Les Irakiens chrétiens dans la tourmente

Le patriarche Sako confie son inquiétude à l'AED

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 428 clics

Le Patriarche de Babylone des chaldéens, Louis Raphaël Ier Sako, exprime son inquiétude pour le sort des Irakiens chrétiens, dans une interview menée par l’AED le 28 juin à Ankawa, près d’Erbil, dans le nord de l’Irak. Il dénonce la politique occidentale qui, dit-il, "ne poursuit que des intérêts économiques". En voici les principaux extraits.

Pour le patriarche, l’émigration des Irakiens chrétiens s’amplifiera encore: « Lors de mon récent séjour en Turquie, dix familles chrétiennes originaires de Mossoul venaient juste d’arriver là. Et en une seule semaine, vingt familles ont quitté Alqosh, une localité majoritairement chrétienne non loin de Mossoul. C’est extrêmement préoccupant. Nous perdons notre communauté. Si la vie chrétienne en Irak s’arrête d’exister, notre histoire sera interrompue. »

« Dans dix ans, il restera peut-être 50 000 chrétiens en Irak. Avant 2003, nous étions environ 1,2 million. En l’espace de dix ans, notre chiffre a chuté à quelque 400 000 à 500 000 fidèles. Mais nous ne disposons pas de chiffres exacts », déclare le patriarche.

Il estime que « ce sera peut-être au Kurdistan que pourrait se dessiner un avenir. De fait, de nombreux chrétiens y vivent déjà. Mais il y en a encore beaucoup à Bagdad, certains vivent aussi à Basra, dans le sud chiite. Nous devons attendre de voir comment la situation évoluera. »

Mgr Sako dénonce l’attitude des États occidentaux: « La politique occidentale ne poursuit que des intérêts économiques. La communauté internationale devrait faire pression sur les politiciens irakiens afin qu’ils trouvent une solution politique et constituent un gouvernement de l’unité nationale. »

Il regrette l’intervention militaire des États-Unis : « Les Américains sont venus ici et ils ont commis beaucoup d’erreurs. C’est à cause d’eux que la situation se présente telle quelle aujourd’hui. Pourquoi remplacer un régime par une situation pire encore ? C’est ce qui est arrivé après 2003. »

Il souligne la responsabilité de l’Occident pour une solution politique à la crise : « Cette possibilité existera dès l’instant où l’Occident et nos voisins tels que l’Iran, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite le voudront. »

Pour Mgr Sako, l’organisation terroriste sunnite de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) constitue un danger bien au-delà de l’Irak : « L’EIIL veut fonder un État islamique avec des puits de pétrole pour islamiser le monde. Je pense que c’est un danger pour tout le monde. »

Il est pessimiste quant à l’unité du pays : « Peut-être existera-t-il une unité symbolique, et le nom de l’Irak perdurera-t-il. Mais de fait, nous serons en présence de trois zones indépendantes avec leurs propres budgets et leurs propres armées (…). L’Irak est actuellement fragmenté en trois zones, respectivement sunnite, kurde et chiite. De toute manière, les Kurdes bénéficient déjà de l’autonomie, les chiites quasiment aussi. À présent, c’est au tour des sunnites.»