Les défis de l’Eglise en Syrie sont considérables, selon Mgr Nassar

L’archevêque de Damas évoque la difficulté des chrétiens au Proche-Orient

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ROME, Jeudi 26 mai 2011 (ZENIT.org) –Dans une lettre adressée à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED), l’archevêque maronite de Damas, Mgr Samir Nassar, évoque un « Proche-Orient nouveau [qui] commence à naître » et l’état d’esprit des chrétiens face aux mutations du monde arabe.

Les défis pour l’Eglise, qui doit trouver un mode de dialogue adapté, sont considérables. « Ces changements douloureux pourraient déboucher sur un chaos déstabilisateur, sinon conduire à un inévitable retour de l'islam traditionnel », explique le prélat.

Pour les chrétiens de Syrie, la question semble assez dichotomique : « Vivre dans un régime sécuritaire ou sous l'islam intégriste ? », résume Mgr Nassar.  « Depuis décembre 2010 nous regardons le monde bouger autour de nous à un rythme accéléré, sans avoir le temps de réagir, ou plutôt sans savoir comment réagir, et quelle partie soutenir. Nous devons ménager le pouvoir en place et regarder avec méfiance la révolte des jeunes, révolte qui pourrait probablement aboutir à l'installation d’un régime islamiste… Impasse difficile à gérer, surtout quand elle est doublée de problèmes économiques aigus et de fragilité sociale ».

Il évoque la « situation déprimante » des réfugiés chrétiens irakiens présents dans le pays. « Ils passent des heures à l'église, allument des cierges devant Notre Dame et se réfugient dans un silence évocateur ». C’est précisément l’image du scénario irakien qui fait naître les craintes des chrétiens arabes. « Devant ces défis qui pressent, les petites Eglises Orientales affrontent un avenir délicat et incertain… Leur silence et leur neutralité sont suspects aux yeux du pouvoir comme au regard des manifestants. Nous sommes déroutés par ces soulèvements et avons le sentiment d'être dépassés par ces jeunes révolutionnaires. Le syndrome irakien nous habite. La peur est neutralisante... La pratique religieuse est en baisse, les enfants ne viennent plus au catéchisme ».

L’heure est sombre pour la communauté chrétienne de Syrie, même si l’espérance d’un vivre-ensemble demeure : « Chrétiens d'expression arabe, notre présence au milieu des musulmans met notre vie de Foi à leur portée. Ils visitent nos églises ouvertes et accueillantes où les femmes et les hommes prient les uns à côté des autres, un discours muet mais éloquent sur l'égalité. […] D'un autre côté les chrétiens qui observent les temps de prière des musulmans, leur jeûne de Ramadan et leur charité envers les pauvres, se rappellent leurs devoirs de chrétiens et osent afficher davantage leur foi ».

Il  termine par un questionnement qu’on imagine douloureux : « Saurons-nous être les témoins du Ressuscité sur cette Terre Biblique assoiffée de paix ? »

L’AED soutient l’Eglise catholique en Syrie à travers de nombreux projets, à hauteur d’un demi-million d’euros par an. Association internationale de droit pontifical, elle soutient les chrétiens partout où ils sont persécutés, réfugiés ou menacés. L’AED intervient dans 137 pays.