Les devoirs du prêtre, par le card. Piacenza

Prier pour la sanctification du peuple de Dieu

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Propos recueillis par Antonio Gaspari
Traduction d’Océane Le Gall
ROME, vendredi 15 juin 2012 (ZENIT.org) – A l’occasion de la Fête du Sacré-Cœur de Jésus, Journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres, ce vendredi 15 juin, et à la veille du deuxième anniversaire de l’Année sacerdotale, le préfet de la Congrégation pour le clergé, le cardinal Mauro Piacenza, invite à prier pour l’identité, la sanctification et la mission de tout le peuple de Dieu.

Dans un monde où l’image du prêtre semble bouleversée par le chaos, la confusion, les doutes et les tentations, le cardinal Piacenza affirme sa foi en Dieu et sa confiance dans tout le bien que les prêtres répandent dans le monde.

Pour connaître les raisons de cette foi et de cette confiance, ZENIT a rencontré le préfet de la congrégation.

Zenit - Quelle est la signification de fêtes comme la fête du Sacré-Cœur de Jésus et l’Année sacerdotale ? Quel rapport entre elles?

Card. Piacenza - La mission est certainement la clef qui permet d’interpréter ces deux évènements. L’Année sacerdotale, qui fut un événement exceptionnel voulu par le Saint-Père Benoît XVI, avait pour but de souligner les liens profonds qui existent entre l’identité et la mission des prêtres, reconnaissant que ces deux éléments se correspondent: le sacerdoce ministériel est pour la mission et c’est dans la mission que se définit l’identité sacerdotale. La journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres est, par contre, un rendez-vous annuel que chaque Eglise particulière est appelée à célébrer, pour manifester cette communion et cette réciprocité dans la prière, qui doit caractériser tout le peuple de Dieu, appelé à implorer du Seigneur le don de Saints pasteurs.

Du reste, le sacerdoce est un ministère au service du sacerdoce commun de tous les baptisés, qui s’accomplit, concrètement, en répondant à l’appel universel de sainteté.

Mais une journée de prière pour la sanctification du Clergé, est-elle à ce point nécessaire ? Et pourquoi précisément le jour de la fête du Sacré-cœur ?
De la prière, « nunquam satis », il n’y en a jamais assez! Prier pour la sanctification des prêtres signifie, en un certains sens, prier pour la sainteté de tout le peuple de Dieu, confié à leur ministère. Et puis c’est l’occasion de favoriser la communion et l’attention réciproque par la prière, entre membres du même presbyterium, dans un espace de temps presque idéal qui va de la Messe chrismale à la Fête du sacré-Cœur de Jésus, embrassant les mystères fondamentaux de notre foi et les faisant contempler dans une approche sacerdotale.

Enfin, comme a dit le Curé d’Ars, « le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus », qui renvoie à cette intimité et cette identification que chaque prêtre doit toujours avoir avec le Seigneur et qui indique en même temps l’amour et la charité de Jésus « bon pasteur », vers lequel chaque exercice du ministère ordonné doit tendre. La charité pastorale est la vraie clef de lecture de cette journée de prière.

Et comment insérer tout cela dans la perspective de l’Année de la foi?

L’Année de la Foi a été voulue par le Saint-Père pour commémorer deux anniversaires importants, l’un dépendant de l’autre. Tout d’abord, le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile œcuménique Vatican II et le 20ème anniversaire de la promulgation du Catéchisme de l’Eglise catholique, qui est le catéchisme du Concile Vatican II !

Encore une fois, les prêtres sont appelés à offrir leur généreuse contribution, aussi durant l’Année de la foi, pour mettre en œuvre les indications du pape, rappelant que c’est précisément dans la mission et l’œuvre d’évangélisation que l’identité sacerdotale se renforce. Lire et, en un certain sens, « redécouvrir » le Concile, dans toute sa valeur prophétique et missionnaire, est une des tâches les plus urgentes, aujourd’hui, dans l’Eglise.

Vous pensez que le Concile n’est pas assez connu?

Je pense que l’Eglise est toujours guidée par l’Esprit Saint et donc que des textes comme ceux du Concile, même après 50 ans, peuvent et doivent continuer à parler à tout le Corps de l’Eglise, et en particulier à tous les prêtres, évitant soigneusement la tentation, toujours possible, d’un « archivage » précoce et superficiel.

Le Concile, comme l’ont plusieurs fois rappelé le bienheureux Jean Paul II et Benoît XVI, est une « boussole » pour le troisième millénaire et, par conséquent, pour chaque œuvre d’évangélisation et de nouvelle évangélisation. Une bonne herméneutique est une condition, et non un obstacle, à la connaissance du Concile. Il suffit de penser, par exemple, et je m’en souviens parfaitement, à l’impact qu’a eu l’Encyclique Evangelii Nuntiandi, du Serviteur de Dieu, le pape Paul VI, où l’impulsion missionnaire du Concile est perçue déjà de manière prophétique pour l’époque.

Eminence, vous parlez de « mission » : est-ce l’urgence d’aujourd’hui dans l’Eglise? Pensez-vous qu’il y ait un « déficit » missionnaire ?

La mission n’est pas une des « activités » du Corps ecclésial, mais c’est ce qui caractérise, essentiellement, son identité. Sans mission, il n’y a pas d’Eglise et vice-versa! L’Eglise est totalement liée à la mission, à la rencontre des hommes, de tout temps, de tout lieu et toute culture, avec le Seigneur Ressuscité. Porter à tous l’annonce du Royaume et le salut : tel est le devoir essentiel de l’Eglise! Une tâche qui, selon les époques et les circonstances, se décline sous différentes formes, mais qui conserve toujours son noyau essentiel, fait d’obéissance aux ordres de Jésus: « Allez dans le monde entier annoncer l’Évangile à chaque créature ».

Si les hommes d’Eglise, tous les baptisés, et les prêtres en particulier, perdaient cet élan vital de la mission, c’est un aspect essentiel de l’identité baptismale qui serait atteint et, sous certains côtés, celui de la foi chrétienne.

La Lettre publiée à l’occasion de cette Journée, présente sur le site de la congrégation (www.clerus.org) affirme que la sanctification du clergé « n’est pas contredite par nos défaillances personnelles, ni par les fautes de ceux qui ont parfois déshonoré le sacerdoce aux yeux du monde » : peut-on dire que « l’urgence-clergé » est finie ?

Non. L’urgence est avant tout celle des blessures provoquées par les coups de certains et, tant que ces blessures ne sont pas cicatrisées, il est impossible de parler de guérison. Certainement, nous avons tous tiré une leçon fondamentale de ce qui s’est passé : il ne faut jamais baisser la garde, car le mal est « comme un lion rugissant à la recherche de quelqu’un à dévorer ».

Les outils d’une sanctification ordinaire et un haut niveau de spiritualité sont les préalables indispensables pour souhaiter un avenir où certains épisodes ne seraient plus qu’un mauvais, et terrible, souvenir.

Nous ne serons jamais complètement saints dans cette phase terrestre du Royaume, mais nous pouvons et devons certainement tendre vers la sainteté, en utilisant tous les moyens que l’Eglise nous donne, pour arriver à une vie communautaire et un zèle missionnaire, pour toutes les âmes. La passion d’annoncer le Christ est la vraie « mesure » de la température de la foi d’une époque! Que la Vierge Marie, Etoile de la mission, nous assiste.