Le pape François réclame l'abolition de l'esclavage

Une mobilisation internationale pour en finir avec la traite des êtres humains

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 1212 clics

Le pape François réclame une mobilisation internationale pour éradiquer la traite des êtres humains, qui réduit en « esclavage » les plus vulnérables des sociétés, dont les enfants : c’est un « crime contre l’humanité ». Il propose un examen de conscience sur les complicités, même indirectes.

Il a reçu en audience ensemble au Vatican ce jeudi matin dix-sept nouveaux ambassadeurs près le Saint-Siège représentant huit pays d’Afrique (Algérie, Lesotho, Sierra Leone, Cap Vert, Burundi, Zambie, Burkina Faso, Ouganda), 5 pays européens (Islande, Danemark, Suède, Norvège, Malte),  et quatre de l’Asie (Palestine, Jordanie, Koweït, Pakistan). Parmi eux, une femme, que le pape a saluée au début et à la fin de son discours : Mme Lineo Lydia Khechane-Ntoane, du Lesotho. Nous traduisons de l'italien.

Le pape s’est concentré uniquement sur cette question de la traite des êtres humains qui le « préoccupe beaucoup » : elle « menace la dignité des personnes ».

Pour une intervention législative

« Ensemble, nous devons nous engager » pour « mettre fin à cet horrible commerce », a déclaré le pape : « La traite des personnes est un crime contre l’humanité. Nous devons unir nos forces pour libérer les victimes et pour arrêter ce crime toujours plus agressif qui menace non seulement les personnes individuellement, mais aussi les valeurs fondamentales de la société et la sécurité et la justice internationales, ainsi que l’économie, le tissu familial et la vie sociale même. »

Il souhaite une « prise de responsabilité commune » et une « volonté politique plus décidée pour réussir à vaincre sur ce front » : « responsabilité envers ceux qui sont tombés victimes de la traite, pour  protéger leurs droits, pour assurer leur protection et celle de leurs familles, pour empêcher que les corrompus et les criminels se soustraient à la justice et aient le dernier mot sur les personnes. »

Le pape indique un moyen à mettre en oeuvre : « une intervention législative adéquate dans les pays de transit et dans les pays d’arrivée, de façon à faciliter aussi la régularité des migrations peut réduire le problème ».

Le pape a reconnu les efforts déjà déployés : « Les gouvernements et la communauté internationale, auxquels il revient en premier lieu de prévenir et d’empêcher ce phénomène, n’ont pas manqué de prendre des mesures à différents niveaux pour le bloquer et pour protéger et assister les victimes de ce crime, souvent lié au commerce de la drogue, des armes, au transport des immigrés clandestins, à la mafia. »

Il a pourtant dénoncé la corruption dans les services des Etats : « Hélas, nous ne pouvons pas nier que parfois même des agents publics et des contingents engagés dans des missions de paix ont été contaminés. Mais pour obtenir de bons résultats, il faut que la lutte ait aussi un impact culturel et dans la communication. Et à ce niveau, on a besoin d’un profond examen de conscience : combien de fois en effet tolérons-nous qu’un être humain soit considéré comme un objet, exposé pour vendre un produit ou pour satisfaire des désirs immoraux ? La personne humaine ne devrait jamais être vendue ou achetée comme une marchandise. Qui l’utilise et l’exploite, même indirectement, se rend complice de cette oppression. »

C’est une honte !

Il a dénoncé « une vraie forme d’esclavage, hélas toujours plus répandue, qui concerne chaque pays, même les plus développés ». Plus encore, il a fait observer qu’il touche « les personnes les plus vulnérables de la société : les femmes et les jeunes filles, les petits garçons et les petites filles, les handicapés, les plus pauvres, qui viennent de situations de désagrégation familiale et sociale ».

