Le Saint-Siège pour un « dialogue de vie » face au phénomène des migrations

Mgr Vegliò préside une veillée de prière pour la Journée du Réfugié

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ROME, Vendredi 18 juin 2010 (ZENIT.org) - Dans un contexte où la question des migrations se fait de plus en plus sentir, il faut « un dialogue de vie » qui permette de vaincre la méfiance et les préjugés, a déclaré Mgr Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, lors d'une veillée de prière, jeudi après-midi, en la Basilique Sainte-Marie in Trastevere, à Rome.

Cette veillée de prière œcuménique a lieu depuis plusieurs années au moment où est célébrée la Journée mondiale du Réfugié (qui sera célébrée dimanche prochain 20 juin).

Durant son intervention, Mgr Vegliò a rappelé que les mouvements migratoires ont pris l'allure de « véritables crises humanitaires », surtout ces dernières années.

Cela est dû, a-t-il expliqué, aux « caractéristiques d'exode biblique du phénomène même, de plus en plus dévoré par la voracité sans scrupules de la criminalité organisée et fait de mille aventures aux caractéristiques inhumaines, voire malheureusement tragiques », et à la « renaissance impérieuse du trafic d'esclaves, qui touche aujourd'hui environ un million de personnes par an, destinées au marché de la prostitution, au travail forcé, au trafic d'organes humains et à la sexualité juvénile ».

« Partout dans le monde on trouve des personnes souffrant de déracinement, s'aventurant vers de nouvelles ‘terres promises', a-t-il souligné. Des personnes qui, sous nos yeux, tentent d'échapper à des situations individuelles et familiales difficiles, en quête de stratégies de survie ; motivées par les conditions socio-économiques de leurs pays d'origine et celles des pays vers lesquels elles se dirigent ; poussées par la lenteur et par l'iniquité du processus de développement ; souvent victimes de mauvaises politiques nationales et internationales ».

Dans ce contexte, a déclaré Mgr Vegliò dans son homélie, ce qu'il faut, c'est « une nouvelle manière de dialoguer » : « un dialogue de vie », c'est-à-dire « entre personnes de différentes cultures et religions et qui se développe dans la vie quotidienne ».

« Un dialogue qui dit surtout ‘capacité' de vivre avec autrui, de les écouter, de les accepter avec leur mentalité et qui touche aussi intimement le vécu des personnes, leurs inquiétudes et préoccupations ».

La migration, a rappelé le représentant du Saint-Siège, est souvent déterminée par la pauvreté, « mais peut en être aussi la cause », «  tout comme la pauvreté peut être soulagée ou aggravée par les processus migratoires ».

Les migrations à l'étranger a-t-il souligné, privent les pays de ressources humaines importantes, car dans certains cas ce sont jusqu'à 60% de personnes, ayant une éducation supérieure, qui émigrent, « laissant derrière elles une communauté privée de ses meilleurs femmes et de ses meilleurs hommes ».

Une autre plaie qui s'ajoute au phénomène, a poursuivi Mgr Vegliò, est celle de « l'immigration irrégulière qui a fait tant de victimes, et continue encore de frapper, comme on le voit avec ceux qui se sont noyés après avoir tenté de traverser la mer à bord de barques de fortune, ou sont morts de privations en se lançant dans une traversée du désert sans toutes les précautions d'usage, ou qui ont perdu la vie, écrasés par les roues du camion dans lequel ils ont cherché à se cacher pour passer la frontière ».

La voix de l'Eglise

Dans ce contexte, l'Eglise « réclame une gestion règlementée des flux migratoires, en prenant acte, par ailleurs, avec beaucoup de réalisme, du fait que les pays industrialisés, qui ne sont pas toujours en mesure d'absorber tous ceux qui se lancent dans l'émigration, doivent se doter de mesures qui garantissent sécurité et légalité tant pour les autochtones que pour les nouveaux arrivés ».

Elle appelle en même temps tout le monde « à prendre ses responsabilités et à trouver des solutions qui ne se traduisent pas par un durcissement de sanctions à l'égard des sans-papiers et une fermeture plus hermétique des frontières ».

« L'Eglise ne revendique aucune compétence spécifique quant à l'élaboration de tels projets, a-t-il précisé, mais elle se réserve d'y concourir par des propositions opportunes pour que les décisions aillent dans le sens des droits fondamentaux de la personne humaine et de la grande tradition de notre civilisation chrétienne ».

« Il revient ensuite aux laïcs chrétiens, aux groupes, aux associations et aux organismes proches de l'Eglise de s'assurer, selon leurs compétences et expériences spécifiques, que des mesures plus concrètes seront prises, et de solliciter, pour cela, des choix précis d'action », a-t-il ajouté.

Néanmoins, au delà des plans normatifs, il faut « une patiente et constante action de formation de la mentalité et des consciences », a-t-il souligné.

Pour Mgr Vegliò, « l'éducation doit s'inspirer de la gamme de valeurs, sentiments et comportements qu'impliquent des appellatifs comme l'accueil, la compréhension, la solidarité, la cohabitation et la convivialité » et il faut que « cet enchevêtrement d'impulsions et d'attitudes multicolores qui vont du préjugé, de l'intolérance et du rejet jusqu'aux formes les plus exaspérées de la xénophobie et du racisme, soient contrôlées ».

Mgr Vegliò a enfin invité « à prendre toujours plus conscience de l'énorme force que représente le témoignage » : « Si d'autres découvrent que nous avons trouvé un trésor, en nous voyant attentifs aux hommes et aux femmes qui vivent le drame de l'émigration, jusqu'à en perdre la vie pour certains, s'ils perçoivent que nous regorgeons d'espérance car nous sommes engagés dans le domaine de la justice et déterminés à protéger la dignité de chaque personne migrante, s'ils perçoivent nos efforts à sensibiliser les Eglises locales et la société à se montrer accueillantes et transparentes en communion, ils seront eux aussi encouragés, comme nous, à investir ‘espérance' et ‘énergies' au profit d'une communion réelle ».