Le président de la Mongolie annonce un moratoire de la peine capitale

Une décision « surprenante et courageuse », estime la Communauté de Sant’ Egidio

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ROME, Mercredi 20 janvier 2010 (ZENIT.org) - Le 14 janvier dernier, par un discours historique prononcé devant le parlement, le président de la Mongolie Tsakhiagiin Elbegdorj, a proclamé solennellement l'introduction d'un moratoire officiel des exécutions, décrété la commutation automatique de toutes les sentences capitales à 30 ans de réclusion et manifesté ouvertement son intention de parvenir le plus tôt possible à l'abolition totale et inconditionnelle de la peine de mort.

La Communauté de Sant'Egidio, dans un communiqué, salue chaleureusement cette décision qu'elle dit «  prise avec une détermination surprenante et courageuse dans la volonté d'éliminer une fois pour toutes la peine capitale du système législatif de la Mongolie ».

Cette résolution, souligne la communauté, « n'est pas le fruit d'une improvisation. Il y a 19 ans déjà en effet, en tant que député, le président Elbegdorj avait proposé d'introduire, au niveau constitutionnel, l'abolition totale de la peine capitale du système judiciaire de ce pays d'Asie centrale ».

Toutefois, poursuit-elle, « le caractère extraordinaire de l'initiative présidentielle se distingue par une approche profondément humaniste de la conception de la justice et par une théorie singulièrement avancée dans le domaine du respect de la vie et de la dignité humaine, qui connaît très peu de précédents sur le continent asiatique ».

Depuis qu'il a pris la présidence la Mongolie, il y a six mois, Tsakhiagiin Elbegdorj n'a intentionnellement signé aucune exécution et démontre aujourd'hui la nécessité de mettre fin à ce que lui-même n'hésite pas à définir comme la « honte » du régime pénal mongol : l'oubli absolu des détenus dans les couloirs de la mort et de leurs corps après l'exécution, occultés par le secret d'État le plus rigide, qui fait que leurs familles ne peuvent avoir d'endroit où les pleurer.

Le chef d'État, expliquant les raisons de sa décision, déclare avant tout que la faculté de concéder la grâce, même à ceux qui se sont rendus coupables du pire délit, est un principe auquel il faut rester fidèle parce qu'il est la garantie et la protection de la valeur de la vie humaine.

Le président, souligne la communauté de Sant'Egidio dans son communiqué, se montre « particulièrement préoccupé par l'erreur judiciaire et par le risque de condamnation d'un innocent », surtout en Mongolie, où l'on recense 59 catégories de crimes passibles de la peine capitale.

En l'espace de 16 mois seulement, de 1937 à 1939, 20.474 citoyens mongols, dont 1228 au cours d'un seul procès furent supprimés, victimes des persécutions du régime, rappelle-t-elle.

« La peine de mort dégrade la dignité humaine, provoque dans les familles des victimes et dans les familles blessées des condamnés, souffrances et ressentiments », déplore le président, rappelant que d'après les anciennes traditions de son pays, « la vie est la plus grande richesse pour chaque homme et chaque femme ».

« Loin de priver ses citoyens de la vie, déclare-t-il, l'État doit au contraire exercer le pouvoir d'empêcher la suppression d'un être humain, là où la société civile livrée à elle-même est incapable de garantir que les hommes ne se tuent plus les uns les autres ».

Sur le fait que la majorité de la population soit favorable à la peine capitale, il réaffirme qu'aucun des pays qui ont jusqu'à présent aboli la peine capitale ne l'a fait suite à des pressions venues « d'en bas », et qu'un État incapable de clémence ne peut pas sur de simples déclarations susciter la confiance chez ses propres citoyens.

« J'entends être un président qui ne prive pas ses citoyens de la vie dans quelque circonstance que ce soit au nom de l'État. Le droit à la vie est absolu et ne peut dépendre non plus du chef de l'État », souligne le président.

« Il n'existe aucune étude qui prouve que l'abolition de la peine de mort augmente le taux de criminalité. Il est au contraire largement démontré qu'en la gardant on assiste à une augmentation des crimes les plus graves. Donc, la peine capitale n'a aucun effet de dissuasion en matière de délits ».

La communauté de Sant'Egidio affirme « partager ces convictions » et dit «  soutenir et encourager le président Elbegdorj dans son itinéraire difficile vers l'abolition de la peine de mort dans son pays ».

Elle salue un événement d' « une importance extraordinaire pour ce qui est de l'affirmation de la vie toujours et quoi qu'il arrive ».

Le travail commun de la Communauté de Sant'Egidio avec Tamara Chikunova, qui a déjà abouti à l'abolition de la peine capitale en Ouzbékistan, a soutenu les efforts qui, ces dernières années, ont permis de créer tant au niveau institutionnel qu'au niveau de la société civile un changement décisif en faveur d'un plus grand respect de la vie humaine et d'une justice sans la mort en Mongolie.

Le pas qui a été accompli aujourd'hui dans ce pays, affirme Sant'Egidio, «  est une étape importante qui indique une route que d'autres gouvernements d'Asie pourraient être à même de parcourir, l'année où sera présentée à nouveau à l'Assemblée générale des Nations Unies la Résolution pour un Moratoire universel ».