Les défis du mouvement Focolari après Chiara Lubich

Présentation à Rome d'un livre-entretien avec Maria Voce

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 1081 clics

Cinq ans après la disparition de Chiara Lubic, la spiritualité et le charisme du Mouvement des Focolari sont plus vivants que jamais et se déclinent en tant de défis à la fois délicats et enthousiasmants: c’est ce qui ressort d'un livre-entretien avec Maria Voce, l’actuelle présidente des Focolari, intitulé: « Le pari d’Emmaüs. Que font et que pensent les membres Focolari  après Chiara Lubich » (« La scommessa di Emmaus. Cosa fanno e cosa pensano i focolarini nel dopo Chiara Lubich », Città Nuova Editrice, 2012). Un livre dû à Michele Zanzucchi et Paolo Lòriga, respectivement directeur et rédacteur en chef de la revue Città Nuova.

L’ouvrage a été présenté mardi 19 février à Rome, en présence des deux intervieweurs et de personnalités qui ont connu de près la réalité des Focolari.

La conférence était modérée par le journaliste vaticaniste Ignazio Ingrao, qui a dépeint le livre comme un livre « politiquement incorrect, à l’image d’ailleurs de Chiara Lubich qui ne craignait point de l’être » mais guidé par une « capacité à l’écoute qui devient non seulement dimension de vie mais aussi ‘de gouverne’ ».

Dans ses salutations initiales, Gianluigi De Palo, l’assesseur italien à la Famille, à l’Education et aux Jeunes de la commune de Rome, a déclaré avoir absorbé deux principes particuliers de la spiritualité de Chiara : « l’instant présent » et le « Jésus abandonné sur la croix ».

Il a ensuite parlé de la rue, de la gare ou autre toponymie que la commune de Rome veut lui consacrer au plus vite.

Puis l’accent a été mis sur la personnalité « éclairante » de Chiara Lubic qui, comme l’a souligné une journaliste et conductrice tv, Lorena Bianchetti, « apportait de la compréhension au rôle de la femme dans la société et dans l’Eglise » : « Chiara était une femme qui dirigeait mais elle le faisait d’une main ‘maternelle’, elle dirigeait et accompagnait, très loin de toute velléité de « commande » ou de « pouvoir ».

« En cela son expérience peut beaucoup aider à harmoniser les rôles entre l’homme et la femme dans la société d’aujourd’hui, dans une dimension purement complémentaire et paritaire », a-t-elle ajouté.

Il a d’ailleurs été précisé par l’un des co-auteurs, Paolo Lòriga, que ce livre s’adressait à un public plus large que le seul public des Focolari, souhaitant toucher surtout ceux qui ne connaissent pas le mouvement.

Bien que Chiara Lubich ait toujours minimisé son rôle « influent » parmi les catholiques, elle s’est gagnée la grande estime des deux derniers papes, au point qu’en 2003, après le dernier consistoire de Jean Paul II, courrait la rumeur qu’un des cardinaux in pectore était une femme, précisément la fondatrice des Focolari. « Quand j’ai demandé au pape si c’était vrai – a souligné Paolo Lòriga – il n’a rien dit : j’ai interprété cela comme un silence - assentiment… ».

Paolo Lòriga a ensuite rappelé la question qu’avait posée la journaliste Franca Zambonini au cardinal Ratzinger avant qu’il ne devienne pape, s’il y avait des femmes dignes de porter la pourpre. Dans sa réponse, le futur pape indiqua Mère Teresa de Calcutta et Chiara Lubich.

La fondatrice des Focolari, selon le rédacteur en chef de Città Nuova, a aussi été l’emblème de « l’ecclésiologie du concile Vatican II », pour l’implication des laïcs dans la vie de l’Eglise.

Autre enseignement laissé par Chiara Lubich, mis en évidence par Paolo Loriga : l’engagement à un christianisme cohérent dans la vie concrète de tous les jours, où chacun assume une plus grande responsabilité à l’égard de la société ; une sorte de passage idéal «  du moi au nous », dans trois domaines : l’économie, la politique et la communication.

Selon l’autre co-auteur du livre-entretien, Michele Zanzucchi, la continuité du charisme de Chiara Lubich et de Maria Voce, réside aussi dans la dimension universelle de la spiritualité du mouvement – absorbée par exemple aussi par les Maori néozélandais – et dans la manière originale de concevoir le pouvoir de commander et l’autorité.

Les chemins du mouvement des Focolari se croisent de manière providentielle avec ceux du mouvement Action Catholique. Comme a rappelé Benedetto Coccia, professeur d’histoire contemporaine à la Libre Université Saint-Pie V de Rome et président d’Action catholique à Rome, c’est durant un pèlerinage à Lorette d’AC que Chiara Lubich a reçu sa vocation, et c’est à Lourdes durant un autre pèlerinage  de l’AC que Maria Voce reçut la sienne.

Les deux mouvements, a-t-il ajouté, ont le même fil conducteur : la « coresponsabilité des laïcs » dans le « témoignage de l’amour de Dieu », très bien expliqué par le Concile Vatican II.

Durant la conférence, il a également été question de la vocation interreligieuse des Focolari, soulignée entre autres par le théologien musulman tunisien, Adnane Mokrani, professeur d’Etudes islamiques à l’Université pontificale grégorienne et au PISAI, qui a évoqué sa rencontre avec le charisme des Focolari, auquel adhèrent des personnes de toutes les religions, sans renier leur religion d’origine.

Le langage adopté par Chiara Lubich et par son mouvement, a dit le prof. Mokrani, est un langage « compréhensible pour les musulmans », car il exprime des principes que toutes les religions peuvent partager.

La théologien a raconté que la présence des Focolari en Algérie a été porteuse « d’une grande espérance », qu’ils ont montré « l’amour désarmant » de Dieu qui « permet aux personnes d’exprimer tout leur potentiel », leur permettant ainsi de vaincre les tentations de « suprématie », « arrogace » ou « pouvoir » d’une religion sur l’autre.

« Le dialogue rend possible l’impossible », a-t-il souligné, car « la confiance libère », tandis que « la peu limite ».

Interpellé par Ignazio Ingrao sur les questions de la « christianophobie » et de l’ « islamophobie », le prof. Mokrani a répondu que l’ignorance est à la base de tout, racontant qu’en Afrique du nord surtout, beaucoup de musulmans ont vaincu leur préjugés antichrétiens, lorsqu’ils ils ont découvert le « vrai chrétien », plein de charité, très différent du « chrétien imaginaire », stéréotypé , une image qu’ils ont hérité surtout du passé colonial.

Traduction, Océane Le Gall