Le prêtre selon Aparecida, une vision actuelle aussi à Rome

Un pasteur proche de son peuple

Rome, (Zenit.org) | 1058 clics

L’Eglise a besoin de pasteurs et non pas de fonctionnaires, et ce qui « trouble l’identité du prêtre, c’est l’isolement de sa conscience par rapport au peuple », explique le pape François aux prêtres de son diocèse.

Pour préparer la rencontre du pape et de 1200 prêtres de Rome, de lundi 16 septembre au Latran, le cardinal vicaire Agostino Vallini a adressé à ceux-ci, à la demande du pape François, une réflexion écrite en 2008 par le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, qui présente l’identité du prêtre à la lumière du Document d’Aparecida, fruit de la Ve Conférence des évêques d’Amérique latine.

En voici quelques passages, publiés par Radio Vatican:

L’Église a besoin de « pasteurs du peuple et non de fonctionnaires de l’État » : c’est l’un des passages forts de la lettre que l’archevêque de Buenos Aires de l’époque avait envoyé à ses prêtres, en 2008, après la Conférence d’Aparecida. Le cardinal Bergoglio souligne avant tout que l’identité du prêtre se définit « en relation avec la communauté » par deux caractéristiques : « le don » et « la fidélité ».

« Il est opportun de ne pas oublier, écrit le futur pape, que l’identité dit l’appartenance ; on est, dans la mesure où l’on appartient. Le prêtre appartient au peuple de Dieu, d’où il est tiré, vers qui il est envoyé et dont il fait partie ». Et il avertit que « celui qui n’entre pas dans cette appartenance de communion » glisse « dans l’isolement du moi ». La conscience « détachée du parcours du peuple de Dieu, prévient-il, est l’un des plus grands préjudices à la personne du prêtre » ; et il répète que « ce qui confère son identité au prêtre, c’est son appartenance concrète au Peuple de Dieu ».

C’est pourquoi « ce qui enlève ou qui trouble l’identité du prêtre, c’est précisément l’isolement de sa conscience par rapport à ce peuple ». Mais alors qui permet que cette communion se réalise ? L’archevêque de Buenos Aires n’a aucun doute : c’est « l’Esprit-Saint » qui « distingue et harmonise ». « Sans l’Esprit-Saint, poursuit-il, nous courons le risque de perdre l’orientation dans la compréhension de notre foi », nous risquons de « ne pas être envoyés mais de partir pour notre propre compte et de finir désorientés dans mille formes d’autoréférentialité ».

Le cardinal Bergoglio rapporte donc sa réflexion à l’image du Bon Pasteur. Le Document d’Aparecida, fait-il observer, demande aux prêtres des « comportements nouveaux ». La première exigence, écrit-il, « est que le curé soit un authentique disciple de Jésus-Christ, parce que seul un prêtre amoureux du Seigneur peut renouveler une paroisse ». Mais en même temps « il doit être un missionnaire ardent qui vit avec la soif constante d’aller à la recherche de ceux qui sont loin et qui ne se contente pas d’administrer ». L’image du Bon Pasteur exige donc « des disciples amoureux » et « des missionnaires ardents ».

L’archevêque Bergoglio souligne que « à la base de l’expérience du disciple missionnaire, il y a la rencontre indispensable avec Jésus-Christ ». D’ailleurs, il souhaite que « l’on passe d’une pastorale de la conservation à une pastorale résolument missionnaire ». La lettre explique ce que veut dire être les « gardiens » du troupeau confié aux prêtres. « L’action de garder quelque chose, peut-on lire, implique de s’y consacrer avec effort et tendresse », « on garde ce qui est fragile, ce qui est précieux ». Le futur pape donne donc de la place à l’option préférentielle pour les pauvres. Et il rappelle que le document d’Aparecida fait émerger le profil « d’un prêtre qui sort vers les périphéries abandonnées, reconnaissant en chaque personne une dignité infinie ».

La lettre ne manque pas d’affronter le thème de la miséricorde avec quelques considérations éclairantes sur l’administration du sacrement de la réconciliation. « Il arrive, affirme le cardinal Bergoglio, que souvent, dans la confession, nos fidèles trouvent des prêtres laxistes ou rigoristes. Aucun des deux n’est vraiment témoin de l’amour du Seigneur », parce que « aucun des deux ne se charge de la personne, mais tous les deux – avec élégance – s’en déchargent ». Le rigoriste, explique-t-il ensuite, « la renvoie à la froideur de la loi, et le laxiste ne la prend pas au sérieux et cherche à endormir en elle la conscience du péché ». Et de conclure : « Seul le prêtre miséricordieux se charge de la personne, il se fait son prochain, il se fait proche d’elle, et il l’accompagne sur le chemin de la réconciliation ». Les laxistes et les rigoristes, au contraire, « ne connaissent pas la proximité et préfèrent esquiver le problème ».

La lettre se conclut donc par les « rappels du peuple de Dieu à ses prêtres » : qu’ils aient une profonde expérience de Dieu, qu’ils soient des missionnaires mus par la charité pastorale, qu’ils soient en communion avec leur évêque et aussi qu’ils soient attentifs aux nécessités des plus pauvres et pleins de miséricorde. Derrière ces rappels, prévient le cardinal argentin, « il y a l’anxiété implicite » des fidèles qui veulent que nous soyons « des pasteurs du peuple et non des fonctionnaires de l’État ». Des hommes, ajoute-t-il, « qui n’oublient pas qu’ils ont été tirés du troupeau », qui « se protègent de la rouille de la mondanité spirituelle » et qui se gardent de la « corruption spirituelle qui porte atteinte à la nature même du pasteur ».

Traduction Hélène Ginabat