Les éléments fondateurs d'une bonne politique, selon le pape François

Réflexions sur "Evangelii gaudium"

Rome, (Zenit.org) Carmine Tabarro | 736 clics

Parmi toutes les indications offertes sur plus de 250 pages, l’exhortation apostolique du pape François « Evangelii gaudium » aide à analyser plus profondément les problèmes politiques (au sens grec de la « polis » dans sa dimension à la fois sociale, politique et relative aux valeurs) que l’Europe traverse actuellement.

Il faut préciser que ce n’est pas là le but de « Evangelii gaudium » : sa nature, en effet, est strictement théologique. Malgré cela, les paroles du pape François sont riches d’une force rénovatrice qui sème largement des indications utiles pour aider notre société mondialisée tout entière à sortir de cette longue nuit et à regarder l’avenir avec espérance.

La période sombre que notre continent traverse actuellement ne pouvait pas ne pas impliquer aussi la dimension politique. Nous nous trouvons, en effet, devant une crise anthropologique qui a des conséquences éthiques, sociales, culturelles et économiques. La crise politique détermine la croissance du phénomène du « populisme », une des pires pathologies qui puisse affecter une démocratie.

Comme l’enseigne l’histoire, il s’agit d’une « maladie » qui se manifeste toujours avec les virus de l’antipolitique : ils apparaissent chaque fois que la politique perd l’ethos du bien commun et la force des vertus civiles. Le populisme privilégie le rapport direct avec le peuple et avec la rue, au lieu de passer à travers les institutions et les règles de médiation politique qui sont le propre de la démocratie représentative et de la subsidiarité. C’est une pathologie dangereuse parce que, si elle n’est pas soignée rapidement, elle délégitime les institutions et les règles démocratiques, en créant un terrain fertile pour l’indifférence, le pragmatisme utilitariste et fonctionnel, et en générant des formes inacceptables de tolérance.

La participation active des chrétiens en Europe

Les catholiques et les chrétiens européens ne peuvent pas assister passivement à la dissipation du patrimoine culturel auquel ils ont contribué à donner vie pendant deux mille ans, en payant souvent le prix du martyre. Serait-il possible d’oublier la participation décisive des chrétiens à l’élaboration de la civilisation européenne, à la naissance du concept de personne, de vie démocratique et civile, de valeurs, de bien commun, de fraternité et de justice sociale, en mettant la personne et la création au centre ?

Il suffirait de rappeler le rôle des chrétiens au siècle dernier, pour comprendre tout cela : la reconstruction d’après-guerre, la renaissance de la démocratie après le nazisme et le fascisme du vingtième siècle, la juste bataille contre le totalitarisme des régimes communistes de l’est, l’idée et la construction de la « maison commune » européenne fondée sur les principes chrétiens.

On trouve justement divers antidotes contre le populisme et l’antipolitique dans « Evangelii gaudium », en particulier lorsque le pape parle de la « culture de la rencontre », un fondement traditionnel de l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église sur l’engagement politique des chrétiens.

Avec la « culture de la rencontre », le pape souligne aussi la nécessité d’une « Église qui sort », qui parle indistinctement à tous. La « révolution » de Bergoglio, sa volonté fermement attachée à l’authenticité de la foi, ouvre aussi de nouveaux horizons pour l’engagement social et politique des chrétiens.

Les éléments fondateurs d’une bonne politique

Plus précisément, certains paragraphes proposent, en complète continuité avec Vatican II et le récent Magistère social, les éléments fondateurs d’une bonne politique, comprise comme une vocation et non comme une profession. « La politique, tant dénigrée, écrit le pape François, est une vocation très élevée, c’est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ».

Des paroles qui rappellent l’encyclique « Caritas in veritate » de Benoît XVI, dans laquelle, au point 2, il invitait à se convaincre que la charité « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux et en petit groupe, mais aussi des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». À quelques années de distance, le pape François adresse donc à Dieu cette prière : « qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la société, le peuple, la vie des pauvres ! » (Evangelii gaudium, n. 205).

Dans le même paragraphe, le pape François ne s’adresse pas seulement aux fidèles chrétiens laïcs, mais il propose aussi une voie sûre pour une politique qui « cherche le bien commun ». Dans ce sens, il décline les quatre « critères évangéliques, nécessaires pour développer une culture de la rencontre dans une harmonie multiforme » (id. n. 220) : le temps est supérieur à l’espace (222-225) ; l’unité prévaut sur le conflit (226-230) ; la réalité est plus importante que l’idée (231-233) ; le tout est supérieur à la partie (234-237). On peut les synthétiser tous les quatre en affirmant que le bien commun est la fin même de la politique.

À travers ces indications, le Saint-Père demande l’engagement de tous pour une bonne politique qui implique non seulement les chrétiens engagés mais, comme le disait don Luigi Sturzo (prêtre et homme politique italien du XXe siècle, ndlr), « tous ceux qui sont libres et forts » (Appel du 18 janvier 1919), afin de surmonter la grave crise actuelle avec ses dangereuses pathologies dont nous venons de parler. En même temps, l’enseignement du pape ouvre aux politiques chrétiens des perspectives nouvelles et plus amples : être tous missionnaires, c’est-à-dire porteurs d’un idéal politique élevé, fondé sur la culture de la rencontre, éclairé par les valeurs transcendantes et guidé par des critères laïcs qui peuvent être partagés par tous.

Traduction d’Hélène Ginabat