Le retrait des crucifix rendrait-il le Brésil meilleur?

Pour l’archevêque de Sao Paulo la laïcité n’autorise pas la répression des idées

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ROME, Mardi 1er septembre 2009 (ZENIT.org) - L'archevêque de Sao Paulo, le cardinal Odilo Scherer, estime que la laïcité de l'Etat, invoquée fréquemment et souvent de façon erronée, « n'autorise pas qu'on réprime les idées ou les manifestations religieuses ».

Dans un artiche publié sur l'hebdomadaire de l'archidiocèse « O São Paulo », le cardinal Scherer commente la proposition d'une action civile, émise le 31 juillet, visant à obliger de retirer tout symbole religieux des lieux de grande visibilité et d'assistance au public dans les organes fédéraux de l'Etat de Sao Paulo, au motif que l'Etat brésilien est « laïc » et que la présence de ces symboles serait contraire à la Constitution.  

Selon le cardinal il n'y a rien dans le texte constitutionnel qui interdise la présence de symboles religieux dans les lieux publics. 

« Nous parlons bien de laïcité de l'Etat : il s'agit d'une claire séparation entre l'Etat et l'Eglise, au contraire de ce qui était en vigueur avant la République, quand le Brésil avait le catholicisme pour religion ‘officielle' », a-t-il relevé. 

L'Etat brésilien « n'a pas de religion officielle mais respecte toutes les religions et laisse au citoyen la liberté de choisir ; il respecte également la liberté d'avoir ou de ne pas avoir de religion. L'Eglise catholique l'accepte sans problèmes ». 

Par ailleurs, poursuit le cardinal, « la laïcité de l'Etat signifie aussi que celui-ci n'interfère pas dans les affaires des Eglises et dans les religions de manière indue, respectant leur autonomie interne pour s'organiser, sous réserve qu'elles ne portent pas atteinte aux principes constitutionnels ». 

Pour le cardinal Scherer, « la laïcité de l'Etat est invoquée trop souvent et trop facilement, et de manière erronée ». « Elle n'autorise certainement en rien que l'on réprime les idées ou les manifestations religieuses, à moins que celles-ci ne soient clairement criminelles, comme dans le cas de l'incitation à la violence ou la promotion d'actes malhonnêtes ». 

« Elle ne saurait également promouvoir la discrimination des citoyens qui professent une religion, leur refusant le libre accès aux fonctions publiques ou à leur exercice ; elle ne saurait également autoriser la dévalorisation préconçue des positions et des idées des citoyens pour le simple fait d'être membres de telle ou telle religion ; ni ne saurait être invoquée pour imposer à toute la société une sorte de pensée 'officielle', considérée comme la seule valable et jouissant du droit d'en tenir compte ». 

Pour l'archevêque de Sao Paulo, la présence de symboles religieux dans les lieux publics « fait partie de l'histoire et de la culture du peuple et des ses libres manifestations ; jusqu'à présent celle-ci n'a jamais été vue comme un signe de manque de respect ou comme une offense à la liberté religieuse ». 

« Au contraire, l'exclusion forcée de ces symboles dans les lieux publics de l'Etat pourrait, d'un moment à l'autre, certainement, susciter chez beaucoup de brésiliens, et pas seulement chez les catholiques, des actes de réprobation et leur donner la sensation de ne pas être respectés ». 

En plus de cela, ajoute le cardinal Scherer, « comme l'expérience l'a montré en plus de 10 ans de République, le maintien des symboles religieux dans les lieux publics n'a pas conduit le Brésil à se doter d'une religion officielle. Il faut se demander pour finir si le Brésil serait meilleur si les symboles religieux étaient éliminés ».