Les défis de la vie religieuse dans la nouvelle évangélisation

Entretien avec le P. Jacob Nampudakam, supérieur général des Pallotins

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Propos recueillis par Josè Antonio Varela Vidal

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, vendredi 25 mai 2012 (ZENIT.org) – Les communautés religieuses doivent faire face à des défis, en vue d ela nouvelle évangélisation, notamment de rester "fondées sur l'essentiel" et de "revenir à l'Evangile du Christ" pour faire davantage que "du travail social", souligne le P. Nampudakam.

A quelques mois de l’assemblée spéciale du Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation, en octobre prochain, les consacrés se mobilisent pour répondre à l’appel de Benoît XVI. Dans la série des entretiens avec les supérieurs généraux d'ordres religieux, Zenit a rencontré le P. Jacob Nampudakam, indien, recteur général des Pallotins, une congrégation fondée en 1835 par saint Vincent Pallotti.

Zenit - Comment avez-vous accueilli l’appel de Benoît XVI à une « nouvelle évangélisation »?

P. Nampudakam - Cet appel est très important pour nous Pallotins. Cette question est en effet liée à notre charisme, car notre saint fondateur avait à cœur d’édifier une Eglise dans la communion, avec la participation de tous les fidèles, religieux, prêtres, laïcs, comme les apôtres du Christ.

Comment la foi doit-elle être présentée à l’homme moderne ?

Il est important de revenir à l’Evangile et de vivre plus authentiquement le message de Jésus. La nouvelle évangélisation n’est pas qu’une série de conférences ou de livres, mais implique que l’on revienne à l’esprit de l’Evangile : nous ne pouvons rien changer. Je crois donc que nous devrions présenter Dieu comme il est.

Dieu est un « grand inconnu » pour la société moderne ...

On peut avoir l’impression que les personnes ne sont pas intéressées par Dieu, mais je peux dire, selon ma petite expérience, que le désir de Dieu est toujours présent dans les cœurs. Surtout chez les jeunes – qui semblent désintéressés et confus – j’ai trouvé, quand je confesse, une sincérité et une honnêteté de cœur. L'homme ne peut vivre sans Dieu, il peut le rejeter quelques temps et se créer une illusion de grandeur et d’immortalité, mais à la fin, je pense que Dieu est un choix existentiel.

Quels changements s'imposent à la vie religieuse pour s'engager dans la nouvelle évangélisation ?

Pour tous, religieux et laïcs, la plus grande tentation est celle du matérialisme. Nous devons tous nous confronter à la première des Béatitudes : « Heureux les pauvres ». Ce n’est pas un problème d’est ou d’ouest, mais un problème de nature humaine, car, depuis le péché originel, nous nous sentons comme Dieu.

Le matérialisme crée une illusion de toute puissance, si bien qu’une expérience de pauvreté, tant matérielle que spirituelle, est très importante. Je pense aussi que pour les plus jeunes l’expérience des missions aussi est importante : voir des enfants qui n’ont rien, touche nos cœurs et change nos comportements face à la vie.

Que faudrait-il faire pour l’instruction religieuse ?

La fonder sur l’essentiel. Elle comprend théologie, philosophie, science, mais à la fin ce qui compte c’est la relation à Dieu, à Jésus-Christ. Cela veut dire : une vie simple, une certaine pauvreté, des choses modestes, mais aussi le contact interpersonnel, l’expérience de la mission et de la petitesse humaine. Ce sont des valeurs importantes!

Qu’est-ce que l’Occident peut apprendre de l’Orient ?

Dans mon expérience, il y a des points de force et des points de faiblesse dans chaque culture. Aucune culture en soi n’est parfaite. Nous pouvons beaucoup apprendre de la culture occidentale et de la culture de tant d’autres pays de l’Est ou en Afrique. Par exemple, je viens de l’Inde et dans la culture indienne, orientale, il y a toujours un grand sens de Dieu, comme quelque chose d’inné. Mais nous avons besoin d’une plus grande intériorité, profondeur, et de ne pas nous limiter, par exemple, à la liturgie. Il faudrait, en somme, avoir une plus grande expérience de Dieu. Et puis, nous devons être plus simples, sachant que le monde et la société inculquent tant de nécessités inutiles ; en réalité, nous pouvons vivre une vie plus humble et pauvre, et cela est très important.

