Le recours à la torture aujourd'hui dans le monde

Premier rapport annuel mondial de l’ACAT

| 1827 clics

ROME, Vendredi 10 décembre 2010 (ZENIT.org) - « Plus de la moitié des Etats membres de l'ONU recourent à la torture », dénonce l'ONG, Action des chrétiens contre la torture (ACAT), dans son tout premier rapport annuel mondial, publié jeudi, qui montre aussi du doigt certaines démocraties occidentales.

« Du supplice américain de la baignoire (waterboarding) aux coups de bâton sur la plante des pieds (falaqa) dans les pays arabes, la torture est une pratique endémique et régulière dans le monde, relève l'ACAT dans son rapport.

Dans son étude intitulée « Un monde tortionnaire », où 22 pays des cinq continents sont passés en revue, l'ACAT décrit les méthodes de torture comme celles « de l'Érythrée où se pratique le supplice de la crucifixion, désigné sous l'appellation ‘Jésus Christ', à l'Ouzbékistan où est diffuse la nouvelle méthode de lavement forcé à l'eau et au piment ».

Et si les situations de torture les plus médiatisées concernent journalistes, syndicalistes ou défenseurs des droits de l'homme, il est avéré, selon Anne-Cécile Antoni, présidente d'ACAT-France, que « la majorité des victimes est formée de suspects ordinaires et de détenus de droit commun, qui appartiennent aux catégories défavorisées et vulnérables de la population ».

Dans son rapport, l'ACAT rappelle la définition assez large de la torture que donnent les Nations unies : « Infliger une souffrance aiguë, physique ou mentale, de manière intentionnelle, à la recherche d'un but spécifique, avec l'intervention d'un agent représentant l'État ».

L'organisme donne des exemples en Afrique où « les régimes dictatoriaux ou à tendance dictatoriale, tels que la Mauritanie, le Soudan, le Zimbabwe, l'Éthiopie, l'Érythrée, la Guinée équatoriale et la République démocratique du Congo (RDC), érigent la torture en véritable système d'enquête et de répression au service de l'appareil sécuritaire ».

Et en Amérique latine où « le recours à des méthodes violentes et notamment à la torture demeure très répandu au sein des forces de l'ordre ».

Enfin, l'association relève aussi le danger de certaines législations anti-terroristes qui couvrent une recrudescence de l'usage de la torture : « Le cas de la Tunisie est à cet égard emblématique », souligne-t-elle, alors qu'en Chine, comme en Iran, la torture a souvent pour objectif d'obtenir des aveux en vue d'un procès.

Mais certaines démocraties occidentales sont également montrées du doigt comme l'Espagne où l'ACAT déplore un régime de détention « incommunicado » (lorsqu'un prisonnier n'est pas autorisé à communiquer avec des personnes extérieures à son lieu de détention), qui entraîne un risque de mauvais traitements ; et la France pour sa « politique pénale privilégiant l'adoption de lois répressives » et la surpopulation carcérale.

L'ACAT, créée en 1974, apporte son soutien aux victimes de la torture et sensibilise l'opinion publique sur la torture, la peine de mort et les droits de l'homme. Elle revendique 10 000 adhérents et 40 000 sympathisants.

Pour plus de détails sur le rapport d'ACAT : http://www.acatfrance.fr