Le Saint-Siège réclame plus de respect pour le droit humanitaire

Notamment dans le cas des réfugiés femmes et des détenus

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ROME, Vendredi 24 juillet (ZENIT.org). - Le Saint-Siège demande à toutes les nations de s'engager plus fermement à respecter le droit humanitaire, que ce soit envers les victimes de catastrophes naturelles ou humaines qu'au niveau du travail des agents humanitaires, afin que ces derniers puissent mener à bien et sans obstacles leur mission.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès du Bureau des Nations unies à Genève, est intervenu à la réunion du Segment pour les affaires humanitaires du Conseil économique et social, le 20 juillet dernier. 

Dans son intervention, Mgr Tomasi relève que, malgré la baisse du nombre de réfugiés dans le monde enregistrée l'année dernière, « plus de 10 millions d'hommes, de femmes et d'enfants vivent toujours dans des camps de réfugiés » et que « 26 millions d'autres personnes sont toujours en déplacement à l'intérieur de leurs pays à cause de conflits passés et récents, de persécutions ou par manque de sécurité ». 

Ces « situations insoutenables », affirme-t-il, sont sources d'« une incommensurable souffrance physique, mentale, émotive et spirituelle et portent au déchirement du tissu social, à la destruction des familles et des communautés, compromettant la réconciliation et menaçant la vie de milliers de civils innocents ». 

De telles difficultés exigent « une réponse mondiale efficace et cohérente, guidée par des directives politiques centrées sur la solidarité et la promotion de la dignité de tous ». 

La délégation du Saint-Siège dénonce en particulier, « la poursuite de violences sexuelles contre des femmes et des jeunes filles à l'intérieur et autour des camps de réfugiés », qui, a-t-elle rappelé, « violent tous les principes du droit international et nuisent à l'intégrité émotive, physique et mentale de ces femmes ». « Aucune circonstance ne saurait justifier cela », insiste-t-elle.

La délégation attire en même temps l'attention sur la nécessité « d'arriver jusqu'aux prisonniers de guerre, de pouvoir les assister, et avec eux toutes les autres personnes qui vivent l'expérience d'une quelconque forme de détention ». 

« Les camps et les centres de détention doivent être des solutions temporaires, des lieux toujours accessibles, et où la dignité des personnes reste une priorité », ajoute Mgr Tomasi.  

Expérience humanitaire

Une autre question sur laquelle la délégation du Saint-Siège a voulu attirer l'attention est la nécessité de ne pas réduire les aides humanitaires en ce moment de crise économique, choisissant au contraire de les renforcer pour éviter une déstabilisation sociale, laquelle serait une menace pour la paix dans le monde. 

« La crise alimentaire a entraîné une diminution de la distribution de nourriture dans les zones frappées de famine, dans les camps de réfugiés et dans les centres de détention ; les crises énergétiques ont augmenté de manière drastique les coûts de transport des aides dans les lieux éloignés ; et maintenant la crise économique mondiale risque de réduire les financements à la société publique et civile, aux agences et aux organisations humanitaires », met en garde Mgr Tomasi.

Malgré cela, le Saint-Siège, souligne-t-il, « constate avec plaisir que beaucoup d'Etats, malgré la crise économique, continuent d'assumer généreusement leur responsabilité d'assistance ».

« Faire preuve de moins de solidarité et d'incapacité à subvenir aux besoins des personnes dans les crises humanitaires ne servirait, en cette période difficile, qu'à favoriser une instabilité sociale et politique qui serait délétère pour la société et minerait sa capacité de se réunir et résoudre la crise économique », estime Mgr Tomasi.  

Dans ce contexte, Mgr Tomasi a voulu offrir au monde l'expérience du Saint-Siège dans ce domaine, qui consiste à « faire face aux besoins de toutes les personnes frappées par les crises humanitaires causées par l'homme, sans distinction de race et d'appartenance religieuse ». 

« Grâce à ses nombreuses institutions », le Saint-Siège « reste profondément fidèle à sa volonté de fournir une assistance humanitaire impartiale et n'a de souhait que celui de pouvoir partager ses meilleures initiatives et ses idées avec d'autres participants ».

Les Etats et l'ONU

Dans son intervention, Mgr Tomasi explique que les Etats sont les premiers à devoir intervenir lorsqu'il s'agit de garantir la protection et l'assistance sanitaire des civils placés sous leur juridiction, mais que ceci n'ôte en rien la responsabilité subsidiaire de l'ONU au moment de garantir ces droits. 

« Il est nécessaire que toutes les parties reconnaissent leur propre responsabilité vis-à-vis des civils  placés sous leur juridiction ou sous leur contrôle et dont la vie mérite protection. Il est également nécessaire que soient respectés les normes et les principes du droit humanitaire international dans leur totalité, notamment en ce qui concerne la protection du personnel humanitaire et la possibilité d'atteindre les personnes dans le besoin », affirme-t-il.  

En ce sens, les Etats doivent « tout mettre en œuvre pour promouvoir l'accès à des mesures aptes à sauver la vie. Le  bien commun devrait être le principe guide, et le droit humanitaire international appliqué en toute circonstance et sans aucune condition ».

La communauté internationale, ajoute Mgr Tomasi, doit « assister les autorités nationales dans leur action face aux crises et, là où celles-ci ne sont pas en mesure de le faire, elle est appelée à fournir l'accès aux acteurs régionaux et internationaux qui œuvrent  pour secourir et sauver des vies humaines ». 

« Naturellement, dans la coordination de cette réponse internationalisée, la position des Nations unies leur donne un rôle unique et des responsabilités uniques qui visent à promouvoir la coordination et la cohérence pour une action efficace et une gestion responsable des ressources disponibles, tout en préservant les principes humanitaires fondamentaux de la neutralité, de l'impartialité et de l'humanité », conclut Mgr Tomasi.