Le Prophète : un homme qui dit des paroles chargées d'une Présence

Lectio divina sur les lectures de dimanche, 3 février 2013

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 1604 clics

Le dimanche, Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, offre aux lecteurs de Zenit cette lecture des textes liturgiques, avec une clef finale spéciale pour la vocation des femmes consacrées dans l'Ordo Virginum, dont la vocation est un signe du mystère de l'Eglise Epouse du Christ, et de la dimension sponsale du baptême. Il propose aussi une lecture patristique en écho à cette "lectio divina".

Le Prophète : un homme qui dit des paroles chargées d’une Présence

IVe Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 3 février 2013

Rite romain

Jr 1,4-5.17-19; Ps 70; 1 Co 12,31-13,3; Lc 4,21-30

Rite ambrosien

Avant-dernier dimanche après l’Epiphanie

Dn 9,15-19; Ps 106; 1Tm 1,12-17; Mc 2,13-17

            1)Prémisse sur la voix - le prophète - et sur la Parole, Jésus.

            Les récits de ce jour, sur le prophète Jérémie et sur l’expérience de Jésus dans l’Evangile (du Rite romain), mettent en relief la vocation et l’action du prophète qui parle de la vie de l’homme selon le projet de Dieu et de sa réalisation.

            Je pense donc qu’il est utile - comme prémisse – de rappeler que le terme de ‘prophète’ vient du grec προφήτης (prononciation: profétes), qui est un mot composé du préfixe προ- (pro, “devant, avant”, mais aussi “pour”, “à la place de”) et du verbe φημί (femì, “parler, dire”). Littéralement, ce terme signifie « celui qui parle devant » ou « celui qui parle pour, à la place de », soit dans le sens de parler « publiquement » (devant des auditeurs) soit dans celui de parler « avant » (en avance sur le futur).

            Il est également utile de savoir que le terme hébreu qui indique le prophète,“nabi”, peut signifier soit « celui qui est appelé », soit « celui qui parle » : en cette double signification est inscrit tout le sens de la mission du prophète : un homme appelé qui devient un porte-voix, un « porte-parole », un serviteur de la Parole de Dieu. En outre, le prophète n’est pas simplement appelé pour parler au nom de Dieu, mais pour vivre de son amour en devenant le prophète du Cœur de Dieu, qui est miséricorde.

            Le prophète n’est pas la variante biblique du voyant, car son but n’est pas de communiquer les évènements du lendemain et ainsi de se mettre au service de la curiosité ou du besoin de sécurité des hommes : “L'élément essentiel du prophète n’est pas de prédire les évènements futurs ; le prophète est celui qui dit la vérité parce qu’il est en contact avec Dieu. Il s’agit d’une vérité valide pour aujourd’hui et qui naturellement éclaire aussi le futur. Il ne s’agit donc pas de prédire l’avenir dans ses détails, mais de rendre présente la vérité divine à ce moment-là et d’indiquer le chemin à prendre » (Joseph Ratzinger, Interview avec Niels Christian Hvidt, 1997).

            C’est pourquoi le Christ est le Prophète - Révélateur définitif (cf. He 1, 1-2), éminent. Non seulement Il nous conduit à Dieu à travers la parole des prophètes  et la loi, mais Il nous assume en Lui par sa vie et sa passion et, à travers l’Incarnation, Il fait de nous son Corps Mystique par le Baptême. Cela signifie que, dans ses racines, la prophétie est présente et continue dans l’Eglise, peuple de Dieu royal, sacerdotal et prophétique (cf. Lumen Gentium, 12).

      2) Un porte-voix et la Parole.

            Le Christ est vraiment un prophète différent des précédents. Il est différent aussi de Jérémie (cf. 1èrelecture de ce jour) auquel le Nouveau Testament fait allusion en montrant les nombreuses correspondances entre celui-ci et Jésus. Comme le prophète des temps anciens (cf. Jr 11,18), le Christ aussi, dans sa patrie de Nazareth, est contesté pas ses concitoyens (cf. Lc 4,29).
La délicatesse de Jérémie (cf. Jr. 1,6) le rapproche du Christ décrit par saint Luc. Comme Jésus, ce prophète a affronté les détenteurs du pouvoir religieux et du temple (cf. id. 7,11 et Mt 21,13). Tous deux sont célibataires et tous deux aiment les simples et les cœurs purs. Flagellé (cf. id. 20,2), le prophète Jérémie est conduit à sa passion comme un agneau (cf. id. 11,19). Enfin, même sa lamentation sur Jérusalem (cf. id. 32,28) pourrait être rapprochée des pleurs de Jésus sur la ville bien aimée (cf. Mt 23,37). 

