Le "trésor théologique de Ratzinger" en Afrique

Par le prof. Achim Buckenmaier

Rome, (Zenit.org) Luca Caruso | 700 clics

Des journées d’études pour « faire tomber les barrières » et « permettre un accès au très riche trésor théologique de Joseph Ratzinger-Benoît XVI » en Afrique : c'est l'objectif du séminaire anglophone « ‘D’où es-tu ?’ (Jn 19,9). La personne et le message de Jésus dans la trilogie ‘Jésus de Nazareth’, de Joseph Ratzinger – Benoît XVI ».

Le séminaire, qui au lieu du 10 au 12 mars au Collège universitaire Jordan, de Morogoro, en Tanzanie, avec le soutien de la fondation des anciens élèves de Joseph Ratzinger-Benoît XVI et de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger (cf. Zenit du 10 mars 2014).

Il s'agit du second rendez-vous de ce type en Afrique, après le symposium en langue française, qui s’est tenu au Bénin en septembre dernier (cf. Zenitdu 27 septembre 2014). Le professeur Achim Buckenmaier, directeur de la Chaire de théologie du peuple de Dieu, à l’Université pontificale du Latran, évoque les enjeux de ces congrès.

Professeur, pourquoi organiser un séminaire sur l’ouvrage « Jésus de Nazareth » en Tanzanie ?

Prof. Achim Buckenmaier – Je pense que, dans l’Église et dans le monde d’aujourd’hui, l’extrême importance et la profonde signification de la théologie de Joseph Ratzinger sont reconnues. Toutefois, il n’est pas facile pour tous de la connaître. Peut-être y a-t-il des obstacles culturels. En Afrique, si l’on pense aux difficultés et aux grands défis qui se posent aux personnes tous les jours, on peut comprendre qu’un chrétien craigne de ne pas trouver l’accès à une pensée qui, à première vue, s’est développée dans un contexte culturel différent, celui de l’occident et de son histoire. Parfois, on se trouve devant des difficultés économiques pour financer des études telles que nous les concevons ou, tout simplement, pour acheter des livres. Nos journées d’études veulent faire tomber ces barrières et permettre un accès au très riche trésor théologique de Joseph Ratzinger-Benoît XVI.

À qui s’adresse le séminaire et quels sont ses objectifs ?

Les personnes invitées sont des prêtres, religieuses et religieux, séminaristes et catéchistes, étudiants en théologie. D’après ce que je sais pour le moment, deux évêques tanzaniens participeront aussi. Ce qui nous intéresse, c’est de trouver des personnes qui peuvent tirer profit de cette étude et l’utiliser ensuite dans la pastorale et la théologie. Nous espérons aussi qu’elles deviendront des multiplicateurs.

Qui en sont les promoteurs et quel est votre rôle ?

L’initiative pour l’Afrique anglophone a vu le jour au sein de la fondation des anciens élèves de Joseph Ratzinger-Benoît XVI qui, sous la conduite de Mgr Barthélémy Adoukonou, a déjà organisé un congrès semblable à Cotonou, au Bénin. Ensuite, nous avons le soutien généreux de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger ; en Tanzanie, notre partenaire est le Collège universitaire Jordan de théologie et philosophie, des Salvatoriens, à Morogoro ; c’est là que se déroulera le congrès, à environ 200 kilomètres à l’ouest de Dar es Salaam. En tant que membre de la Communauté catholique d’intégration, j’ai vécu six ans en Tanzanie et, par conséquent, la Chaire de théologie du peuple de Dieu, dont je suis le directeur, a pu en diriger toute l’organisation.

Quel est le coût d’une initiative comme celle-ci ?

On peut dire que la majeure partie des coûts concerne les livres que nous mettons à la disposition des participants. Grâce au généreux financement de la Fondation vaticane, nous avons pu commander 750 livres. Il faut y ajouter les coûts des voyages et diverses autres dépenses.

Quels seront les thèmes essentiels abordés dans le séminaire ?

Les enseignants sont deux anciens étudiants de Joseph Ratzinger, le P. Stephan Horn et le P. Vincent Twomey ; il y aura ensuite d’autres intervenants, comme le P. Michael Maier, professeur d’Ancien Testament à l’Université pontificale grégorienne, le P. Idahosa Amadasu, enseignant à l’« École de la foi » de l’archidiocèse de Benin City, au Nigéria, et moi-même. Nous traiterons des thèmes herméneutiques, comme l’unité entre l’Ancien et le Nouveau Testament, ou l’analyse du langage limpide utilisé dans les livres de Joseph Ratzinger, ou encore des aspects particuliers de la théologie du pape émérite, comme la théologie de l’Eucharistie et des Béatitudes dans les livres sur Jésus. Notre collègue africain parlera de l’Église comme famille de Dieu dans l’œuvre de Benoît XVI. Les interventions seront données en anglais et suivies de petits groupes de discussion.

D’après vous, quelle est la valeur de la trilogie sur Jésus dans l’ensemble de la production du théologien Joseph Ratzinger ?

Dans le préambule du premier volume de la trilogie, Joseph Ratzinger écrit : « Je suis parvenu à ce premier livre sur Jésus après un long chemin intérieur ». Dans un certain sens, ces livres sont un résumé de sa recherche théologique, dans lequel sont entrés toutes ses pensées et réflexions des années précédentes. Bien souvent, surtout au cours de son pontificat, Benoît XVI a souligné que le christianisme n’est pas une idéologie ou une doctrine, mais une manière de vivre, parce que c’est une rencontre avec une personne, avec la personne de Jésus. Les réflexions des livres sur la personne et le message de Jésus sont donc au centre de sa théologie.

Benoît XVI est-il au courant de cette initiative ?

Oui, bien sûr. Non seulement, il y a apporté son soutien, mais il a même écrit aux participants un mot de salutation très beau, dans lequel il exprime sa joie pour cette initiative, promet d’être proche par la prière et explique à nouveau l'intention de la trilogie.

Vous dirigez la Chaire de théologie du peuple de Dieu, à l’Université pontificale du Latran. Y êtes-vous engagé dans la divulgation de la pensée du pape émérite ?

Dans le séminaire « Thèmes émergents en dialogue avec les ‘Structures de l’être chrétien’ de Joseph Ratzinger », qui a lieu actuellement à l’Université, nous partons des six « structures de l’être chrétien » que nous trouvons comme excursus dans son livre le plus connu, « Introduction au christianisme ». Dès les années soixante, Joseph Ratzinger a vu la nécessité d’expliquer le christianisme de manière concise, compréhensible aussi pour les personnes qui ne le connaissent pas mais qui cherchent. Dans ces « éléments », comme par exemple « le principe du ‘pour’ », « la loi de la surabondance » ou « la loi de l’incognito », nous trouvons des réponses surprenantes et utiles qui peuvent servir aussi pour les questions qui émergent dans l’Église et qui font l’objet de discussions de nos jours. J’en suis convaincu.

Quel héritage théologique Joseph Ratzinger-Benoît XVI laisse-t-il à l’Église et au monde ?

Ce n’est pas à moi d’exprimer un jugement définitif. Nous voulons contribuer dans une certaine mesure à une recension plus ample de son œuvre, ici en Europe, mais aussi sur d’autres continents, comme en Afrique. Nous voulons seulement aider à construire un pont qui permette aux futures générations de théologiens africains, latino-américains, asiatiques, etc, d’avancer sur les traces des expériences déjà faites. Nous nous sentons encouragés par le pape émérite lui-même ainsi que par l’estime et l’amitié que le pape François continue d’exprimer pour son prédécesseur.

Parmi les enseignements qui, entre autres, resteront, du grand maître de théologie Joseph Ratzinger-Benoît XVI, il y a, à mon avis, sans aucun doute, sa confiance dans le témoignage de l’Écriture sainte et sa confiance dans un travail scientifique théologique au sein de l’Église, tel qu'exprimé dans la fameuse formule « fides et ratio », ainsi que sa certitude que, aujourd’hui encore, nous pouvons retrouver et vivre la forme de l’Église-communauté, dans laquelle est née toute la théologie, comme une véritable aide pour toutes les parties du monde.

Traduction d'Hélène Ginabat