Le "pari" d'une humaniste, par Mme Julia Kristeva

"L'hypothèse de la destruction n'est pas la seule possible"

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ROME, jeudi 27 octobre 2011 (ZENIT.org) – "La rencontre de nos diversités ici, à Assise, témoigne que l’hypothèse de la destruction n’est pas la seule possible", fait observer Mme Julia Kristeva qui propose un « pari » sur la capacité de l’humanité à se renouveler de façon créative.

La philosophe et psychanalyste française, d'origine bulgare, Julia Kristeva, est intervenue ce matin à Assise, en la basilique Sainte-Marie-des-Anges. Elle fait partie des invités de Benoît XVI ne se ralliant à aucun credo religieux. Elle a parlé au nom de « l’humanisme ».

Elle a fait observer quel pouvoir de destruction de l’homme d’aujourd’hui : « Pour la première fois, Homo Sapiens est capable de détruire la terre et soi-même au nom de ses croyances, religions ou idéologies. »

Mais elle relève en même temps cette capacité moderne de purification des croyances : « Pour la première fois aussi les hommes et les femmes sont capables de réévaluer en toute transparence la religiosité constitutive de l’être humain. »

« La rencontre de nos diversités ici, à Assise, témoigne que l’hypothèse de la destruction n’est pas la seule possible », a fait observer la philosophe avant de proposer ce « pari » : « L’ère du soupçon n’est plus suffisante » et « face à la crise et aux menaces qui s’aggravent, est arrivée l’ère du pari : osons parier sur le renouvellement perpétuel des capacités des hommes et des femmes à croire afin que l’humanité puisse poursuivre encore pendant longtemps son destin créatif. »

Elle a rappelé le pouvoir de la liberté humaine : « Après la Shoah et le Goulag, l’humanisme a le devoir de rappeler aux hommes et aux femmes que si nous nous estimons les seuls législateurs, c’est uniquement par la mise en question continue de notre situation personnelle, historique et sociale que nous pouvons décider de la société et de l’histoire. »

Mme Kristeva a affirmé la nécessité de faire du neuf avec l’héritage des différentes traditions: « La mémoire n’est pas du passé: la Bible, les Évangiles, le Coran, le Rigveda, le Tao nous habitent au présent. Pour que l’humanisme puisse se développer et se refonder, le moment est venu de reprendre les codes moraux construits au cours de l’histoire: sans les affaiblir, pour les problématiser, en les rénovant au regard des nouvelles singularités. »

Elle en a appelé à une place de la maternité dans la société : « Les combats pour une parité économique, juridique et politique nécessitent une nouvelle réflexion sur le choix et la responsabilité de la maternité. La sécularisation est encore la seule civilisation qui manque de discours sur le maternel. Ce lien passionnel entre la mère et l’enfant, par lequel la biologie devient sens, altérité et parole, est une « reliance » qui, différente de la fonction paternelle et de la religiosité, les complète et participe à part entière à l’éthique humaniste. »

La psychanalyste a évoqué l’importance du « soin » d’autrui dans la société : « Le souci (cura) amoureux d’autrui, le soin de la terre, des jeunes, des malades, des handicapés, des vieillissants dépendants sont des expériences intérieures qui créent des proximités nouvelles et des solidarités inouïes. »

Anita S. Bourdin