Les sept rendez-vous du pape dans le Molise, par Mgr Bregantini

Une véritable encyclique sociale, samedi 5 juillet

Rome, (Zenit.org) Salvatore Cernuzio | 470 clics

Les sept rendez-vous du pape dans la région italienne de Molise - centre-est - représentent « une petite encyclique : travail, ville, malades, pauvres, jeunes, détenus, salutations à la région », souligne Mgr Bregantini. La rencontre la plus attendue est le monde du travail qui traverse « de mauvais moments à cause de la crise », précise-t-il.

Les diocèses de Campobasso et Isernia se préparent à recevoir le pape François demain, samedi 5 juillet 2014. Une visite qui permettra à la région de « mettre en valeur ses propres richesses historiques, sociales et culturelles », estime Mgr Giancarlo Bregantini, css, archevêque de Campobasso-Bojano.

« Le Molise est comme un ensemble de très belles perles colorées, mais il faut renforcer le fil qui les unit, qu’il sache les mettre en évidence. Car même si le fil ne se voit pas, sa fonction est décisive. Le pape vient donner ce "fil" : plus d’identité, plus d’unité, plus de force », explique-t-il aux lecteurs de Zenit.

Mgr Bregantini avait été choisi par le pape François pour écrire les méditations du Chemin de Croix du Vendredi saint au Colisée cette année (cf. Zenit du 24 mars 2014).

Zenit - Comment votre ville vit-elle ces derniers jours d’attente ?

Mgr Giancarlo Bregantini - Avec un enthousiasme grandissant. Au début, tout le monde a été surpris, puis on a réalisé et les dernières semaines se sont déroulées dans une joie indescriptible... Ici on ne parle que de ça, c’est l’excitation, des questions à n’en plus finir… les citoyens sont encore incrédules devant leur stade, qui était abandonné et qui est à présent bien arrangé, ordonné et parfumé, avec cet autel en forme de cabane pour rappeler les grands passages des pasteurs tout au long du millénaire, avec ses « sentiers » de la transhumance... Vraiment une très grande joie.

Quelle réalité le pape rencontrera-t-il au Molise ?

Une réalité de périphérie qui oscille entre le sud et le nord. Le sud, pour sa religiosité populaire, son problème de chômage, et une certaine « zone grise » - pas mafieuse mais « grise » qui freine un peu les consciences, les rend un peu floues. Mais le sud aussi pour sa cordialité, la beauté de la rencontre, la joie d’être ensemble… Et puis le nord parce que c’est une région qui se projette vers le nord : en Italie, par exemple, c’est la région qui enregistre le taux de pollution et de délinquance le plus bas. Bref, une réalité qui a du potentiel à revendre.

Le thème de la visite de samedi est "Dieu ne se lasse pas de pardonner". Qu’y a-t-il à pardonner au Molise ?

Il y a un peu de lenteur, le fait que la région ne s’expose pas toujours ou n’est pas toujours capable de prendre position, de mettre en valeur ses propres richesses historiques, sociales et culturelles… Il ne s’agit pas de s’apitoyer, mais de prier le Seigneur afin que cette grâce qui nous arrive, c’est-à-dire le fait que le pape ait choisi de rendre visite à notre terre, soit une invitation à faire sortir cette identité latente, à exploiter ces valeurs jusqu’au bout. Il y a une image que j’aime bien utiliser: le Molise est comme un ensemble de très belles perles colorées, mais il faut renforcer le fil qui les unit, qu’il sache les mettre en évidence. Car même si le fil ne se voit pas, sa fonction est décisive. Alors le pape vient nous donner ce « fil » : plus d’identité, plus d’unité, plus de force.

Quelle est la rencontre que vous attendez le plus ?

Les sept rencontres du programme du pape sont bien reliées entre elles; listées l’une après l’autre on dirait une petite encyclique: travail, ville, malades, pauvres de la nouvelle structure de la Caritas, jeunes, détenus, salutations à la région. Chaque étape est un petit morceau de cette encyclique. La rencontre la plus attendue est peut-être celle avec le monde du travail. Elle est sûrement celle qui demande plus d’efforts. Dans le Molise, il y a l'entreprise Fiat de 3 000 ouvriers à Termoli, mais aussi plusieurs industries qui traversent de mauvais moments à cause de la crise, d’autres qui boitent pour des raisons de gestion, d’autres petites entreprises qui n’arrivent pas à trouver des débouchés de travail, qui sont délocalisées ou qui ne résistent pas au défi financier. Pour l’industrie de la région c’est un moment vraiment très délicat.

Quelle "plaie" de la société le pape François va-t-il particulièrement visiter ?

Le chômage, la précarité chez les jeunes, seront sûrement au premier plan samedi. C’est actuellement le plus gros des problèmes, qui ne frappe pas seulement le Molise, mais qui touche tout le monde. La présence du pape donnera aussi de la vigueur à d'autres domaines, par exemple au monde rural, en invitant à un usage intelligent des ressources, à des prix équitables, à l’amour pour la terre. La rencontre avec des entrepreneurs et des travailleurs à l’université de Campobasso est significative : que cette union entre le monde du travail et le monde de la formation est vraiment un rêve à réaliser.

Que pensez-vous de l'excommunication du pape adressée aux mafieux lors de sa visite à Cassano le 21 juin dernier ?

Ses paroles ont été très claires et courageuses. Moi même, lorsque j’étais évêque de Locri, j’avais prononcé une excommunication en mars 2006 contre ceux qui avaient empoisonné les petites plantes du projet Policoro de Pratì, aux alentours de Locri. Mais l’excommunication d’un évêque est une chose, celle d’un pape bien autre chose. Je suis content que le Saint-Père ait fait ce geste aussi fort. Mais je ne voudrais pas que le souvenir de la Calabre se réduise à cette seule excommunication. Le discours du pape fut très intense et profond et ne saurait se réduire à une seule phrase… Il revient aux journalistes de raconter d’autres passages de l’homélie du pape, pas seulement celui-ci.

Excellence, un souhait final en vue de ce grand événement ?

Que les lendemains de la visite soient aussi radieux, rassembleurs et courageux que cette préparation. Le fait que l’on m’ait demandé de prononcer les salutations à la fin et non au début est un signe dans ce sens, afin de ne pas laisser là l’événement comme une idole, comme une fin en soit, mais d'en faire quelque chose de concret, de réel, qui dure dans le temps. Un peu comme si le pape disait: récoltez ce que je vous ai dit et que l’évêque soit ensuite un pont pour avancer en suivant ces indications, de manière continue.

Traduction d'Océane Le Gall