Le secrétaire général de l’AED face aux nouvelles souffrances de l’Eglise (II)

Entretien avec Pierre-Marie Morel

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ROME, Mercredi 2 avril 2008 (ZENIT.org) - « Mettre l'Evangile au cœur de sa vie professionnelle » est un des défis du chrétien d'aujourd'hui, affirme le nouveau secrétaire général de l'« Aide à l'Eglise en détresse » (AED), Pierre-Marie Morel.

Nous publions ci-dessous la deuxième partie de cet entretien. Pour la première partie, cf. Zenit du 1 avril.

  

Zenit - De quel ordre sont actuellement les demandes les plus fréquentes ?

M. Morel - Je peux vous donner une indication de la répartition de notre aide en fonction de la nature des projets en 2007 et qui sera publiée sous peu dans notre rapport annuel :

Aide à la construction  : 28,1 %

Aide d'urgence             : 1,3%           

Aide à la subsistance   : 3,3 %

Offrandes de messes   : 14,2%

Formation religieuse   : 14,3%

Apostolat des médias  : 3%

Apostolat biblique     : 3,9%

Aides pastorales      : 18,4 %

Catéchèse                     : 8,6%

Aide à la motorisation  : 4,9 %

Mais il n'y a pas que l'aide financière à considérer. Il n'y a pas de petits projets. Tous ont leur importance quel que soit leur montant. Il s'agit d'abord d'être à l'écoute des besoins de nos frères et sœurs dans la foi, dans un grand respect pour ceux qui mieux que nous savent où sont les priorités.

Trois exemples de nature fort différente :

- Un projet pour fournir une dizaine de bicyclettes en Afrique pour permettre aux catéchistes de rejoindre les communautés en brousse peut être éminemment stratégique.

- Un projet pour participer à la construction du grand séminaire de Lviv en Ukraine peut avoir des conséquences immenses sur la pastorale de la région.

- Un projet qui pourra contribuer à la réconciliation en Chine entre les catholiques officiels et non officiels sera de nature à répondre à la réflexion du Pape Benoît XVI le 8 janvier 2007 lors d'une rencontre avec le corps diplomatique. Il disait ceci : « Ma pensée rejoint les communautés chrétiennes. Dans la plupart des pays d'Asie, il s'agit souvent de communautés petites mais vivantes, qui désirent légitimement pouvoir vivre et agir dans un climat de liberté religieuse. C'est à la fois un droit primordial et une condition qui leur permettra de contribuer au progrès matériel et spirituel de la société, et d'être des éléments de cohésion et de concorde ».

Comme vous le savez, le Saint-Père a publié par la suite une lettre à tous les catholiques en Chine les invitant à l'unité.

On saisit mieux ainsi les enjeux de tels projets.

Zenit - L'argent dont l'œuvre dispose vient exclusivement des bienfaiteurs. Alors parlons de la courbe des dons. Comment la voyez-vous ? Constante ? Et suffisante par rapport au nombre d'appels ?

M. Morel - La courbe des dons est un miracle permanent car elle a suivi ces dernières années la courbe des demandes d'aide. L'évolution des dons n'est pas totalement linéaire mais la tendance est à la hausse. Cependant les dons ne permettent pas toujours de couvrir l'ensemble des besoins. En 2007 nous avons pu honorer un peu plus de 5000 projets sur plus de 7000 demandes.

Dons en 1994 : 58m€, en 2000 : 66m€, en 2005 : 74m€, en 2007 : 79m€

Quant à l'avenir, vous savez, l'évolution de la courbe des dons est dans la main du Seigneur. Nous sommes cependant confiants quant à la générosité de nos bienfaiteurs et des nouveaux donateurs souvent jeunes qui se joignent de plus en plus à cet élan de solidarité.

Nous continuerons aussi à nous adapter à l'évolution du monde en faisant évoluer la présence de nos bureaux nationaux et en continuant à améliorer notre communication pour mieux faire connaître cette œuvre indispensable au maintien de la mission pastorale de l'Eglise dans le monde.

Zenit - La France est-elle généreuse ? La crise que les occidentaux traversent au plan de leur foi influe-t-elle sur le soutien financier de l'AED ?

M. Morel - La France est généreuse. Paradoxalement la crise morale et spirituelle que traverse les occidentaux n'affecte pas à ce jour leur générosité. Tout ce passe comme si l'urgence devenait criante face au délitement de notre société.

Zenit - Que proposez-vous à ce niveau là ? Avez-vous déjà l'idée d'un projet que vous voulez mettre en œuvre ?

M. Morel - Même si chaque pays a sa spécificité, les projets que nous mettons en œuvre touchent la plupart de nos pays donateurs et pas seulement la France.

Les grandes orientations pour l'avenir concernent la communication sur des segments de population plus jeunes que la moyenne d'âge de nos bienfaiteurs actuels, pour l'évangélisation et pour la pérennité de notre œuvre.

Le deuxième axe touche à l'évangélisation des médias et à l'évangélisation par les médias et par les nouvelles technologies.    

Zenit - Vous avez dit, dans plusieurs déclarations après votre nomination que vous voyez l'Eglise comme un acteur global. Pouvez vous expliquer ?

M. Morel - C'est une mauvaise traduction du mot « global » anglais qui, traduit en français veut dire mondial et qui appliqué à l'Eglise veut dire universelle.

Oui l'Eglise est experte en Humanité et à ce titre elle a une mission universelle.

Qui mieux que l'Eglise parle de l'Amour ?

Qui mieux que l'Eglise parle du pardon ?

Qui mieux que l'Eglise parle de la miséricorde du Christ ?

Qui mieux que l'Eglise parle du bonheur ?

Qui mieux que l'Eglise parle de la Vérité ?

Qui mieux que l'Eglise nous invite à méditer sur la parole de Dieu ?

Et cela n'est pas réservé à quelques initiés mais à tous les hommes de bonne volonté qui cherchent la Vérité. Sur tous les continents. C'est en ce sens que l'Eglise à une vocation universelle.

Propos recueillis par Isabelle Cousturié