« Le pauvre nous transforme et nous guérit », rappelle Jean Vanier

Fondateur de la Communauté de l’Arche

| 2179 clics

ROME, Lundi 22 mai 2006 (ZENIT.org) – La communion avec le pauvre transforme et guérit, affirme Jean Vanier, fondateur de la Communauté de l’Arche.



Au cours d’une conférence qui s’est déroulée le 16 mai dernier à Rome, dans l’église San-Gioacchino, Jean Vanier a déclaré que « la différence est un trésor » et qu’« entrer en communion avec le pauvre nous change, nous transforme, nous rend plus humains et constitue un chemin de connaissance de Dieu ».

Reconnaissant avoir un « faible » pour l’Italie, le fondateur de l’Arche, qui a consacré sa vie à l’assistance des porteurs de handicaps mentaux, a affirmé que « le monde humain est un monde de conflits, de guerres, de divisions, dominé par l’incapacité de se rencontrer ».

Chacun de nous, a-t-il expliqué, construit des murs car « nous avons peur les uns des autres ».

Nos peurs sont nombreuses, a-t-il poursuivi : Nous avons « peur de la mort, de disparaître, d’être rejetés, de ne pas être aimés, de ne pas réussir, de nous sentir coupables, du chaos à l’intérieur de nous-mêmes ».

La peur de laisser les autres découvrir notre vulnérabilité nous conduit à nous cacher, car nous ne voulons pas montrer notre pauvreté intérieure aux autres. Nous craignons en effet d’être abandonnés si nous nous montrons aux autres avec notre « pauvreté » et si nous les laissons toucher « notre vulnérabilité la plus profonde ».

« Comment peut-on devenir plus humain ? Comment pouvons-nous abattre les murs que chacun de nous crée ? Comment pouvons-nous surmonter la peur d’être rejeté ? Comment pouvons-nous être nous-mêmes en acceptant ce que nous sommes avec nos fragilités ? » s’est interrogé Jean Vanier.

« Nous sommes tous des êtres humains, nous sommes tous des personnes », a-t-il répondu.

« Quelles que soient nos capacités ou nos incapacités, quelle que soit notre culture ou notre religion, quelle que soit notre ethnie, nous sommes tous des personnes uniques, précieuses, avec une valeur profonde », a-t-il poursuivi.

« Nous sommes tous capables de recevoir Dieu, quelles que soient nos pauvretés, apparentes ou non ».

Ce qui compte par conséquent, c’est de faire tomber les murs pour pouvoir entrer en relation les uns avec les autres, pour pouvoir révéler aux autres qu’ils sont beaucoup plus beaux qu’ils ne le pensent.

Aimer une personne ne signifie pas, en effet « la posséder, la contrôler ; il ne s’agit pas seulement d’une réalité émotive, ce n’est pas nécessairement faire quelque chose pour les autres », a expliqué Jean Vanier.

« Aimer une personne, en effet, c’est lui révéler sa beauté, c’est lui révéler qu’elle est une personne, qu’elle est importante, qu’elle peut faire des choses belles avec sa vie ».

L’amour, a-t-il précisé, ne doit pas être uniquement émotionnel. Il faut aimer les personnes « de manière intelligente pour les aider à se relever », « vouloir aller au-delà des murs, passer à travers les murs », « révéler à ceux qui ont été écrasés qu’ils ont une valeur ».

« Ce que je voudrais transmettre avant de mourir, c’est que la vie est belle si nous nous engageons à abattre petit à petit les murs qui nous séparent », a affirmé Jean Vanier.

Le fondateur de l’Arche estime qu’il est important d’être sincère avec soi-même et de reconnaître une vérité fondamentale : « Je ne suis pas supérieur à toi, je ne suis pas meilleur que toi, je suis comme toi. J’ai mes fragilités, j’ai mes handicaps, que j’ai peut-être souvent cachés ; tu as tes handicaps, peut-être plus visibles, mais derrière tes handicaps tu es là, comme personne, avec ton cœur ».

« Pour que les murs puissent disparaître, a conclu Jean Vanier, pour que nous puissions devenir vulnérables les uns face aux autres, pour que nous ne soyons plus guidés par la compétitivité, pour que le monde puisse trouver la paix, j’ai besoin d’une communauté, de frères et sœurs, de Jésus ».

Jean Vanier est né en 1928 au Canada. Son père était Gouverneur général du pays. Il est entré très jeune dans la Marine militaire qu’il a abandonnée en 1950 « pour suivre Jésus, pour chercher l’Evangile, pour découvrir le sens de notre vie et de notre monde », selon ses propres paroles.

Il a fondé l’Arche à Trosly-Breuil (France) en 1964, une communauté constituée pour et de personnes porteuses d’un handicap mental. Il existe aujourd’hui plus de cent maisons réparties dans trente pays à travers le monde.

En 1971 il a fondé « Foi et Lumière », avec Marie-Hélène Mathieu. Il s’agit d’un mouvement qui accueillent des personnes porteuses de handicap, leurs familles et leurs amis, pour des temps de partage, de célébration et de prière. Il existe actuellement plus de mille communautés à travers le monde.