Les guerres froides aujourd'hui, colloque de l'AED-France

Les trois axes d'une journée audacieuse

Paris, (Zenit.org) Anita Bourdin | 409 clics

A propos de la guerre en Syrie, l'Aide à l'Eglise en détresse de France organise à Paris le 27 novembre un colloque au titre un peu provocateur: "Nouvelles Guerres Froides, incidences sur les chrétiens". Le directeur de l'AED, Marc Fromager, explique les enjeux et les trois axes d'une journée audacieuse.

Zenit - Que voulez-vous dire par "nouvelles guerres froides"?

Marc Fromager - Ce qui s'est passé en Syrie il y a quelques semaines nous a fortement marqué: d'un seul coup, il y avait une apparente unanimité pour lancer une guerre "punitive" - c'est le mot qui a été utilisé - contre la Syrie et le monde entier semblait à la toute dernière extrémité avant le déclenchement de l'opération. Cela étant, cette unanimité qu'on a voulu nous vendre n'était bien qu'apparente. Et on se rend compte aujourd'hui - enfin - que cela aurait été réellement une mauvaise idée. Je pense qu'on a vraiment frôlé une crise extrêmement dramatique qui serait partie en vrille avec des conséquences en cascade que plus personne n'aurait su maîtriser.

Le désistement britannique a laissé les Etats-Unis un peu isolés, même si la France, complètement à contre-courant (et cela est d'autant plus regrettable que sur le dossier syrien, elle a historiquement des responsabilités), a voulu démontrer qu'elle était le meilleur vassal des américains. Mais sans doute y avait-il  d'autres intérêts : faire plaisir au Qatar, remporter des contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite, se positionner en vue des nouvelles routes énergétiques... Quoiqu'il en soit, le bien de la population syrienne était visiblement le dernier des soucis.

Or, c'est bien et bel la Russie qui a fait capoter ce projet. La Russie a évidemment ses propres intérêts mais ce qui est apparu de manière évidente, c'est qu'elle avait à nouveau les moyens de s'opposer à la toute-puissance américaine. On est bien à nouveau dans une relation de rivalité, voire de tension réelle et pas seulement sur ce dossier. Même si la situation n'est pas comparable à celle qui prévalait il y a un quart de siècle à l'époque de l'URSS, force est de constater que l'expression "guerre froide" dit bien quelque chose de ce que nous vivons aujourd'hui. La guerre froide est un affrontement global qui ne s'exprime pas à travers un conflit armé direct. C'est la raison pour laquelle nous utilisons à nouveau cette expression tout en précisant qu'il s'agit de quelque chose de nouveau.

Vous avez invité des personnalités russes, justement pour effectuer le parallèle avec les années de la Guerre froide... mais on sait le soutien de la Russie au régime du président Assad, c'est "osé", non?

Est-ce que je vais aller en prison à cause de cela? En France, on n'a visiblement plus le droit de s'écarter de la pensée unique qui détermine qui sont les bons et qui sont les méchants. Or, le dossier syrien est particulièrement compliqué. Nous ne prenons pas parti. Nous permettons simplement à un autre son de cloche de pouvoir s'exprimer. Nous avons été abreuvés - conditionnés? - par une version unilatérale de la réalité. Personnellement, cela m'intéresse de comprendre ce que d'autres acteurs majeurs sur le dossier ont à dire. 

D'autre part, le colloque ne sera pas uniquement focalisé sur la Syrie ou même la relation Etats-Unis - Russie. Deux autres "guerres froides" seront évoquées, à savoir la relation Etats-Unis - Chine et enfin la relation Arabie Saoudite - Iran avec cet affrontement que nous observons aujourd'hui entre sunnites et chiites au sein du monde musulman. Ce seront les trois axes de la journée.

Tout cela relève d'une analyse géopolitique. Quel rapport avec la mission de l'AED?

Certes, nous essayons de comprendre - et nos intervenants seront là pour nous aider - ce qui se passe aujourd'hui dans le monde, mais le sous-titre a toute son importance: ce qui nous importe, c'est de voir comment ces tensions internationales ont des effets concrets sur le sort des communautés chrétiennes à travers le monde. Pour en revenir à la Syrie qui se trouve à la croisée de deux "guerres froides", celle qui oppose la Russie aux Etats-Unis et celle qui oppose l'Arabie Saoudite à l'Iran, on voit bien que ces affrontements ont des répercussions immédiates sur l'ensemble de la population syrienne et également sur l'avenir de la présence chrétienne dans le pays. Mais ces incidences peuvent également être détectées sur d'autres terrains et ce sera l'enjeu du colloque que de les illustrer.

Quel objectif poursuit ce colloque, en France? Les armes ne vont pas se taire...

L'AED est une petite œuvre de l'Eglise et nous comprenons bien que nous n'allons pas d'un seul coup transformer le monde ni mettre fin à des stratégies de prédation où les enjeux économiques sont gigantesques. Reste que l'information est une arme et nous croyons qu'elle peut parfois aider à pondérer certaines décisions politiques. C'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle le métier de journaliste est devenu passablement dangereux. Je suis toujours frappé de voir que chaque année, il y a à peu près autant de journalistes que de prêtres assassinés dans le monde: ce sont des métiers à risque! 

Ce ne sera qu'un Colloque à Paris mais notre mission d'information n'est pas réduite à cette journée et nous ne sommes pas les seuls à informer. Quoiqu'il en soit, on aura au moins fait quelque chose!

Quel seront les intervenants?

Pour répondre au sujet du colloque, nous avons cherché à panacher des experts géopolitiques et religieux, ce qui nous permettra d'avoir le double angle nécessaire surtout à l'évaluation des incidences sur les chrétiens que peuvent avoir ces différentes tensions. Nous aurons donc des binômes comme par exemple le père Samir Khalil Samir, jésuite égyptien, et  Antoine Sfeir, tous les deux spécialistes du Moyen-Orient, Olivier Zajec, chargé de recherches à l’Institut de Stratégie et des Conflits, qui interviendra à propos des Etats-Unis, Jean-François Di Meglio, président de l’institut de recherche Asia Centre, chargé d’enseignement à Sciences Po et à l'Ecole des Mines de Paris, qui traitera de la Chine, Antoine Arjakovsky, historien d’origine russe, directeur de recherches au collège des Bernardins, qui discutera de la Russie avec l'Ambassadeur de ce pays, et enfin Patrice de Plunkett et Paul-Marie Coûteaux qui interviendront également et animeront les tables rondes.

Quelles sont les conditions de la participation?

Il suffit de s'inscrire en sachant que le nombre de places est limité. Le colloque aura lieu à la salle de l’ASIEM,  6 Rue Albert de Lapparent, Paris 7ème. Comme pour chacun de nos colloques, les Actes seront ensuite publiés.