Le pape François est heureux et il confie pourquoi, à  5 jeunes flamands

Reportage exceptionnel diffusé par la VRT

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 1189 clics

Le pape est-il heureux? Et de quoi a-t-il peur?  Quel est son message aux jeunes? Autant de questions et de réponses, très spontanées!

Le pape François a accordé une interview à 5 jeunes Flamands, le 31 mars dernier, dans son bureau du palais apostolique du Vatican, dans le cadre d'un projet de communication de la pastorale des jeunes des Flandres.

Accompagnés par Mgr Lucas Van Looy, évêque de Gand, les jeunes ont posé leurs questions en anglais et le pape a répondu en italien. L'interview a été diffusé lors d'une émission du service public en flamand de la télévision belge VRT, le 3 avril.

Les jeunes demandent avant tout pourquoi le pape a accepté cette interview: il répond que pour lui c’est un service précieux de répondre à l’inquiétude des jeunes.

À l’improviste, une question: « Est-ce que vous êtes heureux ? Et pourquoi ? »

« Absolument ! Absolument [il rit], je suis heureux !... Et c’est un bonheur paisible, parce qu’à mon âge, ce n’est pas le même bonheur que quand on est jeune, il y a une différence. Mais une certaine paix intérieure, une grande paix, un bonheur, qui vient avec l’âge aussi. Et aussi sur une route qui a toujours rencontré des problèmes. Maintenant encore, il y a des problèmes, mais ce bonheur ne part pas avec les problèmes, non : il voit les problèmes, il les supporte et puis il avance, il fait quelque chose pour les résoudre et il avance. Mais au fond du cœur, il y a cette paix et ce bonheur. C’est une grâce de Dieu, pour moi, vraiment. C’est une grâce. Je ne le mérite pas ».

Les jeunes demandent la raison de son grand amour pour les pauvres :

« Parce que c’est le cœur de l’Évangile », répond le pape. « Pour moi, le cœur de l’Évangile, ce sont les pauvres. J’ai entendu dire, il y a deux mois, que quelqu’un a dit ceci : ‘Mais ce pape est communiste !’ Eh non ! C’est une bannière de l’Évangile, pas du communisme, de l’Évangile ! Mais la pauvreté sans idéologie, la pauvreté… Et c’est pour cela que je crois que les pauvres sont au centre de l’annonce de Jésus. Il suffit de le lire. Le problème c’est que, par la suite, cette attitude envers les pauvres a parfois été idéologisée dans l’histoire ».

Une jeune, qui se dit non-croyante, demande au pape quel est son message pour les jeunes :

« Nous sommes tous frères. Croyants, non croyants, de telle confession religieuse ou d’une autre, juifs, musulmans… nous sommes tous frères. L’homme est au centre de l’histoire, et çà, c’est très important pour moi : l’homme est au centre. En cette période de l’histoire, l’homme a été chassé du centre, il a glissé vers la périphérie, et au centre, au moins actuellement, il y a le pouvoir, l’argent, et nous devons travailler pour les personnes, pour l’homme et la femme, qui sont l’image de Dieu ».

Aujourd’hui, poursuit le pape, « nous sommes entrés dans une culture du rebut » : « on chasse les enfants – nous ne voulons pas d’enfants, moins, des familles petites : on ne veut pas d’enfants – on chasse les personnes âgées : tant de personnes âgées meurent d’euthanasie cachée, parce qu’on ne s’occupe pas d’elles et elles meurent. Et maintenant, on chasse les jeunes ».

Et le pape rappele qu’en Italie, le chômage touche près de 50 % des jeunes de moins de 25 ans. Mais, évoquant ses rencontres avec certains jeunes hommes politiques argentins, il a affirmé qu’il avait confiance en eux et dans leur volonté d’être concrets : « Et je suis content parce que eux, qu’ils soient de gauche ou de droite, ils parlent sur une nouvelle musique, une nouvelle musique, un nouveau style de politique. Et cela me donne de l’espérance. Et je crois que la jeunesse, en ce moment, doit prendre sa lampe et avancer. Être courageuse ! Cela me donne de l’espérance ».

