Lecture des lectures du dimanche 10 février 2012

Ve dimanche du Temps ordinaire

Rome, (Zenit.org) Congrégation pour le clergé | 1324 clics

Vème DIMANCHE T.O. – C

         Après nous avoir montré comment, face au Christ, face au caractère exceptionnel du Christ, l’âme humaine arrive à se défendre au point de le chasser, diminuant ainsi la portée de la réalité qui se présente à elle, la Sainte Eglise nous fait pénétrer à l’intérieur de cette expérience de la familiarité avec Jésus qui se trouve à l’origine de l’appel des premiers disciples, de leur foi et de leur vie.

         La page évangélique que nous avons écoutée et qui est tirée de l’Evangile selon Saint Luc, commence par nous montrer concrètement comment le peuple se rapportait avec le Christ : « Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu… » (Lc 5,1). La foule ’’ se pressait autour de lui ’’, elle l’entrevoyait, elle le suivait, elle s’approchait de lui pour l’écouter, au point que le Seigneur risque de rester écrasé et, avec une promptitude extraordinaire, avec le sens  pratique admirable que révèle chacun de ses gestes, il monte sur une barque qui était amarrée sur la rive et demande à Simon Pierre de s’en éloigner afin qu’il puisse parler aux gens.

         Quel mystère ! La Parole de Dieu, le Fils éternel du Père qui s’est fait chair, a pris sur lui toute notre humanité pour la vivre jusqu’au bout sans rien s’épargner de ce qui est humain, y compris la fragilité propre de notre nature : la Parole éternelle grâce à laquelle le Père a créé le monde a besoin ’’d’élever la voix’’  pour se faire entendre ; elle a besoin de se soustraire à la pression de la foule, de cette foule  de gens qu’elle aime profondément afin d’éviter de rester ’’écrasée’’ ; elle demande à Simon Pierre de l’accueillir sur sa barque. Aux yeux des Israélites, Jésus apparaît ainsi en tout et pour tout comme un homme, fait de chair comme tous les hommes, avec un corps sujet à la fatigue, à la faim, à la soif, aux intempéries. Et pourtant ils ne pouvaient rester loin de lui ; ils ne pouvaient détacher leurs yeux de lui. Même la faim – cette faim que le Seigneur rassasiera avec la multiplication des pains et des poissons (Jn 6,1 et suiv.) – ne peut les détourner de lui.

         En outre, il est émouvant de voir combien, avec le Christ, rien ne se produit par hasard : il ne monte pas dans une barque quelconque, mais sur celle de Simon. Celui-ci avait déjà rencontré le Seigneur quand son frère André était rentré à la maison haletant  et lui avait dit : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). Simon avait déjà passé quelque temps avec lui, de sorte que l’invitation à prendre le large en plein jour, en un moment peu favorable pour la pêche – il n’est pas besoin d’être un pêcheur expert pour le savoir – l’invitation à jeter à nouveau les filets après une nuit infructueuse le pousse à s’exclamer : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais il ajoute, sur ta parole je jetterai le filet » (Lc 5,5).

         Quelle circonstance pouvait inciter Simon à une affirmation apparemment si illogique ? Parce qu’il semble illogique de tenter, après une nuit de travail décidément infructueux, de recommencer à pêcher le matin de bonne heure, quand la lumière du jour éloigne tous les poissons et que la fatigue physique exige seulement le repos. Illogique ! Et pourtant Simon dit : « Mais sur ta parole je jetterai le filet ». Pourquoi ? Comment un pêcheur professionnel peut-il dire cela ? Tout est contenu dans ce ’’mais’’ initial. Quelques jours auparavant, dans la vie de Simon, ce ’’mais’’ avait commencé à prendre corps, et précisément quand André lui avait fait connaître Jésus. Après avoir passé quelques heures avec lui, alors qu’il rentrait à la maison pour se préparer comme chaque soir à la pêche nocturne, il s’était mis à penser et avait commencé lentement à prendre conscience que quelque chose de nouveau s’était produit en lui, quelque chose qu’il n’arrivait pas encore à exprimer jusqu’au fond, mais dont il ne pouvait se passer.

         Et c’est dans cette familiarité progressive et continuelle avec le Christ que croît et se dessine dans le cœur de Simon Pierre une nouvelle certitude : avec le Christ, un facteur d’une nouveauté absolue entre dans la réalité, une nouveauté vers laquelle converge mystérieusement toute la réalité. Et cette nouveauté c’est lui, sa personne, c’est Jésus. Paradoxalement pour Simon, devant le Christ , le facteur véritablement illogique ne consiste pas à se fier à lui contre toute évidence, mais à dire, comme cela aurait été normal : ’’Maître, c’est absurde de tenter de pêcher maintenant. tu plaisantes !’’ Face à tout autre homme il aurait été normal de penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie et qu’il valait mieux continuer à ranger les filets et rentrer à la maison au plus tôt afin de pouvoir se reposer. Mais pas avec Jésus. Avec lui, il aurait été illogique de ne pas essayer, de ne pas prendre sa parole au sérieux et de penser  que l’expérience humaine l’aurait conduit à agir de façon opposée.

         Ainsi, pour Simon, c’est une nouvelle expérience qui commence et qui se renouvellera pendant trois ans et jusqu’à son dernier souffle : avec le Christ la réalité  ne déçoit jamais ; le Christ ne déçoit jamais ! La pêche a lieu, la barque est trop petite pour en contenir les fruits prodigieux ; il semble que les deux barques soient sur le point de sombrer, et le frère d’André tombe aux pieds de Jésus en s’exclamant : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,8). Ce qui revient à dire : « Tout ce qui est en toi me dépasse, Seigneur, je ne suis pas digne, mais je ne peux me détacher de toi, je ne peux m’empêcher de me jeter à tes genoux ! ».

         Demandons à la Sainte Vierge Marie qui durant sa vie terrestre est celle qui a passé le plus d’années avec son Fils - elle n’avait que douze ans quand elle l’a conçu ! – que sans lui. Demandons-lui de pouvoir croître dans cette familiarité avec le Christ, dans ce contact quotidien avec lui, grâce à un regard qu’une prière constante rendra plus attentif à la réalité. Demandons-lui de croître dans ce ’’mais’’ qui est entré dans le monde et ne le quittera jamais. Ainsi, unis à elle, unis à Pierre, répétons nous aussi, aujourd’hui et à jamais : « Fiat mihi secundum verbum tuum – Seigneur, qu’il advienne de moi selon ta parole », « Seigneur, sur ta parole je jetterai le filet ». Amen !