Les références à l’homosexualité dans la Bible et la position de l’Eglise (II)

Entretien avec le père Jean-Baptiste Edart

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ROME, Mercredi 7 mars 2007 (ZENIT.org) – « L’Eglise, dans la fidélité à la Bible, reconnaît que l’homosexualité vécue ne peut être un bien pour l’homme, mais elle affirme avec force, dans la même fidélité à la Parole de Dieu, que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, a la même dignité », affirme le père Jean-Baptiste Edart, co-auteur de « Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible ».



Cet ouvrage (cf. Zenit, 24 janvier) publié aux Editions du Cerf, 2007, a été rédigé par trois exégètes chrétiens (deux catholiques et un protestant).

Zenit a demandé au père Edart, rédacteur de la partie concernant le Nouveau Testament, d’approfondir en particulier les déclarations de l’Apôtre Paul concernant l’homosexualité et d’expliquer quelle est la position de l’Eglise face à un monde parfois convaincu que celle-ci ne comprend pas la société d’aujourd’hui et ne fait qu’ériger des « barrières » pour empêcher l’homme d’aimer selon sa sensibilité. Le père Edart est prêtre du diocèse de Rouen, membre de la Communauté de l’Emmanuel, et chargé de cours à l’Institut Jean-Paul II à Rome.

Nous publions ci-dessous la deuxième partie de cet entretien. (Pour la première partie, cf. Zenit, 6 mars)

Zenit : Saint Paul est très clair, mais des personnes affirment que dans certains récits de l’Ancien Testament on trouve des exemples de relations homosexuelles. David et Jonathan par exemple…

P. J.-B. Edart : Le récit de 1 Samuel 18,1-5 montre des gestes et des paroles qui expriment un attachement profond entre Jonathan et David. Si les termes employés caractérisent un lien affectif réel, leur emploi habituel dans l’Ancien Testament ne permet aucunement d’y voir une relation homosexuelle (cf. Jacob et son fils Benjamin en Genèse 44,30-31). L’expression « aimer comme soi même » (comme son âme) est courante (Lévitique 19,18.34). Le verbe « aimer » dans un contexte d’alliance revêt une dimension politique, le bénéficiaire étant considéré comme partenaire ou supérieur. D’ailleurs, le don que Jonathan fait à David de ses armes illustre le transfert de ses prérogatives, dont le droit à la succession au trône de son père. C’est un geste politique. Dans le récit, David finit d’ailleurs par remplacer Jonathan (1 Samuel 23,17).

D’autres passages, développés par Innocent Himbaza dans notre livre, illustrent l’amitié entre Jonathan et David. Cependant, tous les gestes posés entre ces deux hommes peuvent se passer entre parents et enfants (Jacob et Benjamin), entre frères (Joseph et ses frères), entre beau-père et gendre (Jethro et Moïse), entre amis proches (Jonathan et David), entre guerriers (Saül et David ; Jonathan et David) et entre frères et sœurs dans la foi (Paul et les Ephésiens). Nous risquons d’interpréter ceux-ci de travers alors qu’ils sont des gestes coutumiers et habituels pour les gens qui se sentent proches.

Nous pouvons affirmer que rien dans les textes en présence ne permet de voir une quelconque homosexualité entre David et Jonathan, pas même implicitement. Si une expression est parfois ambiguë pour un esprit moderne, sa lecture dans le contexte enlève cette possibilité.


Zenit : L'Eglise prêche l'amour du prochain mais on lui reproche souvent, paradoxalement, de vouloir mettre des « barrières » à l'amour, de ne pas comprendre le profond besoin d'aimer de toute personne. Si l'Eglise n'approuve pas l'homosexualité, quel message d'espérance peut-elle donner à une personne qui trouve dans l'homosexualité le moyen de se donner et d'aimer ?

P. J.-B. Edart : La souffrance d’une personne homosexuelle peut être très grande et peu accessible aux personnes qui ne connaissent pas cette situation. En effet, tout notre monde est marqué par cette donnée fondamentale de l’amour hétérosexuel. La civilisation chinoise, peu susceptible d’avoir été formatée par la culture judéo-chrétienne, vit aussi cette réalité, et là aussi l’homosexualité est perçue comme hors normes. La personne homosexuelle connaît une souffrance interne, mise en valeur par les études psychologiques, mais aussi une souffrance conséquente à sa confrontation avec un monde qui bien souvent la jugera et la condamnera. Ce rejet sera même fréquemment violent. En effet, chacun, à l’adolescence, traverse dans son développement psychologique une phase d’ambiguïté au plan sexuel. Il peut être, durant un temps, attiré par des personnes de même sexe, sans être pour autant homosexuel ! Si cette étape de croissance est mal vécue ou non achevée, il en résulte une souffrance psychique. Par la suite, toute confrontation avec l’homosexualité éveillera cette souffrance, ce qui se traduira par un comportement violent. Apprendre à considérer une personne homosexuelle sans la réduire à son orientation sexuelle peut être difficile et conduire à reconnaître sa pauvreté personnelle.

Face à cette situation, si l’Eglise, dans la fidélité à la Bible, reconnaît que l’homosexualité vécue ne peut être un bien pour l’homme, elle affirme avec force, dans la même fidélité à la Parole de Dieu, que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, a la même dignité et ne doit faire aucunement l’objet de discriminations injustes. Comme chaque baptisé, les personnes homosexuelles sont appelées à la sainteté et à vivre dès maintenant une relation vivante avec le Christ dans l’Eglise.

Le message de l’Evangile est une source d’espérance pour ces personnes et l’Eglise en témoigne. Les communautés chrétiennes pourraient être des lieux où ces personnes verraient leur souffrance personnelle accueillie et entendue. Celles-ci pourront alors, avec le soutien de ces communautés, chercher à correspondre à l’appel de Dieu. Nous avons un magnifique exemple de cela dans l’amitié entre Julien Green et Jacques et Raïssa Maritain. Des personnes homosexuelles témoignent aujourd’hui qu’elles ont pu ainsi cheminer avec le soutien d’autres chrétiens et construire une vie heureuse. Le développement de relations amicales et fraternelles vécues dans la chasteté est un lieu important de guérison psychologique et spirituelle. L’amitié avec le Christ est très certainement le principal soutien et guide dans ce chemin. Il est le meilleur des amis. Cette amitié est nourrie dans la vie de foi, la prière et les sacrements. La personne homosexuelle désireuse de progresser vers le Christ trouvera là un soutien indispensable. Celui-ci veut faire alliance avec chacun en rejoignant la personne telle qu’elle est pour la conduire à lui progressivement avec le soutien continu et inconditionnel de sa miséricorde. C’est un chemin long et difficile, mais possible. Il est certain que le développement de l’homosexualité dans notre société occidentale est un appel pour les chrétiens à imaginer de nouveaux lieux pour aider ceux qui sont blessés dans leur sexualité.