Le recueillement et les bains de foule de Benoît XVI

L'engagement de l'Afrique, à Ouidah

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ROME, samedi 19 novembre 2011 (ZENIT.org) – Le recueillement et les bains de foule de Benoît XVI à Ouidah ont accompagné la signature solennelle de son exhortation apostolique pour l’Eglise en Afrique : « L‘engagement de l’Afrique », « Africae Munus », au lieu même du débarquement des premiers missionnaires, il y a 150 ans.

A son arrivée de Cotonou, Benoît XVI s’est recueilli sur la tombe de son grand ami le cardinal Gantin et il s’est adressé aux séminaristes de Saint-Gall, avant d’aller signer son exhortation apostolique dans la basilique de Ouidah.

Le pape est arrivé ce samedi matin, 19 novembre, au séminaire Saint-Gall, à 3 km au nord de Ouidah, berceau de la première annonce de l’Evangile dans ce pays, par la Société des missions africaines. Le cortège papal est arrivée à 11h25 heure locale, soulevant la poussière rouge de la terre béninoise qui contrastait avec le vert intense des grands arbres.

Sur le passage du pape, la police retenait la foule qui agitait frénétiquement des drapeaux aux couleurs du Vatican. En descendant, Benoît XVI a été accueilli par le recteur, le P. Didier Affolabi, sur un fond de chants traditionnels rythmés et enthousiastes.

Un pèlerinage d'amitié

Benoît XVI est entré dans la chapelle Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus pour se recueillir devant le Saint-Sacrement, agenouillé sur le prie-Dieu qui lui avait été réservé.  

Benoît XVI est ensuite venu se recueillir devant la tombe du cardinal Gantin. C’était l’un des moments les plus attendus de cette visite au Bénin, illustration de la dimension affective du voyage.

Le pape était visiblement très ému, devant la tombe, où il s’est agenouillé, la tête inclinée, en silence. Sa suite s’est écartée , respectueuse de son recueillement, devant la grande plaque de marbre gris où scintillait une bougie bleue.

Benoît XVI s’est aussi recueilli auprès de la tombe de Mgr Louis Parisot, premier archevêque de Cotonou. Le cardinal Gantin lui vouait une grande gratitude et il a voulu reposer auprès de lui.

Achevant son pèlerinage dans la chapelle du séminaire, le pape s’est agenouillé devant l’autel, où brillaient deux bougies qui se détachaient nettement d’un chœur aux chaleureuses couleurs roses.  Benoît XVI voyageur reste un contemplatif, ancré dans la prière.

L'enthousiame des rencontres

A la sortie de la chapelle, Benoît XVI a affronté un second bain de foule, après celui de Cotonou, hier soir. Les Béninois en tenues locales chatoyantes sont venus joyeusement à sa rencontre. Le pape a béni un enfant dans les bras de sa mère, il a serré les mains des religieuses et rencontré un groupe de personnes atteintes de lèpre. Les fidèles venaient à lui paisiblement, simplement, et il les bénissait. Certains lui offraient des cadeaux.

Sur l’esplanade du séminaire envahie de chaises de jardin, une multitude de fidèles, de séminaristes – plus de 300 petits séminaristes, plus de 500 grands séminaristes ! - et de nombreuses religieuses, attendaient son arrivée. Pour se protéger de la morsure du grand soleil, une forêt de parasols aux couleurs du Vatican, jaune d’or et blanc, se balançait sur la foule.

Une multitude en liesse, avec prédominance de soutanes blanches – adoptées aussi par la suite de Benoît XVI - , s’est levée pour acclamer le pape à sa sortie de la chapelle. Benoît XVI, debout, souriait, attentif, à l’assemblée enthousiaste, tandis que la chorale du séminaire chantait : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ».

Mgr Pascal N'Koué, évêque de Natitingou et responsable de la formation sacerdotale, a accueilli le pape. Il a souhaité la béatification de Mgr Gantin en s’exclamant : "Santo presto!", comme en écho au « Santo subito !» crié par les foules pour Jean-Paul II. Benoît XVI a souri. La foule a éclaté en applaudissements: jeunes, familles, évêques, prêtres et religieux, qui honorent leur compatriote comme un héros national.

La salutation d'un séminariste a suivi, ponctuée de « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » en l’honneur du pape, soulignant combien les séminaristes l’accueillaient « avec euphorie » et que ce « souvenir immortel » resterait « à jamais gravé dans l’histoire du séminaire ».  La rencontre s’est conclue par la prière du Notre Père, chanté en latin.

Pour toute l'Afrique

Troisième bain de foule ! La sortie du pape était aussi attendue que son arrivée. Un papa lui a présenté son enfant : une haie s’est formée pour le laisser arriver qu’à Benoît XVI qui l’a embrassé et béni. Puis le pape est monté dans sa papamobile – heureusement climatisée -, pour se rendre à la basilique de l’Immaculée conception de Ouidah, à 5 km de là, afin de signer son exhortation apostolique « Africae Munus ».

Le président béninois Yayi Boni avait tenu à être présent à ce rendez-vous solennel, ainsi que son épouse . Les évêques de toutes les conférences épiscopales d’Afrique y représentaient leurs diocèses. Benoît XVI était assis près de l’autel, légèrement rafraîchi par un ventilateur : il faisait un peu moins chaud qu’hier après-midi, à son arrivée à Cotonou, mais encore 31 ° C.

Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du synode des évêques, a introduit la cérémonie en anglais, en français et en portugais, résument les principaux axes du document. Il a rendu grâce pour les fruits du synode de 2009 pour l’Afrique et il a invité les chrétiens à « approfondir le thème de la réconciliation » et à « devenir toujours plus le sel de la terre ».

Des ouvriers de paix

Benoît XVI s’est aussi adressé à l’Eglise du continent africain en trois langues (cf. article ci-dessus et « Documents » pour le texte intégral) . Puis le pape a signé solennellement 4 copies de son exhortation tandis alors que la chorale chantait : « Seigneur, fais de nous, des ouvriers de paix, Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour », sur un rythme balancé, entraînant.

Dans l’après midi, le pape avait rendez-vous avec les Missionnaires de la Charité et avec des centaines d’enfants, richesse du continent africain : une première dans le programme d’un voyage papal.

Le séminaire Saint-Gall de Ouidah, fondé en 1914, est le plus ancien séminaire de l’Afrique occidentale. Ayant drainé des vocations de plusieurs pays limitrophes, il est devenu séminaire inter-vicarial. Les travaux de rénovation avaient été financés par l’évêque de Saint-Gall, en Suisse, d’où le nom du séminaire.

La basilique de l’Immaculée conception de Ouidah a fêté ses 100 ans en 2009. Elle est la première cathédrale de l’Afrique occidentale.


Anne Kurian