Lectio pour dimanche: "Le Berger des amis"

Lectures du IVe dimanche de Pâques

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 967 clics

Le Berger des amis.

Un ami non seulement qui est le premier à nous aimer mais qui continue à nous aimer

IVème  Dimanche de Pâques – Année C – 21 avril 2013

Rite romain

Ac 13, 14. 43-52; Ps 99; Ap 7, 9. 14-17; Jn 10, 27-30

Le Bon Pasteur

Rite ambrosien

Ac 21,8b-14; Ps 15; Ph 1,8-14; Jn 15,9-17

Je vous ai appelé « amis »: Le Berger des amis

            Un bref préambule:

            Dans notre culture, la figure du berger est presqu’inconnue et définir quelqu’un par le mot « brebis » est une offense. Au contraire, dans la Bible, l’élevage d’ovins est bien connu, et sa signification est positive et profonde. En effet, dans les Saintes Ecritures, Dieu lui-même est représenté sous les traits du berger qui conduit son peuple. « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien » (Ps 23,1). « Il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit » (Ps 95,7). Le futur Messie est lui aussi décrit sous les traits du berger: « Comme un berger il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits » (Is 40,11). Cette image idéale du berger trouve sa pleine réalisation en Jésus-Christ. Celui-ci est le bon berger qui va à la recherche de la brebis égarée; il a pitié du peuple parce qu’il le voit « comme des brebis sans berger » (Mt 9,36); il appelle ses disciples « petit troupeau »  (Lc 12, 32). Pierre appelle Jésus « le berger de nos âmes »  (1 Pierre 2, 25) et la Lettre aux Hébreux « le grand berger des brebis »  (He 13,20).

            Donc Jésus est le vrai Berger, car il est celui qui conduit avec amour son troupeau, qui veille à ce qu’il reste uni, qui défend ses brebis des dangers. Le bon berger connaît chacune de ses brebis (elles ne sont pas anonymes) et il se préoccupe de chacune d’elles, il les compte quand elles retournent à la bergerie afin qu’aucune ne soit perdue et s’il en manque une, il quitte les autres et va à la recherche de celle qui s’est égarée.

            En appelant « brebis » ses disciples et amis, le Christ souligne la relation vitale qui les unit à lui. Cette relation de salut se traduira ensuite, pour nous chrétiens, par les verbes « ils écoutent et suivent », et pour Jésus, par le verbe « je connais ».

            1) Le bon pasteur, passionné et attentionné.

            Jésus connaît et aime chacun de ses disciples. Et le fait de nous définir par le mot « brebis » ne saurait nous sembler étrange si lui-même s’est défini par le mot « agneau », et si sa tâche d’ « enlever le péché du monde » doive aussi devenir notre mission d’apporter son pardon à tout le peuple.

            Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Il parle de nous comme étant ses brebis et de lui-même comme étant le bon pasteur qui donne la vie pour ses brebis... Des brebis auxquelles il ne renonce jamais et qu’il aime jusqu’à donner sa vie pour elles: animé de passion pour nous, il n’a pas hésité à affronter la Passion de la Croix. Il est un bon pasteur amoureux de la vie parce que nous avons la vie éternelle. On en vient à se demander tout naturellement comment nous faisons, nous les brebis qui avons cette chance-là, à quitter cette Voie pour nous égarer sur les routes qui conduisent à des ravins … Heureusement lui, le Berger, immensément bon, nous cherche, nous appelle par notre nom et, après nous avoir trouvé, il nous met sur ses épaules et, en bon pasteur divin, miséricordieux, en amoureux fidèle, il nous conduit dans les pâturages éternels du ciel (cf. 1Pierre 2,25).

            Nous sommes dans les mains du Bon Berger, qui nous conduit avec amour un à un et nous introduit à la vraie vie, dans la vie des amis, comme l’évangile ambrosien nous le rappelle. Quant à nous, il ne suffira pas de dire que nous sommes des « amis » du Christ. L’amitié véritable avec Jésus s’exprime dans la manière de le suivre : avec la bonté du cœur, avec l’humilité, avec la douceur et la miséricorde.

