Les jésuites de 2013, héritiers des premiers jésuites de la "Civiltà"

Renouveau de la "Civiltà Cattolica"

Rome, (Zenit.org) | 561 clics

"Les jésuites de 2013 sont les héritiers des premiers jésuites de la revue", affirme Mgr Antoine Camilleri à propos de la prestigieuse publication bimensuelle des jésuites italiens, La Civiltà Cattolica, qui fait son entrée sur les tablettes, dans un esprit de « partage social », et elle met ses archives à la disposition des internautes gratuitement.

« La Civiltà Cattolica, par tradition et par nature, exprime une forme « élevée » de journalisme culturel en se situant sur une ligne de crête difficile », expliquait pour sa part le père Antonio Spadaro, S.J., qui a présenté vendredi 5 avril au Vatican les innovations de la revue dont il est le directeur, accompagné de Mgr Claudio Maria Celli, président du Conseil pontifical des communications sociales et de Mgr Antoine Camilleri, sous-secrétaire pour les Rapports avec les Etats.

Intervention de Mgr Antoine Camilleri

Nous sommes ici aujourd’hui pour présenter le nouveau graphisme de La Civiltà Cattolica qui aborde aussi le monde numérique grâce à ses applications pour tablette et à la présence des réseaux sociaux, mais aussi pour donner le coup d’envoi officiel d’une série d’innovations importantes qui renforcent, en la rendant encore plus actuelle, cette revue historique, la plus ancienne d’Italie et qui n’a jamais interrompu ses publications. Parmi ces innovations, la possibilité pour tous de consulter librement et facilement à domicile cent-cinquante-huit années d’archives.

L’éditorial du premier des nouveaux numéros a pour titre une phrase que Benoît XVI a adressée aux « Écrivains du Collège », lors de l’audience du 17 février 2006 : « Pour être fidèle à sa nature et à sa tâche, La Civiltà Cattolica ne manquera donc pas de se renouveler continuellement ». Et nous sommes ici pour célébrer un renouvellement qui n’est pas seulement extérieur, comme les apparences pourraient le laisser croire. C’est en fait une mise à jour qui situe avec justesse La Civiltà Cattolica dans le paysage contemporain du journalisme culturel de haut niveau.

En ce sens, les jésuites de 2013 sont les héritiers des premiers jésuites de la revue, qui furent des innovateurs en imaginant l’usage de la presse qui était alors le moyen dont se servaient les révolutionnaires, les libéraux et les anarchistes, et la large diffusion sur le territoire italien qui n’était pas encore uni à l’époque. Paul VI a défini la fondation de la revue comme « un geste audacieux » dans un contexte « privé d’une culture proportionnée aux besoins et aux aspirations des nouvelles générations » (Discours aux responsables de la revue « La Civiltà Cattolica », 14 juin 1975). Et il a qualifié la revue de « jeune et pugnace ». Une telle audace est nécessaire aujourd’hui, et je suis ici non seulement pour témoigner du lien consolidé entre la Secrétairerie d’État et La Civiltà Cattolica, mais aussi pour vous inviter à avoir la même audace que vos prédécesseurs.

La revue est née le 6 avril 1850 et elle a été voulue par Pie IX qui, par le bref apostolique Gravissimum supremi, du 12 février 1866, lui a donné un statut et l’a mise sous la dépendance directe du supérieur général de la Compagnie de Jésus. Depuis lors, La Civiltà Cattolica a toujours eu un lien particulier avec le pape et avec le Saint-Siège : « un lien d’amour et de fidélité » que les différents papes jusqu’à Benoît XVI ont reconnu comme « un caractère essentiel de cette revue ».

En parlant de ce lien dans son discours aux « Ecrivains » de la Civiltà Cattolica, Jean-Paul II a affirmé : « C’est mon plus vif désir que ce lien non seulement se maintienne, mais se renforce. Ceci vous impose à tous un effort constant de fidélité au Saint-Siège et à ses directives, même si cela peut parfois demander des sacrifices et des renoncements à des jugements ou à des points de vue personnels. Soyez certains que ces sacrifices et ces renoncements, accomplis dans l’esprit du vœu d’obéissance particulière au pape propre à la Compagnie de Jésus, ne manqueront pas de produire des fruits spirituels pour le bien de l’Église et pour votre vie religieuse » (Discours aux Ecrivains de « La Civiltà Cattolica », 19 janvier 1990). A cette occasion, le pape exhortait : « soyez certains que [ce lien] est béni par Dieu et riche de fruits abondants : il accomplit en effet un service que le Saint-Siège apprécie beaucoup et sur lequel il est sûr de pouvoir compter en toutes circonstances » (ibid.).

