Les martyrs de Podlachie, exemple d’une « foi consciente et mûre »

Benoît XVI salue les pèlerins de Pologne

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ROME, Mercredi 4 octobre 2006 (ZENIT.org) – Benoît XVI a salué les Polonais venus à Rome avec leur évêque pour fêter le 10e anniversaire de la béatification des martyrs de Podlachie par Jean-Paul II, le 6 octobre 1996.



Ces martyrs, expliquait Benoît XVI, « nous donnent un exemple particulier de leur grand amour pour l’Eglise et pour le pape. Qu’ils soient pour tous un exemple de foi consciente et mûre ».

Le pape Jean-Paul II a lui-même évoqué ces martyrs à plusieurs reprises, en particulier lors de l’audience générale du mercredi 23 juin 1999, au lendemain d’un voyage dans sa patrie, du 5 au 17 du même mois.

« L'évangélisation n'est pas crédible si, en tant que chrétiens, nous ne nous aimons pas les uns les autres, selon le commandement du Seigneur », faisait observer Jean-Paul II avant d’ajouter : « A Siedlce et à Varsovie, en mémoire des bienheureux martyrs de la Podlachie, j'ai prié avec les fidèles grecs-catholiques pour surmonter les divisions du second millénaire. En outre, j'ai voulu rencontrer les frères des autres confessions, pour renforcer les liens d'unité ».

Il s’agit de martyrs de l’Eglise catholique de rite byzantin, morts à Drelów le 17 janvier 1874 (http://www.parafia-drelow-nmp.siedlce.opoka.org.pl/meczennicy/historia_f.htm), et de ceux de Pratulin. Nous avons choisi de rappeler l’histoire des martyrs de Drelów.

L'Union de Brest-Litovsk (1595-1596), signée au bord du Bug, marqua l’insertion des orthodoxes habitant sur le territoire polonais au sein de l'Église catholique : le pape Clément VIII leur permit de conserver leur rite byzantin-ukrainien, leur organisation, la célébration en langue slave et l’ordination sacerdotale de diacres mariés.

L’histoire de la paroisse Drelów remontait à la deuxième moitié du XVe siècle. La première église fut construite en 1653 grâce à Zofia Danilowiczowa, qui était une propriétaire terrienne de Drelów. Avec la construction de l’église, on créa la paroisse de rite oriental gréco- catholique ou « uniate ».

A la fin du XVIIIe s., la république de Pologne fut dépecée et cessa d’exister en tant que telle. Les Tsars décidèrent de faire passer les « Uniates » sous l’autorité de l’Eglise orthodoxe. Vers la moitié du XIXe s., les persécutions commencèrent.

Les paroisses Uniates qui ne se soumirent pas aux dispositions furent punies par la confiscation de leur bétail, de fortes amendes et par le fouet. Les Uniates résistèrent. En 1873, l’administrateur du diocèse de Chelm, l’abbé Marceli Popiel, nommé par le Tsar, fixa la dissolution de l’Union au 1er janvier 1874. Les curés qui n’obéiraient pas seraient bannis ou emprisonnés.

En janvier 1874 le curé de la paroisse de Drelów annonça qu’il n’avait pas le choix et qu’il devait suivre les ordres du pouvoir tsariste. Lorsqu’il commença à célébrer dans le nouveau rite, les paroissiens le destituèrent, et lui retirèrent les clés. Dans l’attente de la réaction du pouvoir russe, les paroissiens se réunirent devant l’église.

Le 17 janvier 1874, le lieutenant colonel Bek arriva à la tête de deux unités d’infanterie de l’armée tsariste et d’une centaine de cosaques. Ils encerclèrent les paroissiens réunis devant l’église et ils bloquèrent toutes les routes conduisant à Drelów. Le lieutenant colonel Bek les somma de rendre les clés et de se disperser.

Les paroissiens lui répondirent: „Nous sommes venus ici en paix pour prier dans notre église et nous n’avons commis aucun sacrilège dans ce lieu sacré, nous sommes ne rendrons pas les clés ni ne partirons de ce lieu”.

En réponse et d’après le témoignage d’un des participants, le lieutenant colonel Bek ordonna de ligoter les gens. Tout à coup dans la foule quelqu’un sonna la cloche et immédiatement tous les paroissiens sortirent devant l’église, démontrant leur volonté de la défendre.

L’armée pénétra par le terrain jouxtant l’église, ils ficelèrent ligotèrent les paroissiens et les entraînèrent hors du cimetière. Les soldats commencèrent à les battre à coup de sabres et de verges. Puis les soldats prirent position en face des portes du cimetière.

Le père Telakowski qui communiquait avec Rome rapporte qu’alors le lieutenant colonel Bek fit à Saint-Petersbourg fit rapport sur la situation à ses supérieurs qui avertirent Saint Petersbourg. Il reçut l’ordre de « les tuer tous ». Il donna ainsi l’ordre d’ouvrir le feu sur les paroissiens à genoux, la poitrine dénudée, et qui chantaient des cantiques.

Jan Romaniuk de Przechodzisko, qui était accroupi à droite de l'entrée, sous le campanile, tomba atteint d’une balle dans la tête. Théodore Oltuszyk appelé Chwedor Bocian, tomba devant les portes de l'église touché en pleine poitrine. André Charytoniuk fut blessé entre le campanile et l'église. Parmi les tués se trouvaient aussi le leader de la « conspiration » uniate Semen Pawluk. Après la première salve, les soldats entrèrent dans le cimetière et commencèrent à frapper les paroissiens à coup de crosse ferrée de leurs fusils.

L'armée les cerna et arrêta les paroissiens qui restaient sans leur permettre de rentrer chez eux. Le siège commença par une nuit glaciale et dura jusqu'au 18 janvier à midi. Les assiégés priaient, le prévôt aurait voulu les contraindre à jurer fidélité à l’église orthodoxe. Mais comme ils refusaient, il les fit battre à coup de crosses de fusil et de verges. Les enfants recevaient de 10 à 25 coups, les femmes 100 et les hommes 200 coups.

En tout, 13 paroissiens périrent : Semen Pawluk, Wincenty Bazyluk, Teodor Bocian, Andrzej Charytoniuk, Trochim Charytoniuk, Jan Kościuczyk, Teodor Kościuczyk, Pawel Kozak, Andrzej Kubik, Jan Kubik, Jan Lucik, Jan Romaniuk, Onufry Tomaszuk. Au moins 9 blessés succombèrent plus tard à leurs blessures, et 200 autres blessés se remirent.

Après ces événements, les Uniates furent obligés de se cacher. Ils ne purent célébrer leur liturgie pendant 30 ans.

Au XXe s., dans les années trente, on mit en route le procès de béatification des martyrs de Drelów et de Pratulin, mais il fut interrompu par la seconde guerre mondiale. Il ne reprit qu’en 1989. Comme l’on ignore le lieu d’inhumation des Uniates de Drelów, les participant au procès de béatification se recueillirent sur les lieux d’inhumation des martyrs de Pratulin, Vincent Lewoniuk et ses compagnons.