            Suivre Jésus, c’est engager notre volonté et mettre nos pas derrière Celui dont nous avons écouté et aimé la Parole de Vie. Nos pas ne vacillent pas derrière lui, Il nous conduira à de verts pâturages, et quand bien même nous devions traverser une vallée obscure, nous n’aurons pas peur car il est avec nous (cf. Ps 23). 

            Mais pour suivre, il faut écouter, en faisant travailler son esprit et son cœur. L’écoute véritable est obéissance (étymologiquement le mot obéir vient du latin ob-oedire = prêter l’oreille), C’est ce qu’ont fait les apôtres qui sont ainsi devenus des pécheurs d’hommes et des pasteurs d’âmes. L’obéissance véritable, c’est donc prêter l’oreille et d’appliquer la parole d’amour que le Christ nous adresse. L’obéissance doit être vécue en exécutant des gestes et avec le désir d’apprendre du Christ le critère de sa propre vie, en nous mettant dans les pas de la vérité, en nous laissant guider par l’amour d’un bon Berger, d’un Ami véritable.

            2) La vocation : un « espace » de liberté.

            Si les deux verbes « suivre » et « écouter », utilisés dans l’évangile romain d’aujourd’hui, sont des verbes qui indiquent un dialogue profond, une communion dans l’existence, pas seulement dans les idées, le troisième verbe « connaître » fonde la vocation des Apôtres et celle de chacun de nous. Celle-ci est appelée à une relation de communion entre Jésus et ses disciples et elle implique la personne toute entière: idées, amour, comportement. C’est un appel pour recevoir la vie : « Je leur donne la vie éternelle » et pour la partager avec l’humanité entière.

Jésus caractérise ses brebis par deux mots  : « écouter » et « suivre », avec une précision: écouter savoixet suivrele cheminque lui même est en train de parcourir. Se savoir connus et aimés du Christ implique ne pas garder ce don pour nous-mêmes. Avec cette connaissance du Christ, nous sommes appelés à être « sel » et « lumière » pour le monde. Et puis il est vrai que ce monde est un monde qui change, comme on a l’habitude de dire aujourd’hui, mais cela n’est pas une raison pour perdre le souffle à rechercher de nouvelles idées, de nouveaux projets: la voix de Jésus a déjà résonné et la direction de sa marche est déjà tracée. Il est demandé avant tout à la communauté chrétienne d’être fidèle à la mémoire de Jésus, et non d’être surtout des génies en inventant de nouveaux programmes pastoraux.

            En général, un ami nous connaît et nous fait comprendre que le cœur est impliqué. On ne connaît vraiment que ce que l’on aime. C’est l’amour qui est capable d’aller au-delà de toute évidence. C’est une « connaissance » de l’intérieur, qui part de l’intime. C’est connaître la Vie, la Vérité en suivant la Voie. C’est une connaissance dans l’Amour, une connaissance qui libère.

            Jésus a maintes fois dit que sa liberté ne consiste pas à prendre ses distances du Père, mais à faire en tout sa volonté. Liberté et obéissance au Père (qui est toujours l’obéissance au don de soi) coïncident. L’espace véritable de la liberté est l’amour auquel le Christ nous appelle. La vocation est un don à accueillir avec émerveillement: « L'émerveillement pour le don que Dieu nous a fait dans le Christ imprime à notre existence un dynamisme nouveau qui nous engage à être témoins de son amour. Nous devenons témoins lorsque, par nos actions, nos paroles et nos comportements, un Autre transparaît et se communique. On peut dire que le témoignage est le moyen par lequel la vérité de l'amour de Dieu rejoint l'homme dans l'histoire, l'invitant à accueillir librement cette nouveauté radicale. Dans le témoignage, Dieu s'expose, pour ainsi dire, au risque de la liberté de l'homme. ». (Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis, n° 85).

