Les deux poumons de la Terre Sainte

Homélie de Mgr William Shomali à la kehilla de Jérusalem

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ROME, mardi 8 mai 2012 (ZENIT.org) – Les communautés arabophone et hébréophone sont "semblables aux deux poumons par lesquels respire l’église de Terre Sainte", a déclaré Mgr Shomali.

Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du patriarche latin de Jérusalem, a célébré la messe à la kehilla - communauté hébréophone - de Jérusalem, dimanche 6 mai. Durant son homélie, il a encouragé la kehilla à "témoigner de Jésus-Christ au sein de la société juive israélienne", sans se décourager, rappelant à la communauté qu'elle est "la continuation de la première église, issue du judaïsme".

Nous publions ci-dessous le texte intégral de son homélie.

Chers frères et sœurs,

Je suis plein de joie de pouvoir fêter avec vous la fête de Saint Jacques, patron de votre kehilla et de tout votre vicariat. Je voulais depuis longtemps être parmi vous et prier avec vous, et il semble que Dieu ait exaucé ma demande. Votre kehilla est importante pour l’église de Jérusalem. Importante, non par le nombre de ses fidèles, mais par la signification que revêt votre présence ici. Vous constituez la continuation de la première église, issue du judaïsme. De plus, nos communautés, arabophone et hébréophone, sont semblables aux deux poumons par lesquels respire l’église de Terre Sainte. Ou, selon la métaphore qui se trouve dans la lecture d’évangile de ce jour, nous constituons deux sarments recevant leur sève et leur force de la même vigne, laquelle est Jésus le Christ notre Sauveur. Je prie pour que vous continuiez à témoigner de Jésus Christ au sein de la société juive israélienne.

Ce n’est pas là une mission facile, pas plus qu’elle ne fut facile à l’apôtre Paul. C’est ce même Paul qui est au centre de la première lecture de ce jour. Après sa surprenante conversion, il se heurte à une résistance farouche de la part de ses frères juifs. Cependant celui qui se heurte à une résistance croît aussi en force avec l’aide du Saint Esprit. Nombreux furent parmi les Juifs et parmi les nations ceux qui découvrirent grâce à lui que Jésus est le Messie. Les difficultés et les défis qui se trouvent sur notre route, ne doivent pas nous décourager. Le fait que nous constituons une petite minorité, parmi les Musulmans comme parmi les Juifs, ne doit pas susciter en nous de complexe, ni nous porter au découragement.

La première communauté de Jérusalem était pleine de force malgré ses faiblesses et le petit nombre de ses fidèles. En cette période, elle prit de l’assurance sous l’action de l’Esprit Saint : « A cette époque, l’église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Elle se construisait et avançait dans la crainte du Seigneur, et croissait en nombre sous l’encouragement de l’Esprit Saint » (Actes 9 :31).

Si vous le permettez, j’aimerais maintenant m’arrêter un peu sur la métaphore de la vigne qui se trouve dans la lecture d’évangile de ce jour. Elle constitue pour nous une leçon merveilleuse.

Dans l’Ancien Testament, la vigne symbolise le peuple d’Israël. Lorsque Israël écoutait le Seigneur, la vigne portait du fruit. Dès l’instant où le peuple ne suivait plus la Torah du Seigneur, la vigne devenait stérile. Dans le contexte de la lecture de ce jour, la vigne est Jésus Christ, et nous avons l’honneur d’être ses sarments.

J’ai été impressionné par le nombre de fois où Jésus, selon l’évangéliste Jean, emploie le verbe « demeurer » (au sens de « rester ») pour décrire la relation de la vigne et du sarment. J’ai compté 11 occurrences. Dans la seconde lecture également ce verbe apparaît deux fois. Voilà qui indique assez l’importance de ce verbe :

Les disciples doivent demeurer dans le Christ comme lui-même demeure en eux. Le sarment doit demeurer dans la vigne. La parole de Jésus doit demeurer dans les disciples. Les disciples demeurent dans l’amour de Jésus s’ils gardent ses commandements. Le fruit des disciples doit demeurer.

Une autre expression revient avec insistance : porter du fruit. Nous la trouvons six fois dans les lectures de ce jour.

