Le Saint-Suaire nous renvoie au silence du Samedi saint

Méditation de l’archevêque de Vienne dans la cathédrale de Turin

| 2195 clics


ROME, Mardi 13 avril 2010 (ZENIT.org) - « Un grand silence règne aujourd'hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude » : C'est par cette citation tirée de l'homélie du « grand et saint samedi, attribuée à Epiphane de Salamine, que l'on trouve dans l'Office des lectures du Samedi saint », qu'a commencé la méditation prononcée lundi soir, du cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, dans le Dôme de Turin, à l'occasion de l'Ostension du Saint-Suaire 2010 sur le thème «  Passio Christi - Passio hominis. Le mystère du Samedi saint ».

« Cette homélie, a expliqué le cardinal, parle d'un contenu de foi que nous professons dans la brève expression du credo:  ...il descendit aux enfers (‘discendit ad inferos') ». Pour la rédemption de l'homme il était nécessaire « que Jésus Christ ‘goûte' aussi à la mort, qu'il expérimente vraiment l'état de mort, comme nous le montre le Saint-Suaire de façon si bouleversante ». 

« Il n'est pas facile aujourd'hui, a commenté l'archevêque de Vienne, de comprendre cet article de foi. La vérité de la foi vous est formulée à travers des concepts provenant d'un imaginaire qui nous est étranger. L'idée d'un ‘royaume de la mort', d'un ‘monde inférieur' en dessous du monde dans lequel nous vivons, d'un ‘enfer' renfermant les âmes des morts paraît beaucoup trop éloigné de notre conscience rationnelle moderne ». 

« Ne vaudrait-il pas mieux y renoncer ? », a alors demandé aux fidèles le cardinal Schönborn. Mais « l'Eglise, depuis des temps fort lointains, est restée ancrée à cette confession. Cela ne devrait-il pas être pour nous, un stimulant à nous efforcer de comprendre, prècisement parce que la question paraît difficile et obscure ? Du rest, aux vues des évènements du vingtième siècle, s'intéresser au Samedi saint, au jour où Dieu se tait, paraît plus actuel que jamais ». 

« Royaume de la mort », « monde inférieur » et « enfer », a expliqué le cardinal Schönborn « n'indiquent pas le lieu d'une condamnation éternelle, mais plutôt la demeure des morts, appelée en hébreu le Sheol, en grec l'Ade (Ac 2,31). C'est le lieu où les âmes des défunts se trouvent emprisonnées après la mort ». 

« Les témoignages bibliques, a poursuivi le cardinal en citant Jean-Paul II, confirment la descente du Christ chez les morts comme une vraie expérience de mort, comme l'expression d'une solidarité plus profonde avec les hommes. Durant ces trois jours, de sa mort jusqu'à sa résurrection, Jésus a expérimenté ‘l'état de mort', autrement dit la séparation de l'âme du corps, dans l'état et la condition de tous les hommes ». 

D'autre part, « Jésus lui-même l'avait annoncé, comparant son propre cheminement à l'histoire du prophète Jonas : ' Comme Jonas qui est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, de même, le Fils de l'homme restera au cœur de la terre trois jours et trois nuits (Mt 12, 40)' ». 

« Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, la philosophe et carmélite tuée à Auschwitz, a rappelé l'archevêque de Vienne, a décrit cette scène comme si elle en avait eu la vision, dans une petite pièce de théâtre intitulée 'Dialogue nocturne' qu'elle a écrite en 1941 pour la fête de sa prieure, Mère Antonia a Spiritu Sancto, au couvent hollandais d'Echt ». 

La méditation du cardinal, ponctuée de pauses musicales, s'est poursuivie par une lecture de vers composés par Edith Stein. 

« Le silence du Samedi saint, dont le Saint-Suaire nous parle de manière si intense, a repris le cardinal Schönborn, est l'attitude qui caractérise l'attente de la terre entière. Il renvoie au silence qui précède la création du monde (Gn 1,2), quand tout attend que Dieu agisse avec puissance ».

« Et il en est ainsi ici aussi, a-t-il déclaré. Le Christ est venu au monde et son œuvre terrestre, la vie entre les hommes et la mort pour le péché, s'est accomplie. Il s'est inséré dans la généalogie du genre humain pécheur, pour le rachat de tous, jusqu'à Adam, l'ancêtre de tous les hommes. Aujourd'hui, le Samedi saint, dans la mort, devenu solidaire également avec les morts, il va comme en triomphe dans le monde des enfers, pour appeler à en sortir tous ceux que la mort retient encore prisonniers ». 

L'archevêque de Vienne a ensuite soutenu la vision du théologien Hans Urs von Balthasar qui « met en évidence un aspect qui, chez les Pères, fut très peu développé. Le Samedi saint, la mort du Christ ne porte en soi, dans un premier temps, aucun triomphalisme. Un regard au Saint-Suaire nous le confirme ; nous le voyons dans la liturgie du Samedi saint qui est extrêmement simple sans aucune célébration eucharistique ».

Cette vision rappelle que « dans un premier temps, la mort du Christ laisse ses disciples et l'Eglise dans un état de désarroi, d'affliction et de crainte. Le croyant est invité au silence, au recueillement et à l'adoration. Le salut qui se réalise dans la descente aux enfers en ce Samedi saint est encore caché ; la mort a encore son pouvoir, un pouvoir qui lui sera ensuite enlevé ».

D'un côté, il y a « l'abaissement de Jésus Christ, sa solidarité à notre égard, jusqu'à l'épreuve de la plus profonde amertume de la mort », mais de l'autre il y a « la gloire ; Jésus Christ est vraiment mort, mais dans cette mort il est déjà le bienheureux qui appelle à la bienheureuse communion tous les justes qui sont morts avec lui. Dieu se rabaisse pour arracher les hommes à la mort et les conduire vers le haut ». 

« Descendu aux enfers, a poursuivi l'archevêque de Vienne, en citant les 'Méditations sur la Semaine sainte' écrites par le pape à l'époque où il était le cardinal Ratzinger, signifie que le Christ a franchi le seuil de la solitude, qu'il est descendu au fond, insurmontable , inaccessible, de notre état d'êtres abandonnés ».

Cela signifie, a-t-il conclu, que « cette dernière nuit, où aucune parole n'est dite, où nous tous, sommes comme des enfants en pleurs, abandonnés, il y a une voix qui nous appelle, il y a une main qui nous prend et nous guide. La solitude insurmontable de l'homme est surmontée depuis qu'Il y est entré ».