Le pape appelle à cette mobilisation quelle que soit la motivation spirituelle ou humaine : « Nous, chrétiens, nous reconnaissons en eux le visage de Jésus-Christ,  qui s’est identifié aux plus petits et aux plus nécessiteux. D’autres, qui ne se réfèrent pas à une foi religieuse, partagent, au nom de l’humanité commune, la compassion pour leurs souffrances et l’engagement pour les libérer et apaiser leurs blessures. »

« Ensemble, a insisté le pape, nous devons nous engager afin qu’ils soient libérés, et que l’on puisse mettre fin à cet horrible commerce. On parle de millions de victimes du travail forcé, du travail d’esclave, de la traite des personnes en vue de la main d’œuvre et de l’exploitation sexuelle. Tout cela ne peut pas continuer, cela constitue une grave violation des droits humains des victimes et une offense à leur dignité, ainsi qu’une défaite de la communauté internationale. »

Le pape a voulu secouer les consciences : « Ceux qui sont de bonne volonté, qui se déclarent religieux ou pas, ne peuvent pas permettre que ces femmes, ces hommes, ces enfants soient traités comme des objets, soient trompés, violentés, souvent vendus plusieurs fois, dans différents buts, et à la fin tués, ou de toute façon détruits, physiquement et mentalement, pour finir rejetés et abandonnés. C’est une honte. »

La force d’un engagement concerté

Le pape a conclu en disant sa foi dans « la valeur et la force d’un engagement concerté » pour combattre cet esclavage.

Il a encore une fois exhorté « la communauté internationale à une stratégie encore plus harmonisée et efficace contre la traite des personnes » afin que dans le monde entier, « les hommes et les femmes ne soient plus jamais utilisés comme des moyens mais soient toujours respectés dans leur dignité inviolable ».

C’est la première fois que le pape s’adresse à un groupe d’ambassadeurs aussi nombreux et aussi variés et ne traite qu’un seul sujet. Cette formule nouvelle se révèle particulièrement efficace : un seul message, un seul objectif qui les engage tous ensemble.

Benoît XVI avait inauguré un nouveau style pour la présentation des lettres de créance, privilégiant le rapport personnel, chaque ambassadeur étant reçu individuellement, sans discours.

Cet appel à l'engagement fait écho à la guerre lancée par soeur Eugenia Bonetti, missionnaire italienne de 74 ans, lauréate du Prix de la citoyenneté européenne 2013, « pour son engagement contre la traite des êtres humains, en particulier des femmes ».

Le prix a été remis à la religieuse, de l’Ordre de la Consolata, présidente de l’association « Plus jamais esclaves », lors d’une cérémonie officielle à Bruxelles, le 15 octobre dernier. L’Association « Slaves no more » aide les femmes victimes de la prostitution à retourner dans leurs pays d’origine et a déjà aidé plus de 16.000 femmes depuis 1998.

Pour la religieuse, « ce sont vraiment les clients qui favorisent, alimentent et soutiennent la prostitution ». Elle appelle à travailler pour « se réapproprier une culture de respect, de dignité, de relation » afin de « redonner à ces personnes la dignité, la liberté, l’identité et l’égalité ».

« Nous avons eu l’opportunité de rencontrer le pape », avait confié sœur Eugenia Bonetti : « Nous lui avons demandé qu’un jour de l’année soit dédié à la réflexion et à l’attention sur l’exploitation sexuelle des êtres humains. Ceci l’a beaucoup touché et à un certain moment il nous a demandé : « Mais que suggérez-vous ? « Nous avons répondu : « le jour de sainte Bakhita – 8 février – car elle était une esclave. »

Une nouvelle formule

Sous le pontificat de Jean-Paul II, même reçus ensemble, les ambassadeurs se voyaient remettre un message faisant le point de situation de l’Eglise, des chrétiens, de la société dans le pays : si le pape recevait dix ambassadeurs, le Saint-Siège publiait les onze discours en différentes langues. Jean-Paul II leur adressait en effet également un discours, pour tous, en français.

Avec la reprise des audiences ensemble, avec un discours pour tous, mais surtout un seul thème pour tous, le pape François trouve un moyen terme : il renoue avec une partie du dispositif précédent, qu’il rend efficace, en désignant un objectif commun, sans pour autant sacrifier le contact personnel.

"SLAVES NO MORE"

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