Les relations entre les évêques et les mouvements

Entretien avec le P. Álvaro Corcuera, directeur du mouvement « Regnum Christi »

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ROME, Mardi 15 juillet 2008 (ZENIT.org) - Même si les relations entre les mouvements et les évêques sont parfois difficiles, la patience, le dialogue, et surtout, l'amour pour l'Eglise et sa mission permettront de surmonter les difficultés et conduiront à une unité et un nouvel élan apostolique, estime le P. Álvaro Corcuera, l.c.

Le P. Corcuera est le directeur général du Mouvement Regnum Christi, reconnu par le Saint-Siège, et qui compte près de 70.000 membres, jeunes et adultes, diacres et prêtres, dans plus de 30 pays. Il est également directeur général de la Congrégation religieuse des Légionnaires du Christ.

Zenit - Le pape a récemment exhorté les évêques à accueillir les divers mouvements ecclésiaux qui ont surgi au sein de l'Eglise au cours des dernières décennies, « avec beaucoup d'amour » (cf. Discours aux évêques participant à une rencontre organisée par le Conseil pontifical pour les laïcs). Comment les mouvements doivent-ils interpréter ces paroles selon vous ?

P. Corcuera - Il faut remercier le pape Benoît XVI pour ces paroles. Elles renforcent notre conviction que les mouvements ecclésiaux, que l'Esprit Saint a fait naître dans l'Eglise, ne sont pas un problème, mais un don. Et, pour cette même raison, nous devons tous les accueillir avec reconnaissance et charité pastorale, afin que, par leur style de vie et leur élan apostolique caractéristique, les nouveaux mouvements ecclésiaux contribuent de manière efficace et harmonieuse, à la tâche commune de prêcher l'Evangile à l'homme d'aujourd'hui. Accueillir les mouvements avec amour signifie les aider à être fidèles à l'Eglise, à avancer au rythme de l'Eglise, ni plus vite, ni moins vite. Le fait de trouver un cœur ouvert chez les pasteurs que le Christ a placés à la tête de son Eglise aidera les membres des mouvements ecclésiaux à s'insérer de manière sereine dans le tissu des Eglises particulières avec leur propre charisme.

Zenit - Comment peut-on voir une compatibilité entre l'existence des mouvements ecclésiaux et l'unité de l'Eglise ?

P. Corcuera - La diversité des dons spirituels est un signe supplémentaire de la richesse et de la variété avec laquelle l'Esprit Saint veut embellir l'unique Eglise du Christ. L'unité n'est pas reniée par la variété des charismes. Cette variété met au contraire en évidence que dans le Corps mystique du Christ, chaque membre a une fonction spécifique avec laquelle il contribue au bien de tout le corps.

De plus, l'Eglise est la grande famille que Dieu le Père a formée avec ceux qui croient au Christ et ont reçu son Esprit. Et comme dans toute famille, les différents membres qui la composent ont des missions différentes, des sensibilités et des qualités différentes. Mais personne n'est meilleur ou pire que les autres. Ils forment tous, simplement, la famille de Dieu. Dans l'Eglise, l'Esprit Saint œuvre avec sagesse et amour et, puisque chaque homme et chaque femme est unique, il conduit chacun par un chemin spirituel différent, vers sa plénitude dans le Christ. Les mouvements possèdent certes leur propre style spirituel et attirent des personnes de sensibilités différentes. Mais cette diversité, si elle est vécue dans l'humilité et avec un amour sincère à l'Eglise, loin de briser l'unité, fait que l'Epouse du Christ puisse prêcher l'Evangile aux hommes de toutes les cultures et sensibilités.

Zenit - Si le pape a soulevé les questions de l'unité et de l'accueil, c'est parce que dans les relations entre ces mouvements et les Eglises locales, il y a parfois des incompréhensions et des déséquilibres. Comment doit-on répondre, selon vous, dans ces situations ?

P. Corcuera - La première chose que je voudrais dire c'est que les incompréhensions et les déséquilibres qui peuvent survenir entre les mouvements et les Eglises locales ne doivent pas nous décourager. Ils sont au contraire une opportunité pour réfléchir et exercer les vertus qui sont nécessaires pour parvenir à la complémentarité dans l'harmonie et le travail commun.

En approfondissant un peu, je me rends compte que l'histoire de l'Eglise nous montre la présence merveilleuse de la Providence. En étudiant l'histoire, on découvre, émerveillé, que Dieu mène son Eglise par la main, pour la conduire à la plénitude, et qu'il n'a cessé de susciter les charismes qu'il a jugé nécessaires à chaque moment pour aller à la rencontre de ses enfants, et pour que l'annonce de la bonne nouvelle de l'Evangile soit la communication « performative », « qui produit des faits et qui change la vie », comme le dit Benoît XVI dans son encyclique sur l'espérance. L'Evangile nous engage à adopter des attitudes et des comportements qui construisent l'unité nécessaire. « Parce qu'il n'y a qu'un pain, nous rappelle saint Paul, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique » (1 Co 10, 17). Le fruit de cette vérité du Corps mystique du Christ est la communion dans l'amour, qui est notre vocation définitive. Et l'amour nous conduit tous à accepter ce que chacun a reçu, pour accomplir ensemble la mission d'annoncer l'Evangile à toutes les personnes et nations.