À une question sur la recherche de Dieu, le pape répond :

« Quand l’homme se trouve lui-même, il cherche Dieu. Il ne réussit peut-être pas à le trouver, mais il avance sur la route de l’honnêteté, en cherchant la vérité sur la voie de la bonté et la voie de la beauté… il est sur la bonne route et il trouvera certainement Dieu ! Tôt ou tard, mais il le trouvera. Mais le chemin est long et certaines personnes ne le trouvent pas dans leur vie. Elles ne le trouvent pas consciemment. Mais elles sont si vraies et honnêtes avec elles-mêmes, si bonnes et si aimantes de la beauté qu’à la fin, elles ont une personnalité très mure, capable de faire une rencontre avec Dieu, ce qui est toujours une grâce. Parce que rencontrer Dieu est une grâce.

Un jeune lui demande ce que lui ont enseigné ses erreurs. Le pape François affirme que les erreurs sont de « grands maîtres de vie ».

« De grands maîtres, qui t’enseignent beaucoup. Ils t’humilient aussi, parce qu’on peut se prendre pour un surhomme, une « superwoman »… et tu te trompes et cela t’humilie et te remet à ta place. Je ne dirais pas que j’ai appris de toutes mes erreurs, non, je crois que j’ai appris de quelques-unes parce que je suis têtu [il rit] et ce n’est pas facile d’apprendre. Mais j’ai appris de nombreuses erreurs et cela m’a fait du bien, m’a fait du bien. Et aussi de reconnaître ses erreurs. Je me suis trompé ici, je me suis trompé là… Et aussi, d’être attentif pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs ».

Une fille lui demande : « Avez-vous un exemple concret de la manière dont vous avez appris d’une erreur ? »

« Par exemple, dans la conduite de la vie de l’Église, j’ai été nommé supérieur très jeune et j’ai fait beaucoup d’erreurs par autoritarisme, par exemple. J’étais trop autoritaire : à 36 ans… Et puis, j’ai appris qu’il faut dialoguer, qu’on doit écouter ce que pensent les autres… Mais cela n’a pas été appris une fois pour toutes ! La route est longue ».

Arrive une question à l’improviste : « De quoi avez-vous peur ? »

« Eh, de moi-même ! [il rit] Peur… mais regarde, dans l’Évangile, Jésus répète souvent : ‘N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur !’… Mais il le dit très souvent, non ? Et pourquoi ? Parce qu’il sait que la peur est quelque chose, je dirais, de ‘normal’. Nous avons tous peur de la vie, nous avons peur devant les défis, nous avons peur devant Dieu. Nous avons tous peur, tous. Il ne faut pas te préoccuper d’avoir peur. Mais tu dois entendre cela, ne pas avoir peur et ensuite te dire : ‘Pourquoi est-ce que j’ai peur ?’. Et devant Dieu et devant toi-même, chercher à éclaircir la situation ou demander de l’aide à quelqu’un d’autre. Mais la peur n’est pas bonne conseillère, parce qu’elle te conseille mal ».

Puis il explique : « il y a une mauvaise peur et une bonne peur. La bonne peur est comme la prudence » : elle nous aide à ne pas tomber. Et il y a la mauvaise peur : celle qui t’anéantit et t’empêche d’agir. Et il faut la refuser. »

Enfin, dernière question des jeunes au pape : « Est-ce que vous avez une question à nous poser ? »

 « Elle n’est pas originale, la question que je vais vous poser. Je la prends dans l’Évangile. Où est ton trésor ? Voilà ma question. Où ton cœur repose-t-il ? Sur quel trésor repose ton cœur ? Parce que là où est ton cœur, là sera ta vie… Voilà la question que je veux vous poser, mais vous devrez répondre à vous-mêmes, tout seuls [il rit], chez vous… » 

Traduction d'Hélène Ginabat