La Civiltà Cattolica n’est pas une revue spécialisée, c’est une revue culturelle. Son orientation est spécifiquement catholique, au sens où elle entend aider le lecteur à penser « chrétiennement » la réalité actuelle. Dans les débuts, la position et le style de la revue ont été combattifs, et même souvent durement polémiques, en accord avec le climat général de tension qui dominait alors, quand il ne s’agissait pas de lutte frontale. Aujourd’hui, la situation a beaucoup changé. Avec le concile Vatican II, l’Église désire établir avec tous les hommes « un dialogue conduit par le seul amour de la vérité », et une confrontation et un débat avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne, mais qui « honorent de hautes valeurs humaines » et jusqu’à « ceux qui s’opposent à l’Église et la persécutent de différentes façons » (Gaudium et spes, n. 92).

Dans cette situation, une revue comme La Civiltà Cattolica doit nécessairement s’ouvrir aux grands problèmes du monde d’aujourd’hui : sociaux, politiques, économiques, moraux, scientifiques, artistiques et religieux. C’est donc ici que se situe la mission d’une revue culturelle comme La Civiltà Cattolica : participer activement au débat culturel contemporain. Paul VI vous avait demandé de prendre « une part active au tourment de ce siècle, interprétant ses courants, indiquant ses erreurs, relevant ses éléments positifs, constituant une pierre de touche sure ». La fidélité à l’Église exige aujourd’hui l’intelligence et la volonté de la recherche, un effort d’investigation, d’approche de la pensée des autres, et la fatigue de la conquête personnelle. Le « projet constitutionnel » de la revue demeure celui qui avait été exposé en termes modernes par Paul VI :

1. une observation informative, ample, éclectique, objective et opportune

2. un jugement serein, sincère et fort sur les événements, à la lumière de l’Évangile

3. un regard prophétique et dynamique tourné vers l’avenir pour découvrir, deviner si nécessaire, les voies ouvertes à l’avenir de la société et de l’Église.

Dans le bref Sapienti consilio du 8 juillet 1890, Léon XIII a insisté de manière explicite sur l’importance de s’en tenir à cette collégialité qui a caractérisé la rédaction de la revue depuis le début. « Que les Écrivains, lit-on dans le bref, continuent de s’appliquer avec zèle et collégialement (collatis inter se consiliis) à cette diversité de matières auxquelles ils se sont consacrés depuis le commencement ». Au fond, c’est précisément ce que notre monde a besoin d’entrevoir dans toute manifestation de la vie de l’Église : l’exemple vécu d’une authentique communion, dans le respect et l’harmonie des voix, de la pensée et des expériences, dont le pluralisme légitime doit être un motif d’enrichissement. Comme dans un chœur uni, chacun doit apporter sa voix et la mettre à l’unisson avec celle des autres ; chacun doit contribuer, par sa pensée et par son expérience, à l’orientation justement collégiale de la revue, selon sa capacité d’influencer le débat culturel.

Je forme donc le vœu que vous viviez votre vocation de journaliste telle que l’a présentée récemment le pape François lorsqu’il s’est adressé aux acteurs des media : « vous avez la capacité de recueillir et d’exprimer les attentes et les exigences de notre temps, d’offrir les éléments pour une lecture de la réalité. Votre travail a besoin d’étude, de sensibilité, d’expérience, comme tant d’autres professions, mais il implique une attention particulière par rapport à la vérité, à la bonté et à la beauté ». Dans ce changement des hommes, des événements et des situations historiques, La Civiltà Cattolica est restée fidèle, méritant une longue suite de gestes d’amabilité concrets de la part des papes, sans compter l’estime et l’affection des lecteurs catholiques et le respect et l’attention des lecteurs non catholiques.

A mon tour, au nom de la Secrétairerie d’État, je souhaite pour la revue que cette estime et ce respect – grâce aussi au renouvellement que vous avez entrepris – demeurent et grandissent avec le temps. Et, pour reprendre les paroles de Jean-Paul II au directeur de l’époque, le père Tucci, aujourd’hui cardinal, je renouvelle le vœu que la « revue rajeunisse au fur et à mesure qu’elle prend de l’âge! » (9 février 1963).

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat