Le président de l’épiscopat espagnol et la leçon des martyrs

Ouverture de l’Assemblée plénière de la conférence épiscopale espagnole

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ROME, Jeudi 22 novembre 2007 (ZENIT.org) – Mgr Ricardo Blázquez, évêque de Bilbao et président de la conférence épiscopale espagnole (CEE), a ouvert lundi les travaux de la XC Assemblée plénière de l’épiscopat, par un discours largement consacré à la béatification, le 28 octobre dernier à Rome, des 498 martyrs du XX siècle en Espagne.



Le président de la CEE a défendu le droit de « chaque groupe humain » à « rappeler son histoire, à cultiver sa mémoire collective » et de cette manière, à approfondir « son identité », même si pour Mgr Blázquez « nous devons nous souvenir de l’histoire non pas pour nous opposer les uns aux autres mais pour qu’elle nous donne une leçon sur ce que nous avons fait de mal ou le courage pour poursuivre sur le bon chemin ».

Dans ce cadre, a-t-il souligné, « la béatification des martyrs par l’autorité apostolique de l’Eglise n’implique pas une méconnaissance ou une minimisation du comportement moral d’autres personnes, fait de sacrifices et de radicalité », et il a rappelé que les martyrs chrétiens « garantissent avec leur mort l’importance de la foi en Dieu ».

« Les martyrs, face à l’alternative non désirée ni provoquée par eux de renier leur foi en Dieu et sauver ainsi leur propre vie ou de rester fidèles au Seigneur et donc de la perdre, ont préféré donner, dans un geste admirable, leur vie temporelle, car ils savaient que de l’amour tout puissant du Seigneur ils auraient reçu la vie éternelle », a souligné le président de la CEE.

Selon Mgr Blázquez, « à côté de cette alternative sur la vie ou la mort, les options à caractère culturel, politique, idéologique ou social, se situent à un tout autre niveau ». « Le martyre est comme un test qui, sans équivoque, vérifie la qualité d’un chrétien », a-t-il expliqué.

Les martyrs, a-t-il poursuivi, proclament à travers leur sang : « Vous pouvez nous ôter la vie, mais pas notre foi en Dieu qui nous aime ; le pouvoir de la vérité, exercé doucement sur notre conscience, place une limite infranchissable qui nous renforce pour ne céder ni aux flatteries ni aux menaces. Car l’âme n’appartient qu’à Dieu ».

Mgr Blázquez relève que « c’est le fait que l’offrande du pardon aux persécuteurs ait été une constante de nos martyrs, parfois à travers des expressions très belles, qui attire l’attention ».

« Nous faisons mémoire d’un chapitre de l’histoire de notre Eglise, très douloureux en son temps et aujourd’hui objet d’une joie profonde, qui nous invite à assimiler la magnifique leçon de foi en Dieu et la magnifique leçon de miséricorde que nous ont laissée les martyrs », a-t-il souligné.

« Ces martyrs nous appartiennent et donnent leur dignité à nos familles, à nos communautés chrétiennes, mais ils ne s’agit pas d’un patrimoine exclusif de nos Eglises locales, vu qu’ils appartiennent à Jésus Christ et donc à l’Eglise universelle ».

« Ils ont beaucoup à dire à notre société et à l’humanité entière, dans la mesure où leur stature morale élève la qualité du monde, a-t-il relevé ; leur manière de mourir nous dit que cela vaut la peine de chercher à savoir d’où émane cette générosité et cette dévotion ».

Durant son intervention, Mgr Blázquez a affronté une autre grande question : l’émigration qui, de par l’ampleur et l’avancée rapide du problème, constitue en Espagne un réel défi.

Le président de la CEE a rappelé que l’Espagne « jadis pays d’émigration est devenu un des pays d’Europe comptant le plus grand nombre d’immigrés sur son sol », une inversion de marche qui s’est « réalisée en très peu de temps ».

Le nombre d’immigrés en Espagne est en effet passé de 542.314 en 1996 à 4.144.166 en 2006.

« Un immigré ce n’est pas seulement de la main-d’œuvre pour produire ; c’est avant tout une personne, un membre de la famille humaine, notre frère, un fils de Dieu. La vision humaine et chrétienne de l’homme nous invite à promouvoir l’accueil, le respect, l’aide, la compréhension, la solidarité », a-t-il rappelé.

« L’intégration des immigrés demande, tant de la part du pays d’accueil que de la part des travailleurs et de leurs familles, des efforts constants de patience ; les immigrés doivent être reconnus dans leurs droits d’hommes et de travailleurs, et ces derniers doivent à leur tour respecter les lois et les traditions légitimes du pays qui les accueille », a-t-il poursuivi.

« Si les uns et les autres travaillent à la recherche de l’intégration des immigrés, a-t-il conclu, les possibles étincelles de refus et d’exclusion seront vite étouffées ».