Le Saint-Siège défend la voix des jeunes catholiques à l'ONU

Mgr Chullikatt s’exprime sur la Réunion de haut niveau sur la jeunesse

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ROME, Vendredi 29 juillet 2011 (ZENIT.org) – Un défi majeur pour la mission du Saint-Siège aux Nations Unies consiste à promouvoir les valeurs fondamentales éthiques, morales et religieuses dans un environnement qui sous-estime leur importance, a déclaré Mgr Francis Chullikatt, observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU, à New York.

Mgr Chullikatt a accordé cette interview dans le cadre de la Réunion de haut niveau de deux jours sur les jeunes, qui a eu lieu à New York lundi et mardi derniers, à l'occasion de l’Année internationale de la jeunesse. Le thème général de la réunion, était « La jeunesse : dialogue et compréhension mutuelle ».

Dans cette interview, l’archevêque commente la façon dont la mission a préparé cette réunion sur la jeunesse, certains des principaux obstacles que rencontre la mise en œuvre de ses objectifs et le seul mot qui ne fait pas partie du vocabulaire du prélat.

Q : Comment la Mission permanente du Saint-Siège s’est-elle préparée à la Réunion de haut niveau sur la jeunesse aux Nations Unies ?

Mgr Chullikatt : La jeunesse a toujours revêtu une grande importance pour le Saint-Siège et pour l’Eglise catholique. Jean-Paul II a lancé les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), et nous suivons son exemple. Nous construisons sur son héritage. Les jeunes sont l’avenir de l’Eglise, d’une nation, d’une société, de l’humanité tout entière. Je dis toujours avec insistance que nous devons investir massivement dans la jeunesse. Ce faisant, nous nous assurons un avenir plein de promesses qui nous aidera à continuer d’espérer. Seuls les jeunes en ont le pouvoir, de sorte que leur formation et l’encouragement que nous leur prodiguons est d’une extrême importance pour l’Eglise.

En vue de cette Réunion sur la jeunesse aux Nations Unies, nous avons organisé une rencontre préparatoire avec les missionnaires Identes. Environ 500 jeunes se sont déplacés du monde entier pour l’occasion. Ils étaient tous présents dans un groupe, comme une famille, pour préparer la Réunion de la jeunesse à l’ONU, mais aussi les Journées mondiales de la jeunesse à Madrid.

Durant la rencontre, les protagonistes étaient les jeunes eux-mêmes. Ils ont raconté leur propre expérience de jeunes vivant la foi catholique et témoignant aux jeunes de leur génération, aux adolescents de leur âge et au monde entier. Ils ont expliqué aussi leurs attentes et leurs aspirations, et l’espoir qu’ils nourrissent dans leurs cœurs. Nous avons donc eu une réunion très constructive et interactive, très fructueuse. C’était tellement beau de voir des jeunes faire part à ceux de leur génération des défis qui les préoccupent et raconter comment chacun d’entre eux tente de régler les problèmes qui se posent à eux.

Quelles sont les questions urgentes qui, selon vous, seront débattues à la Réunion internationale de la jeunesse à l’ONU ?

Mgr Chullikatt : Les jeunes sont au centre de l’attention également des Nations Unies. Tout le monde veut des jeunes à ses côtés. L’ONU, elle aussi, dit aux jeunes qu’ils peuvent être également des partenaires actifs dans la construction d’un avenir meilleur pour l’humanité. Il existe une Convention internationale des droits de l’enfant, en vertu de laquelle on est considéré un enfant jusqu’à l’âge de 18 ans. Les jeunes sont invités à l’Organisation des Nations unies pour améliorer le dialogue entre les nations, les cultures et les religions. Si les jeunes deviennent les principaux protagonistes du dialogue, c’est parce qu’ils ne veulent pas d’une génération déconnectée du monde présent et futur, ce qui est une excellente idée.

Mais ce qui manque à cette réunion sur la jeunesse aux Nations Unies, c’est qu’elle n’est guère axée sur les valeurs réelles que les jeunes doivent posséder et qui doivent être dites. En les invitant à dialoguer avec les nations, les cultures et les religions, il est nécessaire au préalable de leur dire ce que sont les vraies valeurs qui doivent être la boussole qui les guidera pour leur avenir. Sans cette préparation, le dialogue ne peut aller très loin. Aussi je suis réservé sur la véritable partie rencontre du rassemblement, qui n’est pas correctement faite. Rassembler des jeunes pendant deux ou trois jours, il y a là quelque chose de positif, mais je m’interroge sur l’impact durable de cette réunion.

