le conflit israélo-palestinien reste capital dans la région et constitue un obstacle majeur à la stabilité du Moyen-Orient.

Dans cette optique, je veux dresser avec vous un point de situation sur l’année écoulée, avec son cortège d’événements heureux et difficiles. C’est aussi l’occasion d’envisager sur cette base l’année qui vient.

1. Saint-Siège

- Présent à la messe pour le début du ministère pétrinien du pape François célébrée à Rome le 19 mars, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois le Saint Père cette année. Il a dans le cœur la Terre Sainte et le Moyen-Orient. Ses déclarations nous ont prouvé que le Saint-Siège garde la même ligne concernant notre région. Devant tous les patriarches et archevêques des Eglises orientales catholiques réunis à Rome le 21 novembre dernier, le pape François nous a exprimé sa « grande préoccupation », appelant « à ne pas se résigner à un Orient sans chrétiens. »

- Concernant l’accord économique en passe d’être conclu entre Israël et le Saint-Siège, je voudrais rappeler que les Ottomans, les Britanniques, la Jordanie et Israël (pendant vingt ans), ont respecté le statu quo exemptant de taxes les Eglises. Aujourd’hui Israël veut introduire des changements. L’important est de ne pas toucher à Jérusalem-Est, dont la question est encore sur la table de discussion. Nous ne voulons en aucune sorte que ces accords aient un sens politique qui change le statut de Jérusalem-Est, occupée en 1967.

2. Vie de l’Eglise-Mère

- Notre diocèse a conclu l’Année de la foi le 17 novembre à Nazareth en présence de 7000 fidèles et pèlerins. Nous remercions le Ministère du Tourisme israélien qui a assuré toutes les infrastructures et a aidé au succès de cet événement.

- Cet été, nous avons eu la joie de voir partir 120 jeunes de Terre Sainte aux JMJ de Rio de Janeiro.

3. Situation politique

- La situation du Moyen-Orient est de plus en plus complexe et dramatique. Les scénarios qui se sont passés en Syrie et en Irak peuvent se répéter ailleurs – comme on le voit en Egypte et en Libye. L’instabilité touche tout le monde, y compris nos fidèles qui sont tentés par l’émigration. Dans la bande de Gaza les habitants subissent les effets de l’embargo israélien et même égyptien. Pour éviter que le conflit ne s’étende comme un incendie à toute la région, il faut instaurer immédiatement en Syrie un cessez-le-feu et empêcher toute entrée d’armes. Comme le problème syrien ne pourra pas être dirimé par la force des armes, nous appelons les chefs politiques de notre Région et de l’Occident à prendre leurs responsabilités pour trouver une solution politique acceptable, qui mette fin à la violence absurde et respecte la dignité des personnes.

Vous êtes tous témoins directs de la souffrance des victimes et des réfugiés syriens, surtout en cette période de froid. Le Patriarcat latin exprime sa gratitude à la Caritas Jordanie et aux autres organismes humanitaires pour leur service de charité et de solidarité.

- Les pourparlers israélo-palestiniens ont repris fin juillet, après trois années d'interruption. Mais les bons efforts sont contrariés par la colonisation israélienne. Tant que ce problème ne sera pas résolu, les peuples de notre région souffriront. Le procès de Crémisan en avril 2013 sur la poursuite de la construction du Mur de séparation et la démolition d’une maison du Patriarcat latin à Jérusalem-Est – il y a quelques semaines – sont un signe d’aggravation et n’aident en aucun cas au processus de paix. Le fait accompli avec la force ne peut pas devenir loi. Nous avons porté le cas devant le tribunal israélien.

Nous sommes heureux de savoir que le 16 décembre, les ministres européens des Affaires étrangères ont promis que l'Union européenne apporterait un soutien « sans précédent » politique, économique et de sécurité aux Israéliens et aux Palestiniens si les deux parties réussissaient à conclure les négociations de paix.

C’est là un grand motif d’espoir.

4. Œcuménisme et dialogue interreligieux

- Les catholiques de Terre Sainte ont fêté (à quelques exceptions près) Pâques le 5 mai avec les orthodoxes. Unifier la date de Pâques n'est pas facile, mais c'est un premier pas vers l'unité complète et cela demande des efforts de la part de chacun.

- Lors du sommet sur « les défis des chrétiens arabes » qui fut organisé les 3 et 4 septembre à Amman, sous l’égide du Roi de Jordanie, pas moins de 70 patriarches et chefs des communautés chrétiennes de la région, ont étudié les retombées interreligieuses des Printemps arabes et ont eu le courage de demander une modification nécessaire des constitutions des pays arabes, pour que les chrétiens se sentent chez eux citoyens comme tous les autres, avec tous les devoirs et les droits inhérents.

- Nous condamnons aussi toute forme de fondamentalisme religieux.

Nous avons souffert cette année dans notre diocèse d’une augmentation des actes de vandalisme par des extrémistes, sur une vingtaine de Lieux Saints ou lieux de cultes.

5. Priorités et projets du Patriarcat

- Pour construire la paix et faire face aux courants extrémistes dans un esprit prophétique, l’Eglise catholique gère 58 écoles en Palestine, 20 en Israël et 40 en Jordanie ainsi que des universités et instituts tenus par des communautés religieuses. Le 30 mai, a eu lieu l’inauguration solennelle de l’Université américaine de Madaba, en présence du Roi de Jordanie, des membres de son Gouvernement et du Préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, le cardinal Sandri, comme représentant du Saint-Siège.

- De février à mars, les clefs des 72 appartements du nouveau complexe résidentiel de Beit Safafa ont été remises aux résidents. Ce projet immobilier vise à assurer un toit à nos familles et à éviter le danger de l’émigration.

6. Agenda 2014

Parmi les événements prévus pour l'année prochaine, n'oubliez pas :

- La visite du Pape en Terre Sainte prévue en mai prochain, d’abord en Jordanie puis en Israël/Palestine;

- La visite de nos chrétiens en Diaspora aux Etats-Unis en juillet 2014;

- Le Synode extraordinaire sur la famille à Rome du 5 au 19 octobre 2014, ayant comme thème : « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ».

7. Conclusion

Pour conclure, j’élève mes prières aux côtés de mes vicaires, des prêtres et des fidèles de Terre Sainte, afin que les chrétiens, les juifs et les musulmans trouvent ensemble dans leurs héritages spirituels des espaces communs, dans lesquels ils pourront travailler de concert, pour en finir avec l’injustice, l’oppression, l’ignorance et tous les actes mauvais qui détruisent le don de Dieu en nous – la dignité humaine.

Que l’Enfant Jésus, en cette occasion de Noël, donne la paix à tous les peuples de la région. Joyeuses fêtes.

Je vous remercie.

+ Fouad Twal, Patriarche latin de Jérusalem