Comme l'a rappelé le pape Jean-Paul II dans son message au Congrès mondial des mouvements ecclésiaux de 1998, « les mouvements ont été suscités par l'Esprit du Christ pour donner un nouvel élan apostolique à toute la communauté ecclésiale ». Les mouvements assument cela avec un sens de responsabilité, en cherchant à grandir pour pouvoir servir davantage et mieux. Non pas grandir pour grandir mais comme une réponse d'amour à la Personne Aimée.

Zenit - Comment voyez-vous l'expérience des mouvements ecclésiaux dans leurs relations avec les évêques et les diocèses, ces dernières années ?

P. Corcuera - En général, spécialement après la grande rencontre des mouvements avec le pape Jean-Paul II en 1998, on peut parler d'une expérience positive. Les mouvements ecclésiaux ont été bien intégrés dans de nombreux diocèses. Dans certains cas, il y a encore des difficultés et des incompréhensions humaines qui pourront toutefois être surmontées avec de la patience, beaucoup de dialogue, et surtout, l'amour pour l'Eglise et sa mission. Les échanges et la collaboration entre les différents mouvements ecclésiaux ont également beaucoup augmenté et ceci est très important pour pouvoir rendre un service efficace aux Eglises locales et à leurs pasteurs.

Je me souviens du message que nous a transmis, il y près d'un an, le préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, le cardinal Franc Rodé, c.m. C'était en juillet, l'an dernier, dans le cadre d'une rencontre « jeunesse et famille » organisée par Regnum Christi à Atlanta, aux Etats-Unis. Il nous a dit que là où il y a un membre de Regnum Christi - et ceci doit être valable pour les membres de n'importe quel mouvement ecclésial - il y a une profonde communion avec le Vicaire du Christ et les autres pasteurs, et que la communion avec le pape et l'Eglise est notre garantie de fécondité apostolique. Il nous a encouragés à poursuivre sur cette voie, en travaillant beaucoup dans les Eglises locales, en coopérant avec les évêques, avec les curés et avec les religieux. Il nous a rappelé que l'Eglise est notre maison et notre foyer et nous a invités à la conserver toujours comme cadre de notre travail et du don de nous-mêmes.

Je ne crois pas pouvoir mieux expliquer que le cardinal ce que nous voulons que soit notre amour à l'Eglise et notre obéissance aux évêques et aux pasteurs. Nous nous sommes engagés à vivre cet appel en y mettant tout notre cœur et toutes nos forces. Pour cela, nous savons que le meilleur moyen est de les aider à se former à un profond esprit de prière, à la réception vivante, joyeuse et transformatrice des sacrements, à vivre de manière solide les vertus théologales, ce qui suppose former un cœur doux et humble comme le Christ.

Zenit - Que fait Regnum Christi pour promouvoir l'unité et approfondir le travail dans les Eglises locales ?

P. Corcuera - Tout d'abord nous continuons à veiller, comme nous l'avons fait depuis notre fondation, à ce que les légionnaires du Christ et les membres du Regnum Christi possèdent une vraie expérience d'amour pour le Christ, pour l'Eglise, pour le pape et les évêques ; que ce soit un amour passionné et fidèle, obéissant et motivé, disponible et joyeux. Que ce soit le véritable moteur et sens de toute action.

Et nous voulons bien sûr que les membres du Regnum Christi s'engagent pleinement dans leur Eglise locale. Faire partie du mouvement Regnum Christi comporte un engagement d'authenticité dans la vie chrétienne dans tous les domaines (famille, travail, amis), y compris dans la paroisse et le diocèse. Loin de les éloigner de la vie diocésaine et paroissiale, leur appartenance au Regnum Christi les engage à une participation plus active, en mettant leurs talents personnels ainsi que la richesse du charisme du Mouvement au service de leurs pasteurs. Et elle les engage à être des fidèles actifs dans leurs paroisses, des apôtres qui connaissent leurs pasteurs, prient pour eux, accueillent leurs enseignements, connaissent leurs nécessités et soutiennent leurs plans pastoraux.

En tant que mouvement, nous cherchons à coopérer avec les plans pastoraux des diocèses et des paroisses en apportant notre spiritualité et notre style apostolique. Nous cherchons également à informer régulièrement les évêques des activités que nous souhaitons réaliser dans leurs diocèses, et spécialement, nous cherchons à toujours leur obéir, dans une attitude de service.

Nous ne pouvons pas oublier non plus que la première manière de servir l'Eglise est la fidélité à son propre charisme, car il s'agit d'un don et d'une responsabilité. En ce sens, vivre la charité et répondre spécialement aux priorités et aux urgences de l'Eglise est une manière spécifique dont Regnum Christi sert l'Eglise locale.

Propos recueillis par Jesús Colina