L’exemple que le Saint-Siège veut donner aux Nations Unies est le processus de préparation que nous faisons pour les JMJ à Madrid. Nous le faisons au niveau de la paroisse, de la famille et du diocèse, régional et international. C’est le genre de formation que l’Eglise offre aux jeunes qui appartiennent à l’Eglise catholique, et qui n’est malheureusement pas proposé par les Nations Unies. J’insiste beaucoup sur la formation du caractère pour les jeunes, parce que si vous les aidez à forger un caractère fort basé sur des valeurs et des principes fondamentaux sur lesquels ils ne transigeront jamais, alors vous les mettez sur la bonne voie pour leur avenir. Sinon, vous ne rendez pas un bon service à la jeunesse. Aux Nations Unies, tout tourne au spectacle, mais quand vous en venez à l’essentiel de ce type de rassemblement, il n’est pas toujours très satisfaisant.

Notre rencontre préparatoire avant la Réunion de juillet à l’ONU a consisté à dire à la communauté internationale : il ne suffit pas de faire venir les jeunes aux Nations Unies, vous devez aussi leur proposer quelque chose qu’ils recherchent, des idéaux dont la jeunesse est vraiment assoiffée et leur proposer des modèles en exemple. C’est de cette façon que nous devons construire les jeunes, qui pourraient être aussi des partenaires à l’avenir pour l’édification de nos sociétés.

Qu’est-ce que la Mission du Saint-Siège offre aux jeunes venus participer à la Réunion de l’ONU ?

Nous avons des ONG jeunes catholiques et l’Alliance mondiale de la jeunesse ; elles sont très proches de la Mission du Saint-Siège et partagent les valeurs que nous préconisons. Nous avons différentes organisations catholiques aux niveaux paroissial et diocésain, nous sommes donc en contact avec elles à l’occasion de la Réunion de la jeunesse à l’ONU. Nous essayons de les encourager à y participer et je leur dis toujours : nous ne serons peut-être pas très nombreux là-bas, nous n'avons pas pu avoir l'importante représentation que nous aurions aimé avoir, car au sein de l’ONU ils doivent avoir une représentation de tous les coins du monde et de tous les secteurs de la société, mais notre présence est nécessaire là-bas.

La présence des ONG et des mouvements catholiques de jeunes, au moins de façon visible, leur montrera que l’Eglise, elle aussi, veut participer à ce rassemblement international de la jeunesse, et que nous ne voulons pas rester à l’écart du monde des jeunes. Dans ce que les jeunes envisagent de faire, les jeunes catholiques aimeraient aussi avoir leur mot à dire. Dans le document final qui va être adopté, nous aimerions aussi avoir quelque chose à dire.

La délégation du Saint-Siège parlera au nom des jeunes de l’Eglise catholique et nous les consultons. Nous aimerions faire entendre aussi leurs voix aux Nations Unies et aux Etats membres et leur dire qu’il n’y a pas seulement les jeunes qui sont consultés par les Nations Unies, mais qu’il existe aussi un autre monde de la jeunesse, celui des Eglises catholiques et chrétiennes, qui ont à donner leur avis.

Dans la législation des Nations Unies, des groupes tentent de faire passer certains ordres du jour, qui sont rejetés par l’Eglise catholique. Pouvez-vous nous en citer quelques uns parmi les plus importants ?

D’abord et avant tout, les questions sur la vie. Nous voulons parler des questions du droit à la vie sur lesquelles, hélas, l’ONU ne donne pas un bon exemple.

Une Réunion de haut niveau sur le VIH/Sida vient de se terminer. Dans la déclaration politique qui a été adoptée, en dépit des réserves que nous avons formulées durant les négociations et après l’adoption du document, on trouvera l’appel à fournir une éducation sexuelle aux jeunes enfants dès l’école primaire ; puis l’indépendance des enfants vis-à-vis de leurs parents. Les Etats membres ne veulent pas reconnaître les droits des parents ni la moindre restriction à l’accès aux services d’avortement, préservatifs etc.

Si c’est le genre de jeunesse que les Nations Unies tentent de construire, on peut alors imaginer plus ou moins ce que va être l’avenir de ce monde. Hélas, les valeurs éthiques, morales et religieuses, pourtant tellement cruciales, ne constituent pas la préoccupation essentielle des Nations Unies, et c’est là que la Mission du Saint-Siège devient importante. Nous devons combler ce vide créé par la communauté internationale. C’est pour moi le rôle le plus important de la Mission du Saint-Siège aux Nations Unies en partenariat avec les différentes organisations catholiques, en particulier avec les diocèses du monde entier.

Durant les négociations, comment arrivez-vous à trouver des alliés pour vous aider à représenter les valeurs éthiques ?

Au sein de la diplomatie multilatérale des Nations Unies, il n’est pas toujours facile d’obtenir un soutien sur ces questions, car même les questions morales et éthiques sont politisées. Tant de fois, hélas, c’est la politique qui a le dernier mot. En dépit de quoi, nous essayons d’obtenir le soutien de plusieurs pays. Malte, la Pologne, San Marino et maintenant nous attendons avec impatience l’appui du gouvernement hongrois.

