Le synode sur la famille, patrimoine de l'humanité, par le card. Baldisseri (2)

La foi, et non le légalisme

Rome, (Zenit.org) Rédaction | 615 clics

« La pastorale familiale ne peut pas être un instrument légaliste en raison de sa nature même en tant qu’application concrète de l’enseignement et de la discipline de l’Église, qui ne se limite pas à la casuistique. Au contraire, c’est l’expression véritable de la foi, qui se manifeste par des gestes, les sacrements, et par des paroles, la prédication, qui sont effectués avec les personnes et dans la communauté », explique le cardinal Baldisseri.

Le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des évêques, a répondu aux questions de Nicola Gori pour L’Osservatore Romano, alors que se prépare le synode extraordinaire sur la famille d’octobre 2014.

Voici le second volet de cet entretien dans notre traduction de l’italien. La première partie a été publiée hier, 16 juillet.

Le légalisme ou la foi

« La pastorale, en général, et encore moins la pastorale familiale, ne peut pas être un instrument légaliste en raison de sa nature même en tant qu’application concrète de l’enseignement et de la discipline de l’Église, qui ne se limite pas à la casuistique. Au contraire, c’est l’expression véritable de la foi, qui se manifeste par des gestes, les sacrements, et par des paroles, la prédication, qui sont effectués avec les personnes et dans la communauté. L’Instrumentum laboris fait connaître ces réalités pastorales en acte sur la famille, et interroge tout le monde sur la manière d’annoncer aujourd’hui l’Évangile, et pas seulement dans la famille. L’homélie, la prédication, la catéchèse, le langage sont des éléments pastoraux de transmission de la foi qui n’ont rien à voir avec le légalisme. Au contraire, ce sont les instruments nécessaires pour l’annonce et pour l’action pastorale de l’Église. L’approche, et la question de savoir comment aujourd’hui l’Église doit annoncer l’Évangile, sont importants dans La joie de l’Évangile, où le pape François, en se référant à l’homélie, dit que les prédicateurs savent ce qu’ils doivent dire, mais qu’ils négligent comment le dire, montrant le risque de s’habituer à son propre langage, souvent technique et peu compréhensible. Pour la catéchèse, le rôle fondamental de la première annonce, le kérygme, est important afin que, comme le disait Hugo Rahner, la théologie ne soit pas pour nous simplement une science, mais essentiellement l’annonce-salut. »

La famille intéresse tout le monde

« La famille est un thème qui intéresse tout le monde, les personnes et les institutions, les Églises, les confessions religieuses, la société, l’État. La présence des délégués fraternels à l’assemblée du synode manifeste clairement que la famille deviendra objet de dialogue œcuménique et interreligieux. Les thèmes, comme les mariages mixtes, la famille et la loi naturelle, l’idéologie du « genre », représentent un intérêt commun et seront certainement traités comme il se doit. »

Les couples de fait

« Cette question fait partie des situations familiales difficiles, mentionnées dans le document, qui sont en croissance dans les pays occidentaux, avec des répercussions dans d’autres continents. À ce phénomène s’ajoute celui de la cohabitation entre jeunes, conséquence de la crise profonde des valeurs : la perception de l’amour comme un fait privé, du lien matrimonial comme une perte de la liberté personnelle, du mariage comme une décision trop engageante. Le tout aggravé par l’influence de facteurs extérieurs tels que la crise économique et les politiques des États qui n’aident pas mais qui, au contraire, pénalisent ceux qui veulent construire une famille, à cause du chômage, de l’insécurité professionnelle, des bas salaires, de la précarité de l’assistance médical, du problème du logement, sans parler de certains médias et réseaux sociaux qui mettent en avant des anti-modèles et des valeurs erronées et déviantes. »

Réponses au questionnaire

« On observe un intérêt et une grande estime pour la famille chrétienne et pour sa signification en soi et en relation avec l’Église et la société, avec leurs défis propres. La preuve en est l’accueil très important réservé au questionnaire, qui a suscité une réponse unanime et inattendue de tous les côtés. En effet, il y a eu des réactions immédiates, directes, d’une grande ampleur, que ce soit de la part de ceux qui ont voulu donner leur témoignage sur la beauté et les valeurs de la famille chrétienne pour la société d’aujourd’hui, ou de la part de ceux qui en ont relevé les défis et les problèmes. L’aspect positif est que l’annonce de l’Évangile de la famille a été rapportée abondamment dans la première partie du document, qui mérite donc d’être lu avec la plus grande attention, soulignant le fait que les catholiques dans le monde sentent profondément la valeur chrétienne de la famille comme un signe et un modèle pour toutes les familles du monde. L’aspect des défis et des problématiques est décrit dans la seconde partie du document, qui aborde de manière structurée les thèmes concernant la pastorale actuelle de la famille, les situations familiales difficiles, les unions entre personnes du même sexe. Parmi les questions importantes, il faut noter la crise de la foi, les situations critiques à l’intérieur de la famille, comme la violence et les abus, ou extérieures, comme les guerres, les migrations et les formes de pauvreté ; viennent ensuite la cohabitation, les couples de fait, les échecs, avec les situations des personnes séparées, divorcées et des personnes divorcées remariées, les enfants de ces unions et les mères célibataires. Face à ces drames familiaux, avec ses victimes et ses blessés qui évoquent l’image de l’ « hôpital sur un champ de bataille », l’Église est appelée à se pencher pour en prendre soin, tout en maintenant sa tâche principale qui est l’annonce de l’Évangile de la famille et de la beauté de la vocation à l’amour, grand potentiel aussi pour la société. »

« L’ouverture à la vie et la responsabilité éducative, comme perspective et défi pastoral, sont les thèmes de la troisième partie du document ; on y signale les difficultés, on indique des initiatives pastorales mises en œuvre, on soulève des questions et on fait des propositions. »

Traduction de Zenit, Constance Roques