Les rabbins souhaitent un geste du pape pour l’année "Maimonide"

Conférence des rabbins d’Israël à la suite de leur audience au Vatican

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CITE DU VATICAN, Vendredi 16 janvier 2004 (ZENIT.org) – Les grands rabbins d’Israël ont exprimé à Jean-Paul II leur désir de voir se célébrer dans toutes les Eglises une journée du Judaïsme en vue de développer la connaissance mutuelle entre Juifs et chrétiens et de combattre ensemble l’antisémitisme. Une telle journée existe depuis de nombreuses années en Italie: elle a lieu le 17 janvier, à la veille de la grande semaine de prière pour l’Unité des chrétiens. Ils souhaitent aussi un geste à l’occasion de l’année "Maimonide", philosophe et théologien (Cordoue, 1135-1204).



Les deux grands rabbins d’Israël, Yona Metzger, représentant de la communauté Ashkénaze, et le rabbin Shlomo Moshe Amar "Rishon LeZion", représentant la communauté Sépharade, ont en effet été reçus ce matin par Jean-Paul II environ 35 minutes, et ils ont ensuite tenu une conférence de presse en la salle du conseil de la grande synagogue de Rome, que Jean-Paul II a visitée le 13 avril 1986.

Un communiqué de l’ambassade d’Israël près le Saint-Siège évoque à propos de la visite de ce matin une "visite historique" en retour de la visite que Jean-Paul II a faite en 2000, lors de son pèlerinage jubilaire à Jérusalem. Le communiqué cite cette parole prononcée alors par Jean-Paul II: "Nous devons travailler ensemble pour construire un avenir dans lequel il n’y aura plus ni anti-judaïsme parmi les chrétiens ni anti-christianisme parmi les Juifs". C’était aussi l’occasion de féliciter le pape, ont souligné les rabbins, pour ses 25 ans de pontificat qui seront aussi marqués demain, 17 janvier, au Vatican, par le concert "pour la réconciliation" entre Juifs, Chrétiens et Musulmans.

Les rabbins ont exprimé leur désir de voir combattu le terrorisme, lié, expliquait le rabbin Metzger, à l’antisémitisme. Ils citaient les paroles de Jean-Paul II invitant à la formation des consciences" pour que toute personne apprenne "à considérer l’antisémitisme et toute forme de racisme comme des péchés contre Dieu et contre l’humanité".

Ils disaient avoir également demandé au pape de bien vouloir exercer son influence morale en faveur du sort des soldats israéliens prisonniers de guerre, en particulier du Hezbollah: l’incertitude sur leur sort - sont-ils morts ou prisonniers? - pose de graves questions humanitaires et religieuses, soulignaient les rabbins. Ils citaient les mères dans l’ignorance du sort - de la tombe? - des disparus, ou la situation de leurs femmes - veuves?

Les deux rabbins ont insisté sur le caractère "cordial", "chaleureux", "amical" de cette rencontre. Le rabbin Metzger soulignait combien le pape était "attentif", "présent" à tout ce qui se disait, et "chaleureux" à l’égard de ses hôtes. Le rabbin Amar soulignait que cette rencontre avait "fait grandir l’espérance pour la réconciliation et la fraternité entre les deux religions" et de "l’intensification des relations". Le rabbin Amar reconnaissait l’importance des paroles "fortes" que Jean-Paul II et ses collaborateurs ont eues par le passé pour condamner l’antisémitisme.

Les rabbins parlaient l’un et l’autre en hébreu moderne, traduits immédiatement en italien par l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, M. Obed Ben-Hur, en poste depuis juin 2003. Ils étaient accompagnés du grand rabbin de Rome, Riccardo Segni.

Les rabbins ont également exprimé le vœu qu’à l’occasion de cette année qui est celle du 800e anniversaire de la mort du grand philosophe et théologien juif "Rambam", Maimonide, l’un ou l’autre précieux manuscrit conservés en la bibliothèque du Vatican puisse faire l’objet d’un prêt - à plus ou moins long terme ou définitif - pour l’exposition organisée à cette occasion en Israël.

On se souvient que le pape vient de nommer comme responsable de la bibliothèque vaticane l’un de ses très étroits collaborateurs, le cardinal bordelais Jean-Louis Tauran, naguère cheville ouvrière de l’échange de relations diplomatiques du Saint-Siège avec l’Etat d’Israël, en tant que ministre des Affaires étrangères de Jean-Paul II. Son prédécesseur, le cardinal Jorge Mejia, avait été promoteur de la visite de Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome.

Ils demandaient également un geste comme le don d’un objet du culte juif. Interrogés sur la nature de cet objet du culte, les rabbins ont répondu qu’ils laissaient à la discrétion de Jean-Paul II un choix éventuel dans ce sens.

Interrogés sur la présence ou non de la "Ménorah" (chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem) que des rumeurs disent en la possession du Vatican, les rabbins ont déclaré ne pas vouloir entrer dans des considérations sur ces "rumeurs", les autres sujets dont ils sont venus parler avec Jean-Paul II étant trop importants pour laisser ce sujet focaliser l’attention. Une question à laisser au "Roi Messie", disait en souriant le rabbin Amar, en poursuivant "le dialogue et la compréhension" au lieu de soulever des questions qui conduisent à des différends.

A l’occasion du 18e anniversaire de la visite de Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome qui fête ses cent ans - sa construction a été achevée en 1904 -, le rabbin Metzger a également renouvelé à Jean-Paul II une invitation à se rendre à Jérusalem. Il soulignait que 2004 sera aussi l’année du 10e anniversaire de "l’Accord fondamental" entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël.

Pour le rabbin Amar, la plus grande difficulté entre les personnes et les communautés est "le manque de communication", l’impossibilité "de comprendre" ou "d’écouter" l’autre, chacun restant dans sa pensée et son point de vue: il faut "se parler" insistait le rabbin. Dès que l’on se parle "de façon authentique", continuait-il, il y a "une semence, un début d’espérance". Il se réjouissait dans ce sens des réunions interreligieuses organisées à Rome, à Jérusalem, en Espagne, en Amérique. Ces rencontres, disait-ils, peuvent aider à "surmonter les difficultés qui existent au niveau politique".

"J’apporte des salutations de paix de Terre Sainte", a dit en italien le grand rabbin Metzger à Jean-Paul II au début de l’audience. Il insistait sur la lutte contre l’antisémitisme et le terrorisme en disant: "Hier nous étions persécutés parce que nous n’avions pas d’Etat (Medina) et aujourd’hui parce que nous en avons un", déclarait le rabbin ashkénaze, en disant sa préoccupation devant la développement du terrorisme: il disait avoir lancé un appel aux chefs religieux musulmans pour qu’ils empêchent l’augmentation du terrorisme sous prétexte de la religion. Il insistait sur le fait que tous sont "enfants d’Abraham", "un seul peuple" : "Il est impensable que ce père se réjouisse de voir ces frères se tuer les uns les autres". "Assez de sang !", disait-il, en rappelant le commandement de ne pas tuer.

Il faut au contraire, revenir "autour de la table" pour parler, insistait le rabbin Amar, car lorsqu’il y a dialogue, il y a déjà un début de solution. Il insistait sur deux notions: "patience" et "tolérance", pour construire des "ponts" pouvant conduire à ce dialogue et pouvoir "écouter la sagesse des autres", quand "chacun pense avoir raison". "Si nous avions tous une disponibilité de ce point de vue, le monde serait déjà différent", concluait le rabbin.