Plusieurs pays musulmans nous aident sur les questions de vie, de famille et sur la formation des jeunes, les droits des parents etc. Il s’agit d’un processus lent, mais nous l’avons déjà entamé ; nous faisons jusqu’à présent de tout petits pas qui finiront, peut-être un jour, par porter. Je suis donc très optimiste, même si cela prend du temps et nécessite beaucoup d’efforts et de bonne volonté.

Certaines personnes, certains Etats membres et ambassadeurs aux Nations Unies partagent la vision du Saint-Siège, avec lequel ils aimeraient travailler, alors nous essayons de trouver une relation de travail avec eux, de sorte que nous puissions dire aussi à la communauté internationale que les acteurs principaux ne doivent pas être les seuls à avoir le dernier mot. Il y en a aussi d’autres qui pensent différemment et leur voix doit également être entendue et leurs opinions prises en considération dans le processus de décision en cours aux Nations Unies lors des réunions ou conférences à haut niveau. Seulement alors, les Nations Unies pourront prétendre être une véritable « famille de nations ».

Q : Quelles sont les décisions, négociations à venir concernant la jeunesse ?

Nous allons avoir la rencontre des Etats parties de la Convention sur les droits des enfants. Nous y travaillons mais le plus gros du travail est fait au Conseil des droits humains à Genève. Puis nous avons des questions sur la population et le développement. Il y a souvent aux Nations Unies des agences ou des Etats membres qui font publiquement la promotion de l'avortement mais ils n'appellent pas cela avortement. Ils parlent de « droits sexuels et reproductifs ». C'est un euphémisme qu'ils utilisent pour légaliser l'accès à l'avortement.

Nous disons aux jeunes que ce n'est pas en tuant les bébés qu'ils vont résoudre le problème de la pauvreté dans le monde mais en investissant dans les enfants et les jeunes. Ils sont les vraies ressources et chaque être humain a un très grand potentiel. Ce que la communauté internationale devrait donc faire c'est les aider à développer ce potentiel afin que chaque être humain puisse offrir sa contribution à l'humanité tout entière, à la société ou à la famille. Nous continuons d'insister sur le fait que c'est en investissant dans les personnes, dans les jeunes, que l'on réforme une société ou que l'on crée la prospérité pour une société, et pas en éliminant les jeunes.

Nous essayons de les convaincre à lutter pour la vie des autres jeunes qui devront les remplacer plus tard. C'est pour cela que les jeunes doivent avoir une voix forte dans les questions de droit à la vie également, comme pour rappeler qu'ils sont là parce que leurs parents ont voulu qu'ils naissent vivants et qu'ils ne soient pas tués dans le sein de leur mère et que s'ils ont eu la chance de vivre, ils doivent à leur tour lutter pour que les autres aient aussi la chance de vivre. C'est une de leurs principales responsabilités.

Le droit à l'éducation, au développement et à la paix sont des questions importantes aussi. Il faut discuter de toutes ces choses avec les jeunes pour qu'ils puissent bâtir leur propre avenir en respectant toujours les droits des parents car ce sont eux qui doivent les guider. Un jeune n'a pas l'expérience que possèdent ses parents. Ce sont eux qui prennent soin des jeunes.

Les Nations unies prétendent que l'enfant devrait avoir une liberté totale par rapport à ses parents pour prendre ses décisions. C'est inquiétant de voir que cela se passe à l'ONU. Si nous restons en marge du processus de construction d'une nation, nous allons perdre une génération et nous ne pouvons pas nous permettre cela. Perdre une génération signifie perdre une partie de l'avenir dont nous sommes supposés nous occuper. Nous avons une grande responsabilité dans ce domaine. Nous faisons ce que nous pouvons aux Nations unies et chacun doit donner ce qu'il peut dans sa famille, sa paroisse, au niveau du diocèse et de la société. Si nous éduquons les enfants aux valeurs réelles qu'ils doivent défendre et selon lesquelles ils doivent vivre, nous aurons une société saine et prospère dont nous pourrons être fiers.

Q : Vous arrive-t-il d'être découragé quand vous voyez certaines des choses qui se passent autour de vous dans votre travail de chaque jour aux Nations unies ?

Nous ne pouvons pas nous permettre d'être découragés. Ce mot ne devrait pas faire partie de notre vocabulaire car ce que nous faisons ne ressemble pas à ce que font les autres à l'ONU. Ils sont des « serviteurs payés » d'un gouvernement, mais nous le faisons pour le Christ et son Eglise. On ne peut pas mettre un prix à cela. Nous acceptons pleinement notre mission. Nous acceptons notre travail et notre service comme faisant partie de notre mission. Nous le faisons comme une cause pour laquelle nous devons lutter et vivre. Quand nous essuyons un échec, c'est un signe de ce qu'il ne faut pas répéter à l'avenir. Cela fait partie d'un processus d'apprentissage. Et donc ce qui pourrait être du découragement est pour moi le premier pas vers un succès potentiel à venir.

Propos recueillis par Viktoria Somogyi