Le service de l’autorité et l’obéissance selon une supérieure générale

Maria de l'Anima Christi, supérieure des servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà

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ROME, Mercredi 9 juillet 2008 (ZENIT.org) - « C'est un fait ! Un supérieur de communauté religieuse qui n'a pas une vision de foi peut arriver à semer la confusion au sein de la vie communautaire ».

C'est ce qu'affirme la supérieure générale des servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà, membres de la famille du Verbe incarné, fondées en Argentine il y a 20 ans par le père Carlos Buela qui continuent de grandir (825 membres sur les cinq continents, avec plus de cent communautés).

ZENIT a demandé à la supérieure de commenter le nouveau document de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique « le service de l'autorité et l'obéissance », publié récemment.

« Réduire la fonction d'un supérieur à un simple travail d'organisation ne pourra jamais satisfaire les besoins d'une âme en constante évolution spirituelle, ni les besoins du religieux en matière d'affectivité dans un cadre communautaire », a expliqué mère Maria de l'Anima Christi, hollandaise.

« La vie communautaire est un élément constitutif de la vie religieuse et chaque personne consacrée aspire à grandir dans l'amour. Vu que ‘l'amour commence chez soi', il est nécessaire de travailler sur la qualité de la vie communautaire. Comme pour la famille humaine, où les guides sont le père et la mère, l'autorité religieuse est chargée de préserver l'unité au sein de sa communauté, en tenant compte des dons, des talents, etc.. », reconnaît-elle.

« Je suis très heureuse de la publication de cette Instruction de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ‘Le service de l'autorité et de l'obéissance', car elle touche des points d'une importance fondamentale pour toutes ces personnes consacrées qui vivent en communauté », affirme-t-elle.

« Je pense que cette Instruction nous aidera à raviver notre foi dans le mystère salvifique de l'autorité évangélique », a-t-elle ajouté.

Selon la supérieure, « il est clair que bien vivre l'obéissance n'est pas facile. C'est d'ailleurs le vœu le plus difficile à respecter, car il suppose que l'homme donne ce qu'il a de plus précieux, sa volonté ».

« L'Instruction est très réaliste sur plusieurs points, relève-t-elle, et montre que l'obéissance implique souvent de la souffrance, mais elle nous propose en même temps de lever à nouveau notre regard vers le Christ et de suivre son exemple, Lui qui ‘a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes' (He 5, 8) ».

« Renoncer à ses projets personnels de vie, implique mourir à soi-même, et requiert une vision de foi », a-t-elle ajouté.

Selon la supérieure, « c'est justement de savoir répondre avec générosité à ce que Dieu nous demande à travers l'autorité religieuse, qui donne de la valeur au vœu professé. L'obéissance chrétienne implique sans aucun doute une vision surnaturelle, un aspect qui est capable de nous conduire jusqu'à l'héroïsme, si cela était nécessaire ».

« Il est réconfortant de savoir que l'obéissance nous aidera à nous libérer de nos penchants pour la chair, à nous libérer des tromperies de ce monde et du malin », a-t-elle estimé.

« Il me paraît très important qu'il soit précisé qu'au delà des difficultés qui naissent de la fragilité humaine, l'abandon confiant dans les mains de Dieu le Père, à l'exemple du Christ obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix (Ph 2, 8), est proposé comme une réponse à la recherche de la sainteté. L'obéissance vécue de cette manière sera toujours un acte extrême de liberté ».

Mère Maria de l'Anima Christi a particulièrement apprécié le fait de regarder le service de l'autorité et de l'obéissance sous un angle missionnaire, dans la mesure où « le supérieur aussi a ses souffrances à gérer, car il a une lourde charge ».

L'autorité du supérieur répond, selon elle, à un des aspects essentiels de la vie religieuse, « comme un chemin de communion avec Dieu, en misant sur la sanctification des membres de la communauté ».

« Quand le supérieur commande, il ne le fait pas (ou ne devrait pas le faire) par goût personnel, mais pour répondre à ce qu'il croit, malgré sa fragilité humaine, être la volonté de Dieu, à travers l'Eglise, et pour le bien des âmes, surtout des plus nécessiteux. La mission donnera plus de fruits s'il existe une réponse généreuse de toute la communauté, qui travaille unie dans une attitude de service ».

Plus grande sera l'unité entre les membres d'une même communauté missionnaire, a-t-elle observé, « meilleur sera le fruit des vies offertes au Seigneur et aux autres. Comme disait notre bien-aimé pape Jean-Paul II, toute la fécondité de la vie religieuse dépend de la qualité de la vie fraternelle ».

Mère Maria de l'Anima Christi a souligné qu'il est important de se concentrer sur cette dimension de vie fraternelle : « Nous ne devons pas perdre de vue ce que l'Instruction souligne comme étant l'une des sources qui alimentent la mission communautaire, en nous montrant que ‘le lien de fraternité sera d'autant plus fort que cette notion de ‘mise en commun' sera centrale et vitale' ».

« Un bon supérieur est une bénédiction pour sa communauté », a relevé la supérieure hollandaise.

« Sachant que les supérieurs peuvent commettre des erreurs et avoir des défauts, comme n'importe quel autre individu, il est fondamental de ne pas oublier l'importance de la foi, car c'est sur la foi que se fonde notre vœu d'obéissance de la manière la plus parfaite et la plus fructueuse qui soit ».

« Le document La vie fraternelle en communauté le souligne par ces mots : 'On ne peut enfin oublier que dans toute cette question délicate, complexe, et parfois douloureuse, la foi joue un rôle décisif, elle qui permet de comprendre le mystère salvifique de l'obéissance' ».

Pour Mère Maria de l'Anima Christi, « tout comme par la désobéissance d'un seul homme, la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l'obéissance d'un seul homme la multitude sera-t-elle constituée juste (cf. Rm 5,19), ainsi également l'attitude d'obéissance constituera toujours une force indispensable pour chaque vie familiale ».

Miriam Díez i Bosch