Les religions garantissent la liberté individuelle

Intervention de Mgr Tomasi à l'ONU

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1219 clics

« Les religions sont des communautés fondées sur la foi ou la croyance, et leur liberté garantit la contribution de valeurs morales, sans lesquelles aucune liberté individuelle n'est possible », souligne Mgr Tomasi.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies à Genève, est intervenu dans le cadre de la 22ème session du Conseil des droits de l’homme, sur le "Rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyance", ce 6 mars 2013.

Les religions garantissent la liberté individuelle

 « Les religions sont des communautés fondées sur la foi ou la croyance, et leur liberté garantit la contribution de valeurs morales, sans lesquelles aucune liberté individuelle n'est possible », souligne l’archevêque, qui ajoute : « en reconnaissant la liberté des autres communautés religieuses, on ne limite pas ses propres libertés ».

Dans ce cadre, l’Etat protecteur de la liberté de religion doit faire respecter « l'universalité des droits de l'homme en trouvant un équilibre entre la liberté et l’égalité », explique-t-il.

Mgr Tomasi affirme à ce propos que « les libertés et les droits individuels peuvent être conciliés et harmonisés avec ceux de la communauté qui veut préserver son identité et son intégrité. Il n'existe aucun processus dialectique d’opposition, mais une nécessaire complémentarité. »

Il met en garde : « en mettant l'accent sur une compréhension trop étroite de l'égalité, nous risquons de perdre la diversité et la spécificité de la liberté ».

Statut juridique des communautés religieuses

Pour l’archevêque, le « point de départ pour une harmonie nécessaire entre la liberté de l’individu et celle du groupe » est « la reconnaissance juridique d'une minorité ».

En ce sens, « un statut juridique doit être accordé aux communautés religieuses, comme l'exige le droit fondamental inné de toute personne, qui précède l’Etat et qui le lie ».

« Le rôle de l'Etat, qui est de protéger et d’appliquer la liberté de religion, non seulement pour les individus mais aussi pour les communautés religieuses, révèle que cet équilibre est hautement politique », ajoute Mgr Tomasi.

En outre, Mgr Tomasi fait observer que le rapport de l’ONU « minimise le problème fondamental, à savoir le fait que les minorités sont définies soit du point de vue d'une « majorité » soit de celui des autres « minorités » ». Le Saint-Siège avait déjà demandé la suppression des termes « majorité » et « minorité », lors de la 19e session du Conseil des droits de l’homme, le 14 mars 2012.

La vraie neutralité de l’Etat

Déplorant le fait que « la protection effective des droits humains de personnes appartenant à des minorités religieuses est absente ou mal prise en compte » dans les systèmes internationaux, l’archevêque constate cependant une « prise de conscience de ce grave problème », alors que « les minorités religieuses font l’objet d’une discrimination généralisée persistante, et même en augmentation ».

Dans les « nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées contre des personnes appartenant à des minorités religieuses » et dénoncées dans le rapport de l’ONU, les Etats ne sont pas exempts de responsabilité, note Mgr Tomasi, dénonçant « leur indifférence à l'égard de certains de leurs citoyens » ou leur « volonté politique de marginaliser, supprimer, voire éliminer les communautés ayant une identité différente, sans considération pour les racines historiques que plongent celles-ci dans leur propre pays ».

« La plupart des violations de la liberté religieuse se produisent au niveau du groupe religieux », constate l’archevêque, diagnostiquant à nouveau une responsabilité de l’Etat, qui « s’identifie souvent lui-même avec la « communauté dominante » d'une manière qui relègue malheureusement les minorités à un statut de seconde classe, créant ainsi lui-même des problèmes pour la liberté religieuse des individus ».

Au contraire, la liberté religieuse suppose que l'Etat agisse « de façon neutre dans la reconnaissance des groupes religieux », une neutralité à ne pas confondre avec la laïcité qui prône « une société sans présence publique de la religion ». Un Etat peut même « conserver une identité religieuse à condition qu'il agisse en toute neutralité et justice envers tous les groupes religieux sur son territoire ».

Traduction d’Hélène Ginabat