Les références à l’homosexualité dans la Bible et la position de l’Eglise (I)

Entretien avec le père Jean-Baptiste Edart

| 11003 clics

ROME, Mardi 6 mars 2007 (ZENIT.org) – « L’Eglise, dans la fidélité à la Bible, reconnaît que l’homosexualité vécue ne peut être un bien pour l’homme, mais elle affirme avec force, dans la même fidélité à la Parole de Dieu, que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, a la même dignité », affirme le père Jean-Baptiste Edart, co-auteur de « Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible ».



Cet ouvrage (cf. Zenit, 24 janvier) publié aux Editions du Cerf, 2007, a été rédigé par trois exégètes chrétiens (deux catholiques et un protestant).

Zenit a demandé au père Edart, rédacteur de la partie concernant le Nouveau Testament, d’approfondir en particulier les déclarations de l’Apôtre Paul concernant l’homosexualité et d’expliquer quelle est la position de l’Eglise face à un monde parfois convaincu que celle-ci ne comprend pas la société d’aujourd’hui et ne fait qu’ériger des « barrières » pour empêcher l’homme d’aimer selon sa sensibilité. Le père Edart est prêtre du diocèse de Rouen, membre de la Communauté de l’Emmanuel, et chargé de cours à l’Institut Jean-Paul II à Rome.

Nous publions ci-dessous la première partie de cet entretien.

Zenit : Quelles sont les références à l’homosexualité dans la Bible ?

P. J.-B. Edart : Ce sujet occupe très peu de place dans l’ensemble de la Bible. Cela est lié à l’absence de visibilité de ce phénomène, conséquence logique de l’interdit touchant ce comportement. Les textes bibliques abordant directement ou indirectement la question de l’homosexualité sont :

Pour l’Ancien Testament :

Genèse 19 : … « Je vous en supplie, mes frères, ne commettez pas le mal ! Ecoutez : j’ai deux filles qui sont encore vierges, je vais vous les amener ; faites-leur ce qui vous semble bon, mais, pour ces hommes, ne leur faites rien… »

Juges 19 : … « Non, mes frères, je vous en prie, ne soyez pas des criminels. Après que cet homme est entré dans ma maison, ne commettez pas cette infamie. Voici ma fille qui est vierge. Je vous la livrerai. Abusez d’elle et faites ce que bon vous semble, mais ne commettez pas à l’égard de cet homme une pareille infamie »

Lévitique 18.22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination »

Pour le Nouveau Testament

1 Corinthiens 6,9 : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni homosexuels… n’hériteront du Royaume de Dieu ».

1 Timothée 1, 10 : « La loi n’a pas été instituée pour le juste mais pour…. les impudiques, les homosexuels, les trafiquants d’hommes, les menteurs, les parjures, et pour tout ce qui s’oppose à la saine doctrine ».

Romains 1, 18-32 : … « Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement ».


Zenit : Vous avez évoqué 1 Corinthiens 6,9 et 1 Timothée 1,10. Comment comprendre ces textes ?

P. J.-B. Edart : Ces deux textes contiennent une liste de vices présentés comme rédhibitoires pour l’accès au Royaume de Dieu. En 1 Co 6,9, deux mots grecs font références à l’homosexualité : malakos traduit ici par « dépravés » et arsenokoitês traduit par homosexuels. Ces termes sont rarissimes : malakos n’apparaît qu’ici chez saint Paul, quant à arsenokoitês, il s’agit de la première récurrence dans toute la littérature grecque.

Malakos signifie littéralement « doux, soyeux, délicat ». Dans une relation homosexuelle, il désigne le partenaire passif, mais il peut aussi renvoyer à des prostitués homosexuels ou des hommes très efféminés. L’étude du sens de arsenokoitês et le contexte clairement sexuel de la liste des interdits invalide ces deux dernières interprétations marginales. Arsenokoitês signifie littéralement « couchant avec un homme ». Formé par l’association de deux mots présents en Lévitique 18,22 et 20,13, il est très probablement apparu dans un contexte judéo-hellénistique. Les rabbins utilisent l’expression hébraïque « coucher avec un mâle » tirée du texte hébreu de Lévitique 18,22 et 20,13 pour exprimer la relation homosexuelle. Ces derniers ne limitent pas cela à la pédérastie. Tous ces éléments nous paraissent suffisants pour affirmer que l’hypothèse la plus vraisemblable est que ce terme renvoie en 1 Corinthiens 6,9 à des hommes ayant le rôle actif dans des relations à caractère homosexuel. Le sens de arsenokoitês permet alors de limiter le sens de malakos au partenaire passif dans la relation homosexuelle.

