Les évêques du Togo lancent un appel à prier pour la paix dans le pays

Déclaration de la conférence épiscopale

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ROME, dimanche 27 février 2005 (ZENIT.org) – Nous reproduisons ci-dessous la déclaration que les évêques du Togo ont publiée au terme de leur session ordinaire qui s’est tenue à Lomé du 15 au 18 février.



Les évêques lancent un appel à la prière pour surmonter l’actuelle situation d’instabilité sociale et politique qui règne depuis la mort le 5 février dernier du président de la République togolaise, Gnassingbé Eyadéma. Les évêques rappellent que l’un des principaux défis du pays est celui d’une bonne gestion des affaires publiques et de la lutte contre la corruption.


DÉCLARATION DE LA CONFÉRENCE DES EVÊQUES
DU TOGO Á L’ISSUE DE SA SESSION ORDINAIRE
DE FÉVRIER 2005


Chers Fidèles dans le Christ,
Et vous tous, chers Compatriotes,
Hommes et Femmes de bonne volonté,



1. Le 05 février 2005 au soir, le Togo tout entier retenait son souffle à l’annonce de la nouvelle si inattendue du décès du Chef de l’Etat, le Président de la République Togolaise. Et une fois encore, en ces moments bien pénibles et si douloureux, les Evêques du Togo que nous sommes présentent leurs vives et priantes condoléances à la famille de l’illustre disparu, au Gouvernement et au Peuple togolais. Du reste, à l’occasion de notre Session Ordinaire tenue à LOMÉ du 15 au 18 février 2005, nous n’avons pas manqué de prier pour celui qui vient de nous quitter brusquement, en implorant la Miséricorde de Dieu en sa faveur.

2. Il y a une semaine, nous nous étions joints aux Autorités de l’Eglise Méthodiste et de l’Eglise Evangélique Presbytérienne pour prier et réfléchir ensemble ; et, au terme d’une journée de travail et de concertation fraternelle fructueuse, un Message commun des Autorités Religieuses du Togo sur la situation socio-politique actuelle de notre pays a été adressé aux Chrétiens et Chrétiennes et aux Hommes et Femmes de bonne volonté.

3. Aujourd’hui, à l’issue de ces quatre jours de travaux intenses, de prières régulières et de concertation pastorale, au début du Carême, ce temps fort et favorable de conversion, de cheminement spirituel vers Pâques, nous, Evêques de l’Eglise-Famille de Dieu au Togo, avons jugé juste et bon de nous adresser à tous nos fidèles catholiques et aux hommes et femmes de bonne volonté pour les inviter tous à faire preuve de discernement et de pondération, et à intensifier les demandes, les prières et les supplications au Dieu trois fois Saint, afin que nous puissions tous mener une vie calme et paisible (cf. I Tm. II, 1-2).

4. Oui, comme vous pouvez bien le comprendre, pour chacune et chacun d’entre nous, pour nous tous, plus que jamais l’heure est au recueillement, à la réflexion profonde et à la méditation en vue de tirer des leçons mûries de lucidité et de sagesse au cœur même de la situation socio-politique que nous connaissons et vivons actuellement au Togo.

5. Serviteurs de l’Evangile de Jésus Christ pour l’espérance du Togo, de l’Afrique et du monde, nous percevons de mieux en mieux avec le Pape Jean-Paul II que « le plus grand défi pour réaliser la justice et la paix en Afrique consiste à bien gérer les affaires publiques dans les deux domaines connexes de la politique et de l’économie » et que « beaucoup de problèmes du Continent sont la conséquence d’une manière de gouverner souvent entachée de corruption » (L’Eglise en Afrique, N° 110). En conséquence, les fondements d’un bon gouvernement demandent à « être établis sur la saine base de lois qui protègent les droits et définissent les devoirs des citoyens » (L’Eglise en Afrique,
N° 112).

6. Quand l’on sait bien que la Constitution de la IVe République adoptée par Référendum et dûment promulguée le 14 octobre 1992 est à exécuter comme LOI FONDAMENTALE de la République Togolaise (art. 159) et que « Tout citoyen a le devoir sacré de respecter la Constitution ainsi que les lois et règlements de la République » (art. 42), alors il faut reconnaître honnêtement que la gymnastique laborieuse que nous vivons ces jours-ci au Togo s’inscrit dans une logique très dangereuse qui ne fait point honneur à notre pays.

7. Le Dieu bienveillant et pacifique que nous adorons et servons nous invite et nous exhorte, pour sa part, à éviter pour de bon les injustices politiques qui ne peuvent que provoquer des tensions violentes, nuisibles et inutiles.

8. Hommes de l’espérance parce que nous savons que l’histoire humaine est guidée par Dieu, un Dieu qui nous aime et qui sait écrire droit même sur les lignes courbes (cf. Card. G. B. RE, « L’Evêque messager et témoin de l’espérance », in Christianisme et humanisme en Afrique, p. 193), nous encourageons vivement nos laïcs chrétiens engagés dans les luttes démocratiques selon l’esprit de l’Evangile et en bonne et dynamique intelligence avec tous les autres citoyens à être « le signe d’une Eglise qui se veut présente à la construction d’un véritable Etat de droit » (cf. L’Eglise en Afrique, N° 112) au Togo.

9. Parce que la politique demeure un art très noble mais difficile auquel doivent bien se préparer ceux et celles qui sont capables de l’exercer, « ils lutteront avec intégrité et prudence contre l’injustice et l’oppression, contre l’absolutisme et l’intolérance, qu’ils soient le fait d’un homme ou d’un parti politique, et ils se dévoueront au bien de tous avec sincérité et droiture, bien plus, avec l’amour et le courage requis par la vie politique » (L’Eglise dans le monde de ce temps, N° 75, § 6).

10. Ainsi donc, fils et filles bien-aimés dans le Christ, et vous tous, hommes, femmes et jeunes de bonne volonté, « joyeux dans l’espérance, patients dans l’épreuve et persévérants dans la prière » (Rom. XII, 12) pour la paix des cœurs, la concorde, la compréhension mutuelle et le souci aigu du bien commun, par cette brève Déclaration, nous vous invitons solennellement, en ces moments graves, à ne jamais perdre de vue que « l’avenir est entre les mains de ceux et celles qui auront su donner aux générations d’aujourd’hui et de demain de réelles raisons de vivre et d’espérer » (cf. L’Eglise dans le monde de ce temps, N° 31, § 3).

11. Pour que vous puissiez être en mesure d’œuvrer réellement comme lumière du monde, sel de la terre, levain dans la pâte et artisans de paix, nous vous demandons avec insistance, chers fidèles, de continuer avec ferveur la prière quotidienne pour la PAIX AU TOGO. Que dans les Cathédrales et les Paroisses principales soient célébrées des Messes pour la Justice et la Paix, pour demander le pardon des péchés, pour la réconciliation.

12. Daigne le Seigneur tourner vers nous son visage et nous apporter la paix ! Oui, « que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom. XV, 13) !


Fait à Lomé, le 18 février 2005

L’ARCHEVÊQUE ET LES EVÊQUES DU TOGO

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