            Mais Jérémie n’était qu’un porte-voix qui portait la Parole de Dieu, il était « seulement » un messager qui s’adressait à ceux qui s’étaient trompés de chemin. Jésus est la Parole de Vérité qui est la Voie, le Chemin qui conduit à la Vie.

            Le joyeux Message du Christ, c’est Lui même, fleur qui éclot à Nazareth (= jardin), froment qui se fait pain de vie et de miséricorde à Bethléem (= ville du pain), regard si pénétrant qu’Il lit dans le cœur, voix si puissante qu’elle chasse les démons, parole si douce qu’elle charme les enfants, agneau dont la grâce et l’amour sont si forts qu’Il porte le péché du monde et pardonne aux pécheurs.

            L’enseignement de Jésus était fascinant et faisait autorité ; le peuple accourait pour l’écouter partout Il se trouvait, dans la synagogue (cf. Evangile du rite romain Lc 4, 21-30) ou au bord de la mer (cf. Evangile du rite ambrosien Mc 12, 13-17).

            Mais qu’est-ce que Jésus enseignait ? Il enseignait Dieu. En annonçant la Bonne Nouvelle, Il parlait de Dieu, mais Il en parlait d’une façon nouvelle. Il en parlait à partir de son expérience, de l’expérience qu’Il avait lui-même de Dieu et de la vie. Jésus vivait en Dieu. Il révélait que Dieu est un Juge de miséricorde, un Dieu qui est proche, toujours. Le Christ, l’Homme qui vit parmi les hommes pour révéler le Cœur de Dieu, est le prophète du bonheur (cf. les Béatitudes)

            3) Des petits prophètes et non pas des prophètes mineurs.

            Nous devrions imiter Jérémie, le prophète qui, à mon avis, ressemble le plus au Christ, en répondant à notre vocation avec ses propres paroles : « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire » (Jr 20,7). Alors nous vivrons en prophètes, peut-être pas de grands prophètes, peut-être pas célèbres, mais peut-être pas moins utiles que Jérémie. Nous, chrétiens, nous sommes appelés à être prophètes : ce n’est pas important d’être petit ou grand prophète, l’important est que nous soyons vrai témoin de Jésus, Prophète du Visage de Dieu, (comme la Vierge Marie l’a reconnu dans le Magnificat),

            Si nous nous tenons devant Dieu avec la simplicité des enfants et la demande des pauvres, nous vivrons l’Evangile et nous nous apercevrons que d’autres « petits évangiles », d’autres bonnes nouvelles –apparemment de peu d’importance – sont avec le Christ parmi nous : la bonté et l’amour de nos parents proches et de nos amis, la beauté semée dans les vallées et sur les montagnes, dans les forêts et sur les mers. La magnificence du monde et les lys des champs, l’eau transformée en vin et la multiplication des pains : tout cela fait partie de l’Evangile, c’est-à-dire de l’heureuse nouvelle que le Christ est le Rédempteur de l’homme et du monde et que l’incarnation a fait de la Parole une présence de vérité et de salut.

            Le grand peintre Van Gogh disait qu’il aimait regarder les petits enfants dans leur berceau, parce que leurs yeux innocents reflètent le ciel.

            Si nous devenons comme des enfants, nous pourrons avoir les yeux remplis du ciel et un regard digne de l’évangile. Alors  nous reconnaitrons la présence évangélique du Christ dans les petites et dans les grandes choses de la vie, et nous deviendrons ses prophètes.

            Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous explique que “ Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction prophétique du Christ. Il l’est surtout : par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes’ (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde”  (CEC, n. 785).

            Dans ce peuple, il y a des personnes qui sont appelées d’une manière particulière à vivre cette dimension prophétique au quotidien, dans ce qui semble être de la poussière d’histoire  plus que de l’histoire : il s’agit des Vierges Consacrées.

            Le mariage est une très grande valeur, mais la virginité est une prophétie telle que, loin d’être contre les personnes mariées, elle est avant tout pour elles, à leur avantage. La virginité leur rappelle que le mariage est saint, beau, créé par Dieu et sauvé par le Christ, qu’il est l’image des épousailles du Christ et de son Eglise, mais qu’il n’est pas tout. Par cet appel particulier, Dieu appelle ces femmes consacrées à vivre une plus grande intimité avec Lui et à être dans le monde des témoins prophétiques de cette présence divine, à travers la virginité.