Les actes homosexuels sont donc considérés comme gravissimes, offensant directement la Loi divine. Cet enseignement est parfaitement cohérent avec le judaïsme de cette époque. Aucune distinction liée à une question d’orientation sexuelle ou de circonstances dans l’acte posé n’est indiquée. C’est l’acte en lui-même qui est condamné.


Zenit : Et Romains 1,18-32 ?

P. J.-B. Edart : Saint Paul présente les actes à caractère homosexuel, chez les hommes comme les femmes, comme la conséquence de la colère de Dieu. La recherche s’est concrétisée autour de la nature précise de cette homosexualité et de l’interprétation qui devait être faite de ce passage.

L’Apôtre veut illustrer la nature de l’impiété. Il utilise pour cela l’homosexualité, vice caractéristique des païens dans la tradition juive. S’appuyant sur le récit de la création en Genèse 1 et sur Deutéronome 4, il établit le lien entre homosexualité et idolâtrie. Dans l’idolâtrie, l’homme est dominé par la créature qu’il adore, ne rendant pas ainsi ce qui revient uniquement au Créateur. Il se produit comme une inversion du projet divin initial manifesté, entre autres, dans la différence sexuelle. Dans l’acte à caractère homosexuel, cette différenciation n’est pas prise en considération. C’est pourquoi il constitue la meilleure illustration possible pour Paul de l’impiété.

Une autre difficulté d’interprétation de ce texte est le sens de « contre-nature ». L’adjectif « naturel » caractérisait dans la culture romaine des actes en accord avec les conventions sociales. Ainsi dans la culture gréco-romaine, plus que la structure féminin - masculin, c’est le rapport dominant - dominé qui établissait la norme morale dans une relation amoureuse. L’allusion à Genèse 1 en Romains 1,19-23 nous invite à voir dans la « nature » l’ordre voulu par Dieu et identifiable dans la création. Cela se traduit, entre autre, par la différence sexuelle homme - femme, structure fondamentale voulue par Dieu comme expression de son être de communion. Dieu a voulu l’union sexuelle de l’homme et de la femme, et cette volonté divine, ou loi divine, inscrite dans la nature est perceptible par la raison. L’homme peut observer celle-ci à travers tous les éléments qui caractérisent l’identité sexuelle, la génitalité en étant l’un des signes. Si nous voulions prendre en considération l’acception romaine de ce terme, nous pourrions dire que l’acte contre-nature ne respecte pas la convention sociale établie par Dieu dans la création.

La référence à Genèse 1 permet aussi de comprendre que cet interdit n’est aucunement invalidé par des questions de « tendances » ou d’orientation. C’est tout acte homosexuel dans sa matérialité qui est contraire à la volonté divine manifestée aux origines, qu’il soit imposé ou consenti.

L’attention au sens littéral des textes du Nouveau Testament montre donc clairement que les actes homosexuels sont considérés comme gravement contraires à la Loi divine. Il faut bien comprendre que cette qualification morale négative est la conséquence logique d’un versant plus positif. Dieu a voulu créer l’homme pour faire alliance avec Lui. Cela s’est manifesté dès l’origine dans la différence sexuelle. La communion entre l’homme est la femme est la première révélation de l’amour de Dieu pour l’homme. La différence permet l’expression d’une complémentarité, rendant ainsi possible le don des personnes. Le corps sexué manifeste cela. L’enseignement de l’Eglise est parfaitement dans la continuité de ce que dit l’Ecriture à ce sujet.

Zenit : Saint Paul est très clair, mais des personnes affirment que dans certains récits de l’Ancien Testament on trouve des exemples de relations homosexuelles. David et Jonathan par exemple…

[Fin de la première partie]