Les femmes doivent être "valorisées", pas "cléricalisées"

Entretien avec le pape François dans "La Stampa"

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1102 clics

« Les femmes dans l’Église doivent être valorisées, pas "cléricalisées" », déclare le pape François dans un entretien accordé au journaliste Andrea Tornielli, à la Maison Sainte-Marthe, le 10 décembre 2013.

Dans cet entretien, publié le 15 décembre sur le quotidien italien « La Stampa », le pape s'exprime entre autres sur le mystère de Noël, la réforme de la Curie, l'oecuménisme.

La réforme, d'abord spirituelle

Évoquant l'exhortation apostolique « La joie de l’Évangile / Evangelli gaudium », où il a invité à ne pas fermer les portes des sacrements « pour n'importe quelle raison » (47), le pape souligne qu' « on doit gouverner avec audace et avec prudence ». Il rappelle aussi que si les divorcés remariés ne peuvent accéder à la communion, « ce n'est pas une sanction ».

Le pape aborde également les travaux du « groupe des huit cardinaux », conseillers pour la réforme de la Curie : « Le travail est long... Le cardinal Bertello a recueilli les avis des dicastères du Vatican. Nous avons reçu des suggestions d'évêques du monde entier... c'est le moment d'apporter des propositions concrètes. Lors de la prochaine rencontre, en février, ils me donneront leurs premières suggestions. Je suis toujours présent aux rencontres, mais je ne parle pas, j'écoute seulement. »

Il poursuit : « Un vieux cardinal m'a dit il y a quelque temps : "Vous avez déjà commencé la réforme de la Curie avec la messe quotidienne à Sainte-Marthe". Cela m'a fait réfléchir : la réforme commence toujours par des initiatives spirituelles et pastorales avant les changements structurels ».

Y aura-t-il des « femmes cardinales » ? « Les femmes dans l’Église doivent être valorisées, pas "cléricalisées". Celui qui pense aux femmes cardinales souffre un peu de cléricalisme », répond le pape.

Noël, la patience de Dieu

Le pape médite sur Noël, « la rencontre avec Jésus... la rencontre de Dieu avec son peuple. Pour moi Noël a toujours été ceci : contempler la visite de Dieu à son peuple ».

Noël « est aussi un mystère de consolation », ajoute-t-il : « C'est une annonce de joie. Les évangélistes ont décrit une joie. Ils ne font pas de considération sur le monde injuste... Noël n'est pas la dénonciation de l'injustice sociale, de la pauvreté, mais une annonce de joie. »

Cette joie est « une joie de Dieu, intérieure, de lumière, de paix », explique le pape, qui fait observer que celui qui « est dans une situation humaine qui ne permet pas de comprendre cette joie vit la fête dans une gaieté mondaine », ce qui est « différent de la joie ».

En ces temps de conflits, poursuit-t-il, « Noël est aussi un appel de Dieu, qui donne ce don. Voulons-nous le recevoir ou préférons-nous d'autres cadeaux ? Ce Noël dans un monde tourmenté par les guerres me fait penser à la patience de Dieu, qui attend, qui ne se lasse pas d'attendre ».

Terre Sainte en préparation

« On ne peut penser à Noël sans penser à la Terre Sainte », souligne le pape François, rappelant la visite de Paul VI il y a cinquante ans en 1964: « je désire moi aussi y aller, pour rencontrer mon frère Bartholomaios, patriarche de Constantinople, et commémorer avec lui cet anniversaire en renouvelant l'étreinte entre le pape Montini et Athenagoras à Jérusalem. Nous nous y préparons ».

Pour le pape, « l’œcuménisme est prioritaire » : « c'est une souffrance de ne pas pouvoir encore célébrer l'eucharistie ensemble, mais il y a de l'amitié [entre nous] et c'est la route à suivre : amitié, travail commun, prière pour l'unité ».

En outre, « aujourd'hui existe l’œcuménisme du sang. Dans certains pays les chrétiens sont tués parce qu'ils portent une croix ou possèdent une Bible, et avant de les tuer on ne leur demande pas s'ils sont anglicans, luthériens, catholiques ou orthodoxes ».