Les "enfants soldats", un scandale dénoncé, mais pas vraiment combattu

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CITE DU VATICAN, Jeudi 18 novembre 2004 (ZENIT.org) – "A peine mes frères et moi-même avons été capturés, la LRA (Lord’s Resistance Army – Armée de résistance du seigneur) nous a expliqué que cinq frères ensemble n'auraient pas pu servir dans ses rangs car nous n'aurions pas bien travaillé. Ils ont alors attaché mes deux frères les plus jeunes et nous ont invité à regarder. Ils commencèrent à les frapper avec des bâtons jusqu'à la mort. Ils nous ont dit que nous aurions eu ainsi plus de force pour combattre. Mon frère le plus jeune avait 9 ans".



L’agence missionnaire italienne Misna publie ce témoignage d'un ex-enfant soldat ougandais qui évoque l'expérience de son tragique enrôlement dans la LRA, pour dénoncer un scandale contre lequel peu est fait au niveau des gouvernements et des institutions internationales.

On estime que la LRA de Joseph Kony est responsable, dans le nord de l'Ouganda, de l'enlèvement de plus de 100.000 personnes.

Ce témoignage est l’un des nombreux témoignages diffusés par la "Coalition pour interrompre l'emploi d'enfants soldats" ("Coalition to stop the use of child soldiers"), lors de la journée de présentation à Londres, siège de la coalition d'organisations humanitaires et pacifistes, de son rapport global.

Ce rapport constitue "la récolte la plus vaste et la plus complète sur la dimension du phénomène à l'échelle mondiale" comme le souligne Amnesty International, membre de la coalition avec des dizaines d'autres organisations nationales et internationales basées dans de nombreux pays dans le monde entier.

Dans ce rapport, la Coalition souligne l'emploi d'enfants soldats dans de nombreux conflits en cours sur tous les continents. Elle dénonce le faible engagement du Conseil de sécurité des Nations Unies, de l'Union européenne, du G8 et des pays séparément, dans l'application et le respect de la mesure qui interdit le recours à des combattants âgés de moins de 18 ans.

Il est difficile de fournir des chiffres sur le nombre total de mineurs utilisés dans les divers conflits: le chiffre d'au moins 300.000 "bébés combattants" semble digne de foi, commente Misna.

Le rapport fait savoir que de 2001 à ce jour des dizaines de groupes armés ont employé des enfants soldats dans au moins 21 conflits locaux ou régionaux en cours, "en les entraînant à l'usage des armes et des explosifs et en les soumettant à des violences sexuelles, à des travaux forcés".

Les Etats-Unis, selon la Coalition, continuent d'enrôler des mineurs dans les rangs de leur armée.

Bien que le document examine la situation dans 196 pays, avec une attention particulière par exemple au cas colombien ou à celui de l'est de la République démocratique du Congo, où des dizaines de milliers de petits combattants, même âgés de 12 ans, sont utilisés dans des batailles comme espions, comme porteurs ou simplement comme esclaves, mais aussi à des situations comme celles du Burundi, du Myanmar, ou de la Côte d'Ivoire.

A propos de la Colombie, le rapport indique que "14.000 fillettes et garçonnets ont été employés comme enfants soldats par des groupes armés de l'opposition et par les paramilitaires qui reçoivent le soutien du gouvernement" de Bogota.

Enfin, la Coalition demande aux gouvernements d'interdire toute forme de recrutement de personnes de moins de 18 ans dans les forces armées et de procéder à une application complète du traité des Nations Unies sur les enfants soldats, jugé un instrument utile pour réduire le nombre d'enfants impliqués dans les conflits.

Mais "au moins 60 gouvernements, dont ceux de l'Australie, de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Hollande et du Royaume-Uni continuent de recruter légalement des enfants de 16 et 17 ans" fait savoir Amnesty International dans un communiqué.