Qu’est-ce qui fonctionne bien en Orient ou en Afrique dans la stratégie pastorale ?

En Inde, la stratégie de Mère Teresa était très efficace : elle n’a eu aucun mal à professer la foi catholique et tous ont accepté cela. Donc, professer honnêtement notre foi est une chose importante ; mais il faut en même temps respecter toutes les autres religions. Et puis, autre aspect, il faut que l’homme devienne le centre du dialogue, car là où il n’y a pas d’humanité et de respect de la personne, j’ai du mal à penser qu’il y ait une vraie religion.

L’homme, qu’il soit hindou, musulman ou chrétien, est l’image de Dieu et nous devons le respecter, le servir.

Le service peut faciliter la rencontre du Christ ?

En premier lieu, il est nécessaire de prêcher l’Evangile, car notre travail n’est pas seulement un travail social. Mais nous ne saurions oublier les besoins des hommes et les actes de charité, surtout en Afrique. Qui y est allé, sait ce que cela signifie : les personnes n’ont rien, et nous ne pouvons fermer les yeux devant les souffrances de ce peuple, qui devrait bénéficier d’œuvres de charité au sens chrétien, avec grand respect. Nous sommes tous égaux dans ce monde et nous avons tous les mêmes droits.

Comment se présentent les Pallottins dans le monde ?

Nous sommes 2.500 prêtres et frères dans 43 pays. Autrefois nous étions très présents en Allemagne et en Pologne. Aujourd’hui nous le sommes encore, mais les vocations ont baissé. Nous enregistrons par contre une bonne croissance en Inde et commençons à toucher des pays asiatiques comme Taiwan, les Philippines, et peut-être bientôt, le Vietnam ou le Cambodge.

Et puis nous travaillons dans une douzaine de pays africains. Il y a là-bas beaucoup d’opportunités car de nombreux pays ont des populations catholiques et les besoins sont immenses.

En Amérique du sud aussi nous nous portons bien, surtout au Brésil, mais nous nous développons également dans d’autres pays de la région. En Europe, la situation n’est pas des meilleures, mais elle est très intéressante car nous avons des jeunes, en Allemagne, comme je disais, mais aussi en Irlande.

Qu'est-ce qui motive les jeunes postulants?

J’ai parlé aux jeunes en Irlande, pour comprendre pourquoi ils sont entrés dans notre congrégation. Et ils m’ont dit que c’est pour l’hospitalité qu’ils ont trouvée chez nos pasteurs, pour l’ouverture aux laïcs, qui fait partie de notre charisme. Saint Vincent Pallotti, en effet, a toujours voulu créer une communauté avec une forte participation des laïcs. Je pense que l’Eglise doit être comme ça, car 90% de l’Eglise d’aujourd’hui est formée de laïcs, qui ne devraient pas être que des spectateurs.

Combien de causes de béatification et de canonisation de Pallotttins ont-elles été ouverte?

Il y a environ 20 cas. Nous avons deux bienheureux en Pologne, des prêtres, Józef Stanek et Józef Jankowski, deux martyrs tués durant la seconde guerre mondiale, en même temps que d’autres Polonais et Allemands. Il y a aussi des martyrs irlandais et argentins, tués durant la période de dictature en Argentine.

Quel est votre message à la famille des Pallotins dans le monde ?

Mon message est de revenir à l’esprit de l’Evangile et de suivre Jésus comme un modèle exemplaire de vie et de perfection chrétienne. Il faut revenir à une profonde décision : faire des œuvres différentes, mais toutes au nom du Christ et de son royaume. L’Eglise est nôtre et nous sommes au service de l’unique Eglise du Christ.