            Il me semble que c’est là une des tâches principales de la virginité consacrée. En affirmant cela, je suis dans le sillage

-         de Saint Cyprien qui écrivait : « Ce que nous serons un jour, vous l’êtes déjà » (De la conduite des Vierges, chap. 1),

-         du Rituel de la Consécration des Vierges qui dit: “Le don de le virginité prophétique et eschatologique acquiert une valeur d’un ministère au service du peuple de Dieu et insère les personnes consacrées dans le cœur de l’Eglise et du monde » (des Liminaires du Rite de consécration, n. 2, 1970), et

-         du Pape Benoit  XVI qui affirme : « La vie consacrée est appelée à ce témoignage prophétique, lié à sa double attitude contemplative et active. Aux personnes consacrées, hommes et femmes, il est en effet donné de manifester le primat de Dieu, la passion pour l’Evangile pratiqué comme forme de vie et annoncé aux pauvres et aux derniers de la terre. « En vertu de ce primat, rien ne peut être préféré à l'amour personnel pour le Christ et pour les pauvres en qui il vit. [...] La véritable prophétie naît de Dieu, de l'amitié avec lui, de l'écoute attentive de sa Parole dans les diverses étapes de l'histoire » (cf. Vita consecrata, n. 84). De cette manière, la vie consacrée, dans son vécu quotidien sur les routes de l’humanité, manifeste l’Evangile et le Royaume déjà présent et à l’œuvre. » (Homélie aux Vêpres, Fête de la Présentation de Jésus au Temple, 2 février 2011).

Lecture Patristique

De la conduite des vierges

Par Saint Cyprien

Texte complet : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/cyprien/vierges.htm

Ce que nous serons uni jour, vous l’êtes déjà; vous jouissez, dès cette vie, de la gloire de la résurrection; vous traversez le siècle sans en partager la corruption. En persévérant dans fa chasteté, Ô vierges, vous ressemblez aux anges de Dieu. Conservez donc précieusement votre trésor et marchez toujours dans la voie où vous êtes généreusement entrées. 

Donc, encore une fois, que la vierge ne fasse pas consister sa parure dans les colliers et dans les vêtements, mais dans l’innocence des moeurs. Qu’elle marche le regard fixé vers le Ciel et Dieu, et qu’elle n’abaisse pas sur les jouissances de la chair ou les biens terrestres des yeux qui ne doivent chercher que les splendeurs éternelles. Le premier ordre de Dieu a prescrit l’accroissement et la génération; le second a conseillé la continence. Quand la terre était encore nouvelle et sans habitants, le genre humain dut se propager et se multiplier par la génération ; maintenant que l’univers est peuplé, ceux qui en sont capables doivent vivre dans la continence et se priver des plaisirs de la chair en vue du royaume céleste. Ce (33) n’est pas un ordre du Seigneur, mais un conseil; il n’en fait pas une obligation, mais il laisse à chacun l’usage de sa liberté. De plus, comme dans le royaume de son Père il y a plusieurs demeures, il nous indique les plus glorieuses. C’est vers ce but que vous dirigez vos pas; en réprimant les désirs charnels, vous vous assurez la meilleure place dans le Ciel. Il est vrai que tous ceux qui se présentent à la fontaine baptismale y dépouillent le vieil homme par la grâce du bain salutaire. Introduits par l’Esprit-Saint dans une vie nouvelle, ils se purifient, par une seconde naissance, de leurs anciennes souillures. Mais les effets de la régénération se manifestent plus complètement en vous, puisque les désirs charnels s’éteignent dans vos coeurs; vous ne conservez plus que ces saintes aspirations qui vous élèvent à la vertu et à la gloire. Écoutez l’apôtre que le Seigneur a appelé son vase d’élection, Paul, chargé de nous révéler les décrets d’en haut : Le premier homme, dit-il, est né du limon de la terre; le second vient du ciel. Ceux qui naissent de la terre ressemblent au premier, ceux qui viennent du ciel au second. De même que nous avons porté t’image de l’homme terrestre, portons celle de l’homme céleste (I Corint., XV). Il est donné à la virginité, à l’innocence, à la sainteté, à la vérité de reproduire cette image. Elles la reproduisent, ces âmes d’élite qui se rappellent la règle du Seigneur, qui marchent scrupuleusement dans les voies de la justice, fermes dans leur foi, humbles dans leur crainte, prêtes à tout supporter, souffrant les injures sans se plaindre, faciles à pardonner, maintenant, au sein de la société chrétienne, les liens de la concorde et de la, paix fraternelle.” (chap. 1)