Le récent document du Vatican sur l’Eglise est un défi au dialogue œcuménique

Entretien avec le secrétaire de Conseil pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens

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ROME, Vendredi 27 juillet 2007 (ZENIT.org) – Pour comprendre le récent document sur la nature de l’Eglise, publié par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il faut harmoniser des concepts apparemment contradictoires, déclare le secrétaire du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, Mgr Brian Farrell, L.C..



Dans cet entretien accordé à ZENIT à propos du document Réponses à des questions concernant certains aspects sur la doctrine sur l’Eglise, Mgr Farrell déplore une présentation incomplète du document par les médias.

« Comme il arrive souvent, la complexité théologique se perd dans la manière d’énoncer les faits, surtout dans les médias », commente-t-il. « Ce document ne porte pas sur une seule mais sur plusieurs affirmations qui doivent être toutes considérées dans leur ensemble ».

« Ce document ne peut se réduire à cette simple affirmation : ‘L’Eglise dit être la seule véritable Eglise’. Le document dit aussi: ‘Il est’ possible, sur la base de la doctrine catholique, d’affirmer correctement que l’Eglise du Christ est présente et qu’elle œuvre dans les Eglises et dans les communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Eglise catholique’ ».

Réciprocité

Le secrétaire du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens rappelle que le document a suscité initialement des réactions négatives parmi les non catholiques.

Mais, affirme-t-il « il n’y a rien de nouveau ou de surprenant dans ce document » qui, selon lui, « sera vu comme une invitation adressée à tous, à être plus exacts sur le plan théologique, dans nos dialogues, voire plus créatifs pour mieux faire comprendre notre position ».

Mgr Farrell estime également que le manque de communion est source de désaccord concernant la compréhension de certains concepts.

« Bien entendu, aucun corps chrétien n’aime entendre dire que nous les catholiques pensons qu’il leur manque quelque chose d’essentiel dans le concept de l’Eglise », a-t-il commenté. « De même que nous n’aimons pas que nos amis orthodoxes disent qu’ils sont, eux seuls, la vraie continuité de l’Eglise indivise du premier millénaire ».

« De la même manière, on trouve au cœur de la Réforme une critique radicale qui dit que l’Eglise catholique ne serait pas restée fidèle au Christ et aux Ecritures ».

« Qu’il y ait donc plusieurs idées différentes de ‘l’Eglise’ dans notre vision réciproque ne peut donc surprendre nos partenaires protestants ».

Communion

Mgr Farrell a aussi commenté la question relative à l’autorité du siège de Pierre et à la communion avec le Souverain Pontife.

« Ce n’est pas tant sur le ministère universel de l’évêque de Rome que repose le plus grand obstacle, mais sur la manière dont ce ministère a été défini et mis en pratique, ces derniers siècles, dans l’Eglise catholique », a-t-il déclaré.

« Ici aussi, les ‘Réponses’ peuvent être utiles au niveau oecuménique. Elles nous rappellent que l’autorité du successeur de Pierre n’est pas quelque chose qui est au-dessus, ou contre les Eglises particulières, mais plutôt l’un des principes constitutifs internes de toute Eglise particulière ».

« Les ‘Réponses’ constituent un défi pour le dialogue œcuménique, lui demandant de clarifier dans quelle mesure ce ministère appartient à la vie interne de chaque Eglise particulière, et dans quelle mesure il contribue à libérer la foi et la vie des Eglises d’une identification trop forte avec les conditions culturelles prédominantes ou avec une appartenance ethnique ».

Urgence

Pour Mgr Farrell, le dialogue œcuménique est une nécessité urgente pour les catholiques et les non catholiques : « Quand les ‘Réponses’ nous rappellent qu’à cause de la division entre les chrétiens, l’universalité de l’Eglise n’est pas pleinement réalisée dans l’histoire, elles indiquent un travail non achevé qui ne peut être ni négligé ni reporté ».

« Loin d’éprouver un sentiment d’autosuffisance, les catholiques doivent sentir que cette situation d’inachèvement, liée à cette division et à cette séparation, est une tragédie aussi pour eux. Elle rend d’autant plus ardue la possibilité d’offrir un témoignage convainquant, pour que le monde croie ».