            Aujourd’hui, nous célébrons le dimanche du Bon Pasteur qui est consacré aux vocations sacerdotales, mais nous ne devons pas oublier les vocations religieuses et consacrées, car la personne s’engage à suivre le Christ dans la pauvreté, l’obéissance et la chasteté, rappelle à tout le Peuple de Dieu que : « La pauvreté, la chasteté, l’obéissance ne valent rien tant que qu’elles ne sont pas expressions d’amour, en somme de cet amour qui nous dépouille dans la pauvreté, qui nous purifie dans la chasteté et qui nous immole dans l’obéissance ». (Divo Barsotti[1]). Les Vierges consacrées en particulier vivent cela en se conformant chaque jour davantage à la prière que l’Évêque a faite sur eux le jour de leur consécration: « Conduis-les sur le chemin du salut, pour qu’elles désirent ce qui te plaît et veillent à toujours à y répondre. Par Jésus-Christ, notre Seigneur » (Rituel de consécration des Vierges, n°21)

Deux suggestions :

Une prière et une lecture.

            Dans cette marche vers le ciel, Jésus, berger véritable et passionné, nous guide d’un amour providentiel, nous pouvons dire ces paroles de prière: « Guide-moi, ô tendre lumière, au milieu de ces ombres. Guide-moi plus avant ! La nuit est sombre, et je suis loin de ma demeure. Que m’importe de voir le lointain horizon ? Un seul pas me suffit. Trop longtemps, j’en suis sûr, m’a béni Ta puissance pour n’être plus mon Guide, parmi lande et marais, et rocher et torrent, tant que dure la nuit. Oublie tout ce passé: Je ne, t’ai pas toujours priée, comme aujourd’hui, d’être ainsi, Toi, mon Guide. J’aimais alors choisir et connaître ma route, désormais, sois mon Guide ! » (Bienheureux J. H. NEWMAN).

Lecture Patristique

Le Christ, bon pasteur

Des « Homélies sur les évangiles » de saint Grégoire le Grand pape

(Hom. 14, 3-6; PL 76, 1129-1130)

«Je suis le Bon Pasteur.» Et il ajoute : « Je connais mes brebis — c’est-à-dire : je les aime — et mes brebis me connaissent» (Jn 10, 14), comme pour dire clairement : «Elles me servent en m’aimant». Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.
 Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : «Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur.» (1 Jn 2, 4). C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : «Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis.» (Jn 10. 15). C’est comme s’il disait clairement : « Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis ». C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : «Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle.» (Jn 10, 14-16). C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : «Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages.» (Jn 10, 9). Il entrera en venant à la foi; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité. Les brebis du Seigneur trouvent des pâturages, puisque tous ceux qui le suivent d’un cœur simple se rassasient en pâturant dans des prairies éternellement vertes. Et quels sont les pâturages de ces brebis, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant? Car les pâturages des élus sont la présence du visage de Dieu, dont une contemplation ininterrompue rassasie indéfiniment l’âme d’un aliment de vie. Ceux qui ont échappé aux pièges du plaisir fugitif goûtent, dans ces pâturages, la joie d’un éternel rassasiement. Recherchons donc, frères très chers, ces pâturages où nous partagerons la fête et la joie de tels concitoyens. Le bonheur même de ceux qui s’y réjouissent nous y invite. Réveillons donc nos âmes, mes frères! Que notre foi se réchauffe pour ce qu’elle a cru, et que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut : les aimer, c’est déjà y aller. Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure : lorsqu’on désire se rendre à un endroit donné, la difficulté de la route, quelle qu’elle soit, ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par les caresses des réussites2. Combien sot, en effet, est le voyageur qui, remarquant d’agréables prairie

Le Père Divo Barsotti était prêtre de Toscane (Italie). Il a fondé la « Communauté des fils de Dieu », communauté de caractère monastique qui comprend des laïcs consacrés et aussi des moines et des moniales. Son immense production littéraire (plus de 150 titres) comprend, entre autres, des journaux mystiques, des commentaires bibliques et des ouvrages de spiritualité.