Les moyens de « rendre la paix à la Syrie »

Par le métropolite orthodoxe d'Alep

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Par Mar Gregorios Yohanna Abramo

ROME, lundi 20 août 2012 (ZENIT.org) – « Rendez la paix à la Syrie » : c’est l’appel du métropolite orthodoxe d’Alep, adressé aux syriens et au monde entier. Il invite à une « solution pacifique » car « les syriens sont d’accord pour maintenir une nation unie ». Pour le métropolite, la solution « durable » serait « l’établissement d’un état de droit », dont il précise les caractéristiques fondamentales.

Dans un message envoyé à Zenit, Mar Gregorios Yohanna Abramo, métropolite d’Alep, de l’archidiocèse orthodoxe de Syrie, raconte la situation dramatique du pays, proposant une solution concrète au conflit.

Il appelle notamment « tous les citoyens honnêtes de la Syrie, les amants de la paix du monde entier », à « aider à mettre fin à l’effusion de sang en Syrie » pour « rendre la paix, la prospérité, la dignité et le réconfort » au pays et à sa population.

Malgré les bombardements sur Alep, le métropolite a choisi d’y rester par « devoir de pasteur ». En plus de l’insécurité, du chômage, des enlèvements, des blocages de routes, on y manque en carburant, électricité, eau, pain, gaz, rapporte-t-il.

Tout ceci a créé « un climat d’horreur, de dégoût et de grande incertitude » qui a effacé la « cohabitation pacifique » qui était autrefois « la fierté de la Syrie », déplore-t-il, décrivant la situation dramatique : plus de 30.000 personnes tuées, environ 200.000 blessés, des milliers de familles évacuées et réfugiées.

Même si « on ne parvient plus à voir la lumière au bout du tunnel », le métropolite garde l’espérance « qu’une solution pacifique sera trouvée ». Il invite à prier en ce sens.

Ce « chaos sans précédent a commencé en mars 2011 », par un « mouvement de protestation pacifique contre une corruption répandue depuis les années 80 », notamment parmi les fonctionnaires, rappelle le métropolite. Cependant la violence s’est immiscée dans les révoltes populaires, avec « homicides, enlèvements, actes de vandalisme, incendies… ».

Aujourd’hui, poursuit Mar Gregorios Yohanna Abramo, les scénarios envisagés sont "terrifiants" : « guerre civile;  sanctions des Nations Unies ; intervention militaire sous couvert du Conseil de sécurité de l’ONU; effondrement total des institutions authentiques ; division de la nation en ethnies et religions ».

Pourtant, affirme le métropolite, « il semble que tous les syriens sont d’accord pour maintenir une nation unie ». Les rebelles, qui demandent « plus de liberté, une plus grande justice sociale, un état de droit, plus de pouvoir pour la société civile, l'unité et la coexistence », ont convenu de « travailler ensemble » et de s’opposer à ceux qui menacent le lien social national, précise-t-il.

Pour Mar Gregorios Yohanna Abramo, une solution « durable, plausible et efficace » serait « l’établissement d’un état de droit » pour apporter « sécurité et stabilité ».

Concrètement, explique Mar Gregorios Yohanna Abramo, il faudrait « un Conseil national qui englobe toutes les composantes de la mosaïque syrienne » et « un accord entre les factions en guerre pour garantir l’égalité des droits pour tous les citoyens ».

Le métropolite demande également « d’établir un code de conduite pour les services de sécurité syriens afin d'assurer que les erreurs du passé ne se reproduisent plus ». Le Conseil national devrait être « responsable d’un gouvernement d’unité nationale, qui embrasse toutes les parties, y compris l’opposition, aussi bien à l’interieur qu’à l’extérieur de la Syrie », poursuit-il.

Le nouveau gouvernement devra aussi « garantir des élections libres et équitables pour le nouveau parlement » ainsi qu’« instituer une commission en mesure de développer une constitution moderne et permanente, pour assurer l’élimination du concept d’hégémonie d’individus, de partis politiques ou religieux ».

Mar Gregorios Yohanna Abramo souhaite également que le nouveau président soit « un leader qui puisse protéger les intérêts de la Syrie, et lui rendre un état stable, pacifique et démocratique ».

Mais il faut surtout, insiste-t-il, « le rétablissement de la confiance et du respect réciproque entre tous les citoyens ».

Jusqu’à ce jour, « l’initiative la plus importante » pour rétablir la paix et la stabilité en Syrie a été « celle de Kofi Annan, qui demandait un cessez-le-feu durable entre les parties en conflit », pour « rétablir la sécurité et la normalité dans la vie quotidienne des syriens », pour « apporter l’aide humanitaire nécessaire », et pour « le rapatriement des évacués », estime le métropolite par ailleurs.