Les chrétiens craignent que la Constitution irakienne adopte la loi islamique

« Où est la démocratie que nous avons tant souhaitée ? » demandent les évêques

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ROME, Jeudi 1 septembre 2005 (ZENIT.org) – « Le christianisme en Irak est au bord de l’extinction et de nouvelles craintes apparaissent du fait que la Constitution proposée pourrait nier aux minorités religieuses leurs droits », constate un rapport publié par « l’Aide à l’Eglise en détresse »



Dans des déclarations relâchées à cette Oeuvre de droit pontifical, l’archevêque de Kirkuk, au nord de l’Irak, a affirmé que si le projet de Constitution du pays ne réussit pas à défendre les libertés civiles pour les minorités religieuses, cela pourra entraîner un exode de masse des chrétiens.

Mgr Louis Sako a fait ces observations, après un intense débat sur l’hypothèse que la Constitution reconnaisse la charia comme « source principale » de la législation irakienne.

Le premier projet du texte constitutionnel présenté stipule que « l’islam est la religion officielle de l’Etat. Qu’il est la source principale de la législation. Qu’il est interdit d’approuver une loi qui contredit ses règles ».

Jeudi dernier, Benoît XVI a rencontré le Ministre des Affaires étrangères irakien, Hoshyar Zebari. Il lui a demandé que la Constitution, dont le projet est actuellement en discussion, respecte la liberté religieuse.

Dans une interview à la « Catholic charity for persecuted Christians », Mgr Sako a affirmé que si la Constitution adopte la loi islamique ses fidèles risquent de perdre leur propre liberté.

« Nous sommes très préoccupés – a-t-il révélé. Si rien n’assure aux chrétiens leurs droits, ils partiront dans d’autres pays ».

« Nous sommes en train de demander aux fidèles de rester dans ce pays, mais le problème est que nous ne pouvons pas leur donner une perspective d’avenir. Aucun de nous ne sait ce qu’il adviendra ».

Pendant ce temps, alors que se poursuit le débat sur le projet de Constitution, la tension monte. Mgr Sako affirme que les chrétiens ont de grandes difficultés à faire entendre leur voix.

Le problème ne peut pas être affronté sous un angle théorique, vu que les chrétiens constituent moins d’un million des habitants de l’Irak, dont la population est de près de 24 millions de personnes – dont 90% sont de religion musulmane.

« Quels seront nos droits ? » s’interroge l’archevêque. « Les chrétiens étaient là bien avant l’arrivée de l’islam et des arabes. Nous sommes une population locale – nous ne sommes pas des étrangers. Où est la démocratie que nous avons tant souhaitée ? ».

Une Constitution qui reconnaîtrait le primat de la charia rendrait la vie des chrétiens extrêmement difficile.

Le prélat affirme que les chrétiens feraient l’objet de nombreuses formes de pression : de l’obligation pour les femmes chrétiennes de porter l’hijab (le voile) jusqu’aux restrictions dans la construction ou la restructuration des églises. Les chrétiens ne bénéficieraient que d’une faible protection juridique, contrairement aux musulmans.

Mgr Sako, membre de la communauté chrétienne la plus nombreuse d’Irak, la communauté chaldéenne, a ensuite souligné ses préoccupations face à la proposition de créer en Irak une fédération, répondant notamment aux plans des musulmans chiites de contrôler le sud du pays, incluant la capitale Bagdad, où vit la grande majorité des chrétiens d’Irak.

Exposant l’approche inflexible des chiites à l’égard des minorités, il a ajouté : « De nombreux chrétiens quittent Bagdad pour se rendre au nord ou dans d’autres pays. Nous ne savons pas quel est l’avenir des chrétiens d’Irak. Tout ce que nous pouvons faire est espérer et prier pour que les choses s’améliorent ».

Mgr Sako a fait ces déclarations plus d’un mois après la signature, par Mgr Andreas Abouna, évêque auxiliaire chaldéen de Bagdad, et des chefs des autres communautés chrétiennes, d’une lettre conjointe dans laquelle ils demandaient la reconnaissance des droits des minorités religieuses dans la Constitution.

La lettre présentée au cardinal Cormac Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster, exhortait les leaders irakiens à abandonner la référence à la charia comme clé de la Constitution.

Mgr Sako demande à l’Occident de prier pour l’Irak au cours des prochains mois et des prochaines semaines, qui seront particulièrement critiques. Une fois que les négociateurs, qui représentent les principaux groupes religieux, auront trouvé un accord sur la Constitution, le projet sera présenté au Parlement.

Les leaders irakiens approuveront donc le document et le soumettront au referendum ou reverront certaines parties du texte, établissant une nouvelle échéance, au terme de laquelle ils se prononceront à nouveau sur le texte.