Ce n’est pas difficile à comprendre : le lien est étroit entre demeurer en Jésus et porter du fruit – c’est un lien de cause à effet. On pourrait définir ainsi le verbe « demeurer » : rester, rester uni avec, s’installer en un seul lieu et dans la situation qui est donnée, continuer d’exister, persister dans les difficultés. Ces synonymes nous aident à comprendre de quoi il s’agit. Cependant, l’évangile décrit un état surnaturel que l’on ne peut exprimer par ces mots, et la métaphore de la vigne est le meilleur chemin pour prendre conscience du lien vital merveilleux qui nous unit à Jésus.

On peut s’interroger : comment Jésus demeure-t-il en nous ? De trois manières :

1. Tout d’abord au moyen de sa parole : Jésus demeure en nous si nous demeurons dans sa parole : « Si vous demeurez en moi et que ma parole demeure en vous » (Jean 15 :7). Jésus et sa parole sont un. Lorsque nous l’entendons, nous nous unissons à lui. Ses paroles constituent la sève vitale qui jaillissent de la vigne et qui irriguent les sarments afin qu’ils portent du fruit. Demandons-nous : méditons-nous quotidiennement un passage des écritures afin que nous demeurions en lui et lui en nous ? Puisons-nous force et consolation dans la méditation quotidienne de l’évangile ? Le dernier Synode consacré au Moyen Orient demandait aux fidèles d’entretenir un lien quotidien avec la parole de Dieu. C’est cette parole qui doit être notre pain quotidien. De plus, la parole de Dieu et sa loi sont une seule chose, qu’exprime en hébreu le mot « davar ». La parole de Jésus demeure en nous lorsque nous accomplissons ses commandements. Selon la seconde lecture : « Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean 3 :24).

2. La seconde manière de demeurer en lui est l’amour. Qu’il nous suffise de citer à ce sujet Jésus lui-même : « De même que le Père m’a aimé, moi aussi je vous aime. Demeurer en mon amour. Si vous demeurez fidèles à mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure en son amour. Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. (Jean 15 : 9-10 ; 12). À nouveau, demandons-nous : aimons-nous nos voisins et nos collègues de travail ? Sommes-nous prêts à leur pardonner le mal qu’ils nous ont fait ? Sommes-nous prêts, comme l’apôtre Paul, à marcher à la suite de Jésus et à détruire le mur de la haine ? Aimons-nous du fait d’un intérêt humain, ou pour Dieu ? Demeurer en Jésus signifie : demeurer dans son amour et dans l’amour de nos frères et sœurs.

3. La troisième façon de demeurer en Jésus est l’Eucharistie. Le mystère de l’Eucharistie révèle notre unité avec lui, mieux encore que ne le fait la métaphore de la vigne. L’image de la nourriture est une image particulièrement forte. Quoi de plus fort que la manducation de ce pain qui, dans l’acte de le manger, devient partie intégrante de notre corps ? Quoi de plus fort que de boire ce vin qui s’incorpore à notre sang ? Combien forte est l’expression de Jésus: Mangez ma chair et buvez mon sang ! Cette expression marquante est destinée à nous délivrer le message de son unité avec nous. L’image ici dit plus que les mots. L’image produit ce qu’elle désigne, et éclaire à la fois ce qu’elle produit.

Pour conclure : j’aimerais discuter des fruits que portent les sarments : que sont ces fruits ? Ce sont ces mêmes fruits que mentionne l’épître aux Galates : « Voici les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » (Galates 5 :22). Tous, nous aspirons à porter de tels fruits dans nos vies. Quelles sont les conditions pour porter du fruit ? La condition est de demeurer dans la vigne et d’être purifié. Quelle est la condition de porter des fruits d’amour, de joie, de paix, de patience, de générosité, de bonté etc. ? La condition est de demeurer dans l’unité avec Jésus en écoutant sa parole, en demeurant fidèle à son amour, en gardant ses commandements, en accueillant les difficultés de la vie au moyen desquelles le Seigneur nous purifie.

Chers frères et sœurs,

Nous approchons du moment de la communion. Désirons ensemble ce moment où Jésus lui-même, vigne spirituelle, vient s’unir à nous, faibles sarments. C’est là le paradoxe qu’implique notre foi : dans la nature, le sarment est greffé sur la vigne, mais ici c’est la vigne qui vient faire vivre le sarment. La métaphore nous enseigne combien le Seigneur nous aime. C’est lui qui nous a aimés le premier, et lui le premier à demeurer à jamais fidèle à ses promesses. C’est pourquoi nous sommes invités à le louer dans le psaume : « Au sein de l’assemblée je te louerai » (Ps 22 :23). Je vous demande de redire avec moi ces mots : « Au sein de l’assemblée je te louerai ».

+ William Shomali