Les Fermes de l’espérance : travail et Parole de Dieu contre la dépendance chez les jeunes

Entretien avec le fondateur, frère Hans Stapel

| 1928 clics

ROME, Samedi 12 mai 2007 (ZENIT.org) – Dans le cadre de son voyage apostolique au Brésil, le pape Benoît XVI s’est rendu ce samedi matin à Guaratingueta pour une visite à la maison-mère des « Fazendas da Esperança » (les Fermes de l’espérance), des centres de réhabilitation par le travail et la Parole de Dieu, pour les jeunes qui souhaitent guérir d’une dépendance de la drogue, de l’alcool, du jeu de hasard, etc.



Situé à 30 km environ du Sanctuaire d’Aparecida, ce centre de réhabilitation a été fondé en 1983 sur initiative du frère franciscain Hans Stapel, 62 ans, dans le sillage de la spiritualité des Focolari. On compte actuellement 31 fermes de l’espérance dans tout le Brésil.

Dans cet entretien à Zenit, le frère allemand révèle le « secret de son succès » – 84% de jeunes ont réussi à vaincre leur dépendance – et de ses attentes concernant la visite du pape.

Zenit : Frère Hans, quelle est la spécificité d’une « Ferme de l’espérance » ? Quel est le « secret de son succès » dans la dépendance de la drogue ?

Fr. Hans Stapel : Je pense que notre secret est la simplicité. Nous ne faisons rien de compliqué. Nous vivons selon les préceptes de l’Evangile, nous travaillons et sommes heureux de notre travail. Notre centre est comme une grand famille où vivent des jeunes entre douze et quatorze ans, et avec lesquels nous pouvons donc dialoguer, prendre des responsabilités en commun et – ceci est très important – fonder sa propre vie de tous les jours sur la Parole.

La Parole de l’Evangile n’est autre qu’une école d’amour, où l’on apprend à vivre pour l’autre et à ne pas penser à soi : car pour résoudre ses problèmes, il est impératif de se libérer d’abord totalement de sa personne.

Ce qui conduit à la drogue dérive de toutes ces autres dépendances qui proviennent de l’égoïsme. Ce que nous devons faire c’est sortir de cet égoïsme.

Zenit : Vous venez d’en parler indirectement : la drogue est une forme précise de dépendance. En règle générale, comment une personne peut-elle sortir de l’ « emprisonnement de sa propre dépendance » ?

Fr. Hans Stapel : Elle y arrive dès l’instant où elle commence à sortir d’elle-même. Elle doit apprendre à penser aux autres. Ce n’est qu’à travers les autres qu’elle arrivera à se trouver. Cette vision du « moi » est une vision des temps modernes – moi je, moi je, moi je; je dois me réaliser etc. – qui est fatale. Je me réalise quand j’aime les autres.

Zenit : De quelle manière les jeunes qui se trouvent chez vous arrivent-ils à faire ce premier pas, et à se libérer d’eux-mêmes ?

Fr. Hans Stapel : Tout simplement en venant chez nous et en apprenant le nouveau style de vie qu’ont adopté ceux qui se trouvent déjà ici. Ils peuvent ainsi commencer eux aussi une vie nouvelle. Tout devient naturel. Leur accueil se fait dans l’harmonie : tous ensemble ils commencent à travailler tôt le matin, tous ensemble ils essaient de vivre la Parole, et finissent par apprendre le reste également.

Au début, quand ils ont des difficultés, on en parle, mais toujours de façon concrète. On ne fait jamais de théorie. Nous n’avons pas de cours. Chez nous, la vie est vécue. C’est là que se trouve le secret. Il faut commencer. La vie est facile. Les choses se compliquent lorsque l’être humain agit seul, sans Dieu.

Dieu a dit les choses de manière très simple : l'amour que vous avez donné au plus petit et à votre prochain, c’est à moi que vous l’avez donné. Commencer à vivre pour l’autre est source de grande joie. Ceux qui donnent, seront accueillis ; ceux qui se perdent, retrouveront leur chemin. C’est ça le secret.

Ceux qui vivent ici le vivent et sont heureux. Quand on est heureux, on n’a plus besoin de rien. En réalité, on tombe dans la drogue quand on est à la recherche du bonheur. On aime le sexe et toutes les autres dépendances quand on cherche le bonheur, pour réussir à conquérir quelque chose. Mais quand on se sent vraiment satisfait, tout le reste devient relatif.

Zenit : Le premier pas consiste donc à suivre l’exemple contagieux de l’autre ?

Fr. Hans Stapel : Tout à fait. L'exemple des autres qui contamine et qui, une fois partagé, rend tout beaucoup plus léger.

Zenit : Durant son séjour au Brésil, Benoît XVI visitera également la « Ferme de l’espérance » que vous gérez. Qu’attendez-vous de cette expérience et en particulier de ce voyage du pape au Brésil ?

Fr. Hans Stapel : : Ce qui est beau, c’est que de cette manière il laisse un signe. En tant que pape il dit ceci : je vais voir les exclus, ceux qui ne sont toujours pas acceptés par de nombreuses personnes, que l’on qualifie tout simplement de bandits ou de marginaux. Le pape vient les trouver, et leur donne ainsi une très grande valeur. Ceci est très important. De cette manière il laisse un signe.

L’Eglise a toujours été aux côtés des pauvres. C’est sa vocation. Il n’y a pas de foi sans les oeuvres. Si je crois en Dieu mais je n’agis pas concrètement, dans les faits, par des gestes d’amour, ce n’est que de la pure théorie. Et cela ne change pas ma vie, ni la vie de ceux qui m’entourent.

C’est le signe que le pape donne en venant chez nous. Il dit aux jeunes : vous n’êtes pas des enfants prodigues ! Vous avez l’amour du Père Céleste ! Il vous accueille ; vous êtes utiles à Dieu. Vous avez la possibilité d’évangéliser, la possibilité d’aider les autres et de commencer une nouvelle vie, car en Dieu il y a toujours un nouveau début.

En substance, il leur redit ce qu’il a écrit dans son encyclique Deus Caritas est : « Dieu est amour ». Et ça c’est fantastique !