Les 650 ans du Vénérable collège anglais de Rome

Une tradition daccueil

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ROME, lundi 30 janvier 2012 (ZENIT.org) – Les 650 ans de la fondation de ce qui est aujourd’hui le « Vénérable collège » d’Angleterre et du Pays-de-Galles de Rome a attiré dans la Ville éternelle de nombreux « Amis » du collège qui ont participé à un pèlerinage exceptionnel du 23 au 29 janvier, comme les occupants de ces murs anciens et nouveaux qui ont une tradition d'accueil: hier les pèlerins, aujourd'hui aussi les séminaristes ou les prêtres en formation dans les universités pontificales.

Le pèlerinage a culminé avec la messe dominicale présidée le 29 janvier dans ce joyau qu’est la chapelle du collège - édifiée entre 1866 et 1888 -, par Mgr Vincent Nichols, archevêque de Westminster, en présence de trois cardinaux: le cardinal Cormac Murphy O’Connor, son prédécesseur, le cardinal américain William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

A deux pas du Palais Farnèse

Une liturgie soignée, des chants liturgiques exécutés avec classe, des lumières qui font scintiller les mosaïques et les médaillons représentant les saints protecteurs de l’Angleterre et du Pays-de-Galles. On est immédiatement séduit et dépaysé. Et porté par la présence invisible des générations de pèlerins et de prêtres qui se sont formés entre ces murs.

Le collège se trouve Via di Monserrato, rue étroite, calme et silencieuse en ce dimanche matin, à deux pas du Palais Farnèse, siège de l’ambassade de France, que l’on aperçoit de la terrasse du toit du collège, à deux pas aussi de la maison de sainte Brigitte, au coeur de cette Rome historique marquée par l’histoire d’innombrables autres saints, et, parmi les anciens étudiants du Collège, pas moins de 33 martyrs, proclamés bienheureux.

Car l’histoire du collège épouse les aléas de l’histoire et les conflits religieux et politiques des siècles. Et parmi les hôtes importants figure le bienheureux John Henry Newman, en 1833.

Les premiers « Angles » présents à Rome – esclaves sur le Forum romain - sont désignés, dès 573, par le futur pape Grégoire , par cette expression fameuse : « Non angli sed angeli », non pas « Angles » mais « Anges ». Et c’est ce pape Grégoire le Grand qui a envoyé saint Augustin - de Cantorbéry - en Angleterre, en 597 : les liens entre l’Angleterre et Rome se fortifieront à partir de cette mission.

Une tradition d’accueil

Le Vénérable collège anglais a été fondé en 1362, et il a une tradition d’accueil : il a en effet d’abord été un « hospice » c’est-à-dire un centre d’accueil des pèlerins. C'est l’institution anglaise la plus ancienne en dehors de l’Angleterre.

Pour l’année sainte 1350, 377 pèlerins anglais furent logés dans un premier hospice anglais du Transtévère - sur l'autre rive du Tibre -, connu comme l’hospice de saint Chrysogone, à deux pas de la basilique du même nom. Il prit ensuite le nom de saint Edmond. Mais la preuve était faite qu’on manquait de place pour accueillir les pèlerins.

Et en 1362, des commerçants anglais résidant à Rome achetèrent la maison de John et Alice Shepherd – de Via Montserrato – : ce fut le coup d’envoi de l’histoire du Collège d’aujourd’hui. Comme c’était un 27 janvier, le pèlerinage a choisi ces dates du 23 au 29 janvier 2012.

Le cardinal Murphy O’Connor a présidé la messe, samedi, 28 janvier, en l’église Santa Maria sopra Minerva, dit « l’église de la Minerve », dont il est « titulaire » à Rome. Le fameux petit éléphant de Bernini qui porte un obélisque détourne la tête de la façade très plate de l’église : l’intérieur renferme au contraire des trésors. C’est là, à deux pas du Panthéon, que reposent sainte Catherine de Sienne et le bienheureux Fra Angelico.

La nouvelle évangélisation, comme un pèlerinage

Dimanche matin, Mgr Nichols rencontré à l’issue de la messe en la chapelle du Collège, m'a conduite devant une plaque de marbre placée au fond de la chapelle pour expliquer ce qu’elle enseigne pour la Nouvelle évangélisation : « Cette plaque de marbre a été placée ici au XVIe s. pour marquer la tombe de Margaret Kilby. Elle est représentée en prière devant Notre Seigneur que la Vierge Marie lui présente. Tel est le cœur de la Nouvelle évangélisation qui nous appelle à toujours revenir à l'état de pèlerin devant le Seigneur avant d’avoir quoi que ce soit à dire au monde. Et je crois que c’est le renouveau que ce collège cherche aujourd’hui. Commémorer les 650 ans d’histoire dans l’esprit d’être un pèlerin et ensuite, dans cet esprit, être fortifié pour partager et pour aller et voyager sur les routes de notre monde moderne, les routes de sa culture et de son art, de son savoir, pour essayer d’y apporter cette aimable présence du Christ. »

Quant à l’Année de la foi, elle va se concentrer, dans le diocèse de Westminster, sur « l’enseignement et la compréhension de la foi ». « Nous allons avoir, explique Mgr Nichols, des programmes qui vont être conduits par les prêtres : ils sont les premiers enseignants de la foi. Et il faudra aussi rafraîchir la vie, la compréhension et les efforts de nos catéchistes. Et troisième direction: il faudra aider les parents à comprendre leur rôle de transmettre et d'expliquer la foi à leurs enfants. »

Dans son homélie, l’archevêque anglais a insisté sur le « pèlerinage » à Rome, à l’origine du collège et sur le pèlerinage du Collège aujourd’hui. Alors, de l’image mariale de Margaret Kilby au pèlerinage marial à Walsingham , il n’y avait qu’un pas. L’archevêque confie que Walsingham, un sanctuaire considéré comme le « Nazareth anglais », pourrait être utilisé comme « un centre pour les jeunes ». Mais il fait observer que si les « réseaux des routes médiévales » passaient par le sanctuaire, il n’y a pas aujourd’hui d’autoroute qui le rende très accessible. Il se trouve à quelque 2 h 30 au Nord Est de Londres. « C’est un très bel endroit et Marie est naturellement une grande patronne dans l’esprit des catholiques anglais. Elle va nous assister et nous aider de toutes les façons », confie encore Mgr Nichols.

Le voyage de Benoît XVI

L’histoire récente de l’Eglise en Angleterre a été marqué par le voyage de Benoît XVI en Grande Bretage, en 2010 (16-19 septembre). La personnalité de Benoît XVI a frappé l’opinion publique et Mgr Nichols explique comment : « Lorsque le Saint-Père est venu en Angleterre, je pense que sa visite a eu un grand impact sur la société britannique. On s’attendait à l’avance à beaucoup de critiques. Mais le pape Benoît XVI passe très bien à la télévision, parce que la télévision donne à chacun un gros plan sur sa gentillesse, de sa totale sincérité, de sa clarté d’esprit, et de la beauté de ses expressions, à la fois en paroles et en gestes. Et d’une certaine manière, le pape Benoît est apparu aux gens comme un homme âgé très vivant, on pourrait dire comme un grand père de la famille, et quelqu’un qui clairement apporte une grande sagesse et beaucoup de grâce dans un monde troublé. Et je pense qu’il a aidé les gens à comprendre les dons qui sont cachés à l’intérieur de la foi catholique, et qui peuvent vraiment apporter de grands bienfaits à notre société. »

Parmi les pèlerins venus d’Angleterre, nous avons aussi rencontré, dans le beau jardin intérieur, comme en recèlent tant de palais romains et que l’on peut aussi découvrir sur le site Internet du collège (http://www.englishcollegerome.org/pages/tour.htm), Mme Angela Greenwood, membre de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne (http://www.englishcollegerome.org/pages/tour.htm). Elle habite dans les environs de Londres et elle est venue avec un groupe des Amis du Collège anglais pour participer, dit-elle « aux merveilleuses célébrations du 650e anniversaire du Collège anglais de Rome et pour tout connaître à propos de son histoire ».

Le pouvoir du cœur, de l’accueil

Elle confie ses impressions et son vœu pour les jeunes d’Angleterre : « On a été ici pendant 5 jours. Nous rentrons ce dimanche, ce qui est triste, mais nous avons beaucoup de bons souvenirs à emporter avec nous. Les messes, les vêpres, tout ce dont nous avons fait l’expérience ici, la rencontre de nombreux jeunes gens du clergé aussi bien que des prêtres à la retraite pour parler avec eux, les écouter: le sens de la « sainteté » est ici merveilleuse. C’était un honneur, vraiment, de pouvoir venir, et je ne l’aurais pas manqué pour tout l’or du monde. Mais venir à Rome pour cinq jours, ce n’est peut-être pas assez long! Je suis très heureuse de cette expérience. J’aimerais que les jeunes aussi connaissent Jésus et lui donnent leurs cœurs, et qu’ils connaissent son grand amour dont je sens que je fais l’expérience dans l’Eglise, j’aimerais qu’ils connaissent cela aussi. »

Enfin, une question, dans cette « petite Angleterre » au cœur de Rome : pourquoi la présence d’un cardinal français ? Le cardinal Jean-Louis Tauran rappelle l'origine du collège, au milieu du brouhaha festif des nombreux hôtes du collège, dont les voix résonnent sous les voûtes : « Ce sont sept siècles d’accueil – puisque c’était un « hospice », un centre d’accueil pour les pèlerins qui a commencé ici -, et cela nous rappelle que nous sommes une grande famille. Nous nous soutenons les uns et les autres et nous marchons – comme dit saint Augustin – à travers des consolations et des épreuves. Mais ce qui est important, c’est d’être unis autour des évêques, du pape, et donner le témoignage que nous sommes une famille, une famille de croyants, et que peut-être, si nous avons un pouvoir à exercer dans le monde, c’est ce pouvoir du cœur, de l’accueil